La sélection du mois de juin

Ce mois-ci, les ouvrages au coeur de nos discussions ont pour thème "Littérature et faits divers". Un classique, une nouveauté poche, une nouveauté grand format, et surtout, trois approches très différentes de la relation du fait divers.
  • Juillet 1895. Nathaniel et Robert Coombes, deux frères âgés de douze et treize ans, se retrouvent seuls pendant dix jours. Leur père est en mer et, selon leurs dires, leur mère est à Liverpool. Les voisins commencent à s'interroger sur cette absence prolongée, tandis qu'une odeur pestilentielle envahit la rue. La police se rend sur les lieux et découvre, à l'étage de la maison, le corps en décomposition de Madame Coombes. Interpellé, Robert admet l'avoir tuée à coups de couteau. Des années plus tard, libéré pour bonne conduite, il fait partie des contingents d'anciens prisonniers envoyés en Australie. Loin du matricide et de la prison, Robert change de vie : il intègre l'armée et revient en héros. Auprès des siens, en Australie, il mène désormais la vie d'un homme bien.

  • De sang-froid

    Truman Capote

    « Il était midi au coeur du désert de Mojave. Assis sur une valise de paille, Perry jouait de l'harmonica. Dick était debout au bord d'une grande route noire, la Route 66, les yeux fixés sur le vide immaculé comme si l'intensité de son regard pouvait forcer des automobilistes à se montrer. Il en passait très peu, et nul d'entre eux ne s'arrêtait pour les auto-stoppeurs... Ils attendaient un voyageur solitaire dans une voiture convenable et avec de l'argent dans son porte-billets : un étranger à voler, étrangler et abandonner dans le désert. »

  • Le 25 août 201l, un braquage a lieu au casino de Trouville.
    Mais rien n'est comme d'habitude.
    Le braquage a lieu en plein après-midi.
    Le braqueur est seul.
    Il a 75 ans.

    Trouville Casino retrace cette étrange journée.

    S'inspirant d'un fait-divers réel, l'écriture est sans cesse attentive à faire le partage entre les faits auxquels elle a eu accès, les différentes versions qui circulent, les hypothèses, et la part d'invention où s'imaginent les journées ordinaires qui ont conduit à ce geste.
    Le récit minuté du casse et de la course-poursuite procède par séquences presque cinématographiques, qui tendent le suspense du roman. S'y tressent des évocations de la petite ville de l'Orne dans laquelle habite celui que les flashes d'information finiront par appeler « le malfaiteur », de sa vie dans la maison, des paysages qui l'entourent, de la pluie comme des traces d'Histoire, et des petits voyages que la narratrice fait pour nourrir ses descriptions des lieux, dans l'Orne comme à Trouville, avec laquelle elle entretient un lien privilégié.
    Mais les décors changent vite, et le roman parle aussi de ce tourbillon des modifications des lieux, qui emportent avec elles la fragile mémoire de ce qui s'y est déroulé, et que ces pages cherchent à retenir.
    Peu à peu, ce retraité que tout le monde disait sans histoires et qui a accompli ce geste surprenant, imprévisible et singulier, nous devient familier, et on se découvre un peu tous « des papys de la côte normande ».

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