Haoues Seniguer

  • Le capitalisme est un rouleau compresseur. Rien ne semble pouvoir l'arrêter ni même lui résister, y compris depuis les lieux saints de la religion musulmane en Arabie saoudite. Ce pays est le carrefour archétypal de toutes les contradictions et excès observables chez de nombreux musulmans politiquement engagés : temple du despotisme dynastique, du littéralisme religieux, du consumérisme, du capitalisme et... de la piété !
    L'islam et les musulmans n'échappent pas aux impitoyables griffes du Capital. Pis, ils sont généralement les servants relais, sinon serviles, conscients ou inconscients, d'une doxa capitalistique qui ne dit pas son nom. Souvent, les figures de l'islam étudiées, connues (à l'instar de Tariq Ramadan) ou moins connues, militent pour une offre religieuse « intégraliste », ouvertement antimoderne ou, de manière plus nuancée, critique de la modernité, au travers de certains effets jugés pervers du point de vue de la Loi religieuse. Mais tout en développant et entretenant en parallèle des attitudes et un imaginaire capitalistiques.
    Rares alors sont ceux qui, parmi elles, adoptent une vision et un comportement radicalement anticapitalistes au nom d'une foi musulmane moins matérialiste que spirituelle.
    Des résistances s'organisent bon gré mal gré. Toutefois, l'adoption d'un ethos capitaliste, avoué ou non, ne signe en rien la fin de la critique politique, et encore moins la dissolution de l'idéologie islamiste et le triomphe d'un individualisme supposément émancipateur.
    C'est sur la base d'un examen théorique et empirique de quelques personnalités du champ islamique national et arabe que cette réflexion se fonde en grande partie. Une constante semble nettement se dégager : un ancrage particulièrement marqué à droite, voire à l'extrême droite, un attrait aiguisé pour l'argent et les bénéfices, et un rigorisme moral à toute épreuve !
    Il sera question de Tariq Ramadan, Yamin Makri, Nabil Ennasri, Sofiane Meziani, Abdelaziz Chaambi, Habib Chfiri, Reda Benkirane.

  • Cet ouvrage vise à donner au lecteur francophone qui s'intéresse au monde arabe et musulman contemporain des éléments de compréhension globale de l'islamisme. Ne cherchant pas à coller à l'actualité, il se concentre sur l'histoire des idées et des textes qui ont servi de ressources au courant islamiste depuis le milieu du XXe siècle. Cette idéologie n'est accessible et intelligible qu'à la seule condition d'en retracer, de façon aussi critique que rigoureuse, la genèse.

  • "L'islamisme ou islam politique ne cesse depuis de longues années de susciter controverses et polémiques intarissables, en particulier dans le contexte français. Les attentats terroristes commis au nom de l'islam à partir de 2015 ont rendu confus ce qui a trait au fait islamique. La visibilité des signes d'appartenance à l'islam dans l'espace public est ainsi souvent assimilée à la pointe avancée de l'islamisme, qui, lui-même, peut également être associé au djihadisme, soit l'activisme meurtrier. C'est pourquoi une sociologie critique est nécessaire, car elle offre la possibilité d'identifier avec rigueur l'idéologie islamiste, ses particularités, le profil de ses théoriciens les plus célèbres, ainsi que la diversité des modes discursifs et d'action déployés par les militants, entre autres dans le contexte majoritairement musulman, mais pas seulement. - "

  • L'Arabie saoudite rivalise avec la Corée du Nord en matière d'atteintes aux droits de l'homme ; d'absence totale de droits de la femme ; d'usage de la torture ; d'intolérance religieuse absolue ; d'interventions militaires extérieures (Bahreïn, Yémen) ; d'absence de liberté de conscience, de la presse et de liberté d'opinion, etc. Une spécificité supplémentaire propre à l'Arabie : la peine de mort pour « blasphème » et l'athéisme assimilé à du terrorisme.

    Longtemps le régime s'est recroquevillé dans sa superbe indifférence avant que la guerre au Yémen ou l'assassinat de Khashoggi ne l'obligent à soigner son image. La solution a donc consisté à contracter avec toutes les sociétés internationales de relations publiques et les cabinets de lobbying, en particulier aux États-Unis et en France.

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