Jacques Angelergues

  • Retrait du social, repli sur soi... l'isolement est une question de société de plus en plus courante. Phobies scolaires, phobies sociales, refuge dans des espaces virtuels, addiction aux jeux... participent de cet enfermement.
    Comment lutter contre le gel de la pensée que le repli et le retrait instaurent ? Comment éviter le risque d'appauvrissement interne extrêmement grave que courent les sujets en proie à cet isolement ? Comment surmonter ce refus d'existence ? autre que limitée aux besoins primaires du vivant ?
    Cet ouvrage problématise ce qui pourrait ne rester qu'un symptôme. Il invite sociologues, psychologues, psychiatres et psychanalystes à appréhender depuis leurs champs respectifs les enjeux sociétaux, de santé publique, de soin psychique.
    Quelle clinique proposer pour ces pathologies de l'isolement ? La clinique du retrait est commune à tous les cliniciens, travaillant avec des enfants, des adolescents, des adultes. En un même ouvrage, ils unissent leurs réflexions pour d'aider les sujets à remettre en mouvement un fonctionnement arrêté, mais arrêté avec force et désir.

  • C'est le plus souvent dans un climat d'inquiétude et d'émotion intenses que des parents, depuis une vingtaine d'années, consultent des psychiatres et des psychanalystes pour leur bébé.
    Devant une altération des capacités parentales, ou devant les risques d'une perturbation grave du développement de l'enfant, la rencontre avec le psychanalyste - son attention et son écoute - peut permettre la constitution d'une enveloppe contenant, protectrice pour le bébé et ses parents. Dans ce cadre technique assez particulier, l'empathie nourrit le travail interprétatif portant sur le sens latent de ce qui s'échange.
    L'analyste, comme toujours, est guidé par l'élaboration de son contre-transfert; il s'adresse ici à l'ensemble des protagonistes de la rencontre.

  • La latence est décrite par Freud en 1905 comme une période de développement au sortir des turbulences des conflits oedipiens durant laquelle de nombreuses opérations psychiques soutiennent l'organisation du Moi de l'enfant. Cette notion reste d'une grande actualité en clinique infantile, interrogeant les différentes formes d'excitations, difficultés d'apprentissage, troubles du comportement, etc. des enfants d'âge scolaire.
    Elle soutient un entre-deux qui favorise des mouvements d'attente, de suspension, de remaniements et de réorganisation avant l'adolescence. Elle est au coeur de la définition de l'instauration en deux phases de la sexualité humaine et donc de l'après-coup en psychanalyse, cette causalité si singulière en deux temps qui ouvre l'accès à la sexualité génitale et éclaire dans le processus adolescent le passage vers l'âge adulte.
    Cette seconde latence se révèle parfois critique comme en témoigne la difficulté de certains jeunes adultes à s'autonomiser. Enfin, elle concerne le fonctionnement mental dans son ensemble, alliage de mouvements psychiques favorisant un processus de subjectivation et au-delà, toute trajectoire symbolisante. La latence garantit, dès lors, un équilibre topique, dynamique et économique au sein même de l'organisation du fonctionnement mental.

  • Développement individuel, apprentissages, intégration sociale... L'école est un espace d'enjeux majeurs. Comment prévenir les difficultés et comment soigner ?

    L'école est le lieu où se croisent de façon privilégiée les enjeux du développement individuel, des apprentissages et de l'intégration sociale.

    C'est là où les inégalités culturelles peuvent se réduire ou se creuser de façon irrémédiable. Les événements récents de la pandémie de Covid-19 ont souligné que les enfants n'étaient pas égaux : pour certains, la fermeture des écoles a été l'occasion d'expériences familiales riches et de la découverte de nouvelles formes de transmission des savoirs, à travers le téléenseignement. Pour d'autres, elle a signifié décrochage scolaire et isolement social. La pédopsychiatrie moderne s'est construite avec l'aventure du « secteur » ; le Centre Alfred Binet, le « XIIIe » en a été un fer de lance. Les instruments de la pratique psychiatrique moderne avec les enfants, depuis la fin des années 1950, ont été conçus en lien étroit avec l'école et les pédagogues.

    Le langage et l'écrit, l'apprentissage par le jeu, la vie groupale, l'élève en difficulté... comment prévenir les difficultés et soigner ? Cet ouvrage répond à ces questions en mettant au coeur de sa réflexion l'approche pluridisciplinaire.

    Karine Arakelian, Maria Bedos, Brigitte Bernion, Éric Corbobesse, René Diatkine, JeanPhilippe Dietemann, Fabrice Hayem, Zaïg Henry, Nicolas Hespel, Claudine Hurtu-Delaune.

  • Au sortir de la guerre de 1939-1945, avec son cortège de morts et de traumatismes - y compris les 40 000 malades morts de faim dans les hôpitaux psychiatriques - un puissant mouvement a mobilisé les psychiatres contre une psychiatrie ségrégative et sa justification délétère fondée sur une conception étroite des maladies mentales.
    Ouvrir les institutions psychiatriques sur l'extérieur pour lutter contre la ségrégation et l'aliénation des malades, tels ont été les objectifs du mouvement de « psychothérapie institutionnelle » qui ont donné naissance au « secteur psychiatrique ». En 1958, une première expérience pilote a été confiée à l'Association pour la Santé Mentale, dans le 13e arrondissement, sous la direction de psychiatres psychanalystes : Serge Lebovici, Philippe Paumelle et René Diatkine. L'introduction de la psychanalyse dans la pratique psychiatrique a donné la priorité au traitements individuels ambulatoires, psychothérapiques ou rééducatifs, au travail d'équipes pluridisciplinaires.
    Face aux prétentions classificatrices de nouveaux modèles biologiques ou médicaux, au déni de la dimension personnelle et intime du trouble psychique, il importe aujourd'hui - et pour demain - de défendre et de prolonger l'expérience, les savoirs et les engagements thérapeutiques qui nous ont été transmis.

  • Le temps de la cure et le temps de notre société s'opposent-t-ils ? Avec son culte de la vitesse, du quantitatif, de la performance, de l'efficacité, et son exigence du « tout, tout de suite », l'urgence contemporaine semble bannir toute confrontation à l'absence, au manque ou aux limites, court-circuitant la voie longue de la pensée et de l'élaboration psychique.
    Les psychanalystes peuvent-ils éviter ces confrontations entre les temporalités de notre monde interne, qui ont leur rythme propre, et l'ordre actuel du temps, qui se veut toujours plus productif à moindre coût psychique ? La résistance à la psychanalyse trouve-t-elle, dans ce nouveau malaise, un champ royal où se loger ?
    Ces thématiques, l'établissement de la temporalité psychique et la maltraitance que lui inflige le monde contemporain, comme le rôle que peut jouer la psychanalyse dans son (r)établissement, sont mises en question par les auteurs de cet ouvrage.

  • Oral, anal, phallique, génital... ces qualificatifs souvent employés sont initialement liés à la théorie freudienne du développement libidinal, mais cette dernière semble " passée de mode ". La libido, cette énergie psychique de la pulsion sexuelle, et ses destins n'intéresseraient-ils plus les psychanalystes ? Ils restent pourtant au coeur de la clinique d'aujourd'hui, et l'oralité, l'analité, entre autres organisations libidinales, désignent des champs que parcourt toute la complexité des conflits pulsionnels, quelles que soient les pathologies.

  • Faire du plaisir un principe régulateur n'a rien à voir avec un point de vue hédoniste. Freud décrit un appareil psychique chargé de réguler les états de tension interne, déclenchés par les besoins instinctuels. C'est le principe plaisir / déplaisir : la recherche de la satisfaction est celle de la réduction du déplaisir. Il note pourtant en 1920 que "certaines expériences de déplaisir sont contraintes à la répétition, ce qui donc passe outre au principe de plaisir".
    La sexualité montre que la recherche de satisfaction ne se confond pas avec la réduction des tensions et qu'elle peut aussi se mettre au service de la pulsion de mort. Par sa capacité de liaison, le masochisme érogène peut devenir un gardien de la vie. Le principe de plaisir est un levier de l'élaboration psychique, mais il faut aussi reconnaître dans la cure la place de la répétition et le rôle du masochisme érogène.

empty