Croit Vif

  • À la différence de l'histoire des accidents maritimes et des naufrages, celle du sauvetage en mer a été moins étudiée. C'est tout l'intérêt de cet ouvrage collectif qui rassemble vingt textes signés des meilleurs spécialistes du sujet. « Pour que l'eau salée n'ait plus jamais le goût des larmes », devise de la Société Nationale du Sauvetage en Mer, il a fallu depuis des siècles organiser ce qui a toujours fait la noblesse des métiers de la mer : la solidarité des gens du littoral et des marins à l'égard des naufragés. Loués pour leur intrépidité et mis à l'honneur par les autorités, les sauveteurs font figure de héros de la mer pour un public avide de sensationnel et d'émotion. Plus largement, le sauvetage dépasse le fait divers et prend une dimension religieuse, sociétale et politique, enjeu majeur pour l'État.
    L'ouvrage fait découvrir le sauvetage dans tous ses états, à travers des événements dramatiques qui ont impliqué des sauveteurs en mer, sur tous les océans depuis le XVII e siècle au début du XXI e siècle, et permettent de mieux comprendre l'enchaînement qui conduit du naufrage au sauvetage. Entre réalités et représentations sont mis en scène les acteurs du sauvetage, des bénévoles aux Coast Guards, mais aussi les organisations et les techniques de sauvetage.
    Les auteurs ont fait la part belle à la côte atlantique, et notamment à l'Aunis et la Saintonges.

  • Rejetés dans l'ombre par Bordeaux, les ports de l'estuaire de la Gironde sont mal connus. L'ouvrage met en lumière l'un d'eux : Royan, premier abri et première ville que les voiliers rencontraient au sortir des redoutables passes de l'embouchure.
    De la fin du Moyen Âge au xixe siècle, routiers et cartes marines, récits de marins et de voyageurs posent Royan en portier de la « rivière de Bordeaux ».
    « Château-port » médiéval à l'abri de ses fortifications jusqu'à sa destruction en 1631, puis havre d'échouage mal protégé où s'abrite une cinquantaine de barques et de chaloupes locales, comment évolue le paysage portuaire royannais ? Quel aspect avait le port médiéval ? Comment la ville s'est-elle reconstituée autour du bourg de Saint-Pierre après 1631 ?
    Royan est au coeur de multiples activités maritimes. Presque toutes sont liées à Bordeaux dont Royan est le port de service. À partir d'exemples concrets, on suit les barques royannaises de cabotage qui transportent les barriques de vin jusqu'en Bretagne et en Irlande ; on les voit animer au xviiie siècle l'intense trafic interne à l'estuaire, sans compter le va-et-vient des chaloupes des pilotes qui entrent ou sortent les navires de l'estuaire.
    Quelle relation les Royannais entretiennent-ils avec la mer ? Pour les 200 à 300 marins, la navigation est source de travail depuis les matelots et les capitaines engagés sur les trois-mâts bordelais de la route des Antilles, jusqu'à ceux qui ne quittent guère les eaux de l'estuaire. Comment s'organisent les carrières des gens de mer ? Quels sont les risques du métier ? Par ailleurs, quel regard portent les autres Royannais, d'abord des paysans, sur la mer et sur leur rivage familier ?
    Vivre sur le littoral signifie des ressources complémentaires par les pêches sur l'estran, les naufrages ou les travaux de manutention. Mais la mer, avec les tempêtes, les « volements de sable » et les menaces des attaques venues de l'Océan lors de chaque guerre, est aussi synonyme de dangers et de peurs.
    Traversant plus de cinq siècles durant lesquels les Royannais se sont lancés sur la mer, l'étude se clôt à l'aube d'un changement majeur. À partir de 1820, avec l'arrivée des premiers vapeurs venus de Bordeaux avec leurs « cargaisons » de touristes, Royan se mue en une station balnéaire. La mer n'a plus le même sens.

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