Nuno Judice

  • Le mythe d'Europe

    Nuno Judice

    Le mythe est une notion bien présente dans l'oeuvre de Nuno Júdice. Il a jadis travaillé sur les mythes fondateurs de l'identité portugaise, et d'une manière plus générale, il nourrit beaucoup sa poésie de la mythologie gréco-latine.
    Le livre Le Mythe d'Europe nous invite à la croisée des chemins, dans cet espace-temps où la mythologie côtoie le quotidien. Cet ouvrage commence par des poèmes où se mélangent le quotidien et le rêve, le fantastique et l'amour - « L'amour est une sombre vocation » - dans un lyrisme coutumier au poète. Ensuite, la longue partie au titre éponyme rappelle ce que Judice a pu écrire jadis, en 2000, dans La Revue des Deux Mondes : « Il est parfois difficile de séparer dans le texte littéraire, la réalité de cette charge mythique qui accompagne les événements historiques et les bouleverse, ou leur attribue une charge surnaturelle ».
    Ainsi, dans Le Mythe d'Europe, on peut penser que la figure de l'aimée côtoie les figures féminines de la mythologie gréco-latine, et notamment celle, énigmatique et polymorphe, d'Europe. Mais on peut surtout penser que le poème se ressource à ces origines énigmatiques afin de questionner l'indigence culturelle de l'imaginaire de l'Europe contemporaine.

  • Naviguer à vue

    Nuno Judice

    Le vent qui apaise. Le vent qui est entré dans la vie a ouvert toutes les portes afin que l'âme puisse aller sans hésitation ni retard. Il a traversé devant moi avec son souffle de feu, et a fait surgir de rien le vertige qui entraîne au fond, et pousse de nouveau vers le bleu. J'ai fermé toutes les portes pour qu'il n'entre pas mais le vent a ressurgi de moi, et sa fureur m'a libéré de mon propre sol ; il a blessé le vide avec ses ongles avides d'un désir de terre inassouvi.
    Et j'ai serré dans mes bras ton abandon, ton corps ouvert dans la floraison d'une offrande. J'ai senti ton sexe dans la germination des images, et j'ai laissé tes mains chercher le moût du vent, et le pousser vers tes lèvres. Je l'ai vu se détacher de leur bord, comme des bourgeons d'un vieux fruit, et le jus courir sur tes seins et ouvrir le cours des sens. Une lumière encore est restée pour dévoiler un tourbillon de présages, me rassurer à l'ombre des arbres, et le chant lointain d'une fontaine nous a suivi avec insistance de son rythme sur fond de feuillage.

  • Poèmes inspirés par la tradition du sonnet et ses modèles de Pétrarque à Pessoa. L'écrivain reprend des thèmes classiques comme la mélancolie et l'amour, l'ombre et la lumière, l'instant et le poème.

  • Le mouvement du monde

    Nuno Judice

    Parfois, un vers change notre manière de voir le monde ; les choses se révèlent telles que l'imagination n'a pu les saisir ; et le centre quitte son lieu d'origine, obligeant la pensée à rouler dans une autre direction.
    Le poème, cependant, ne doit pas obligatoirement tout dire. Son essence réside dans la fragmentation d'un absolu qu'un dieu incertain lui légua. Je regarde vers ce vestige du tout sans voir davantage que ceci - le reflux de l'antique perfection - et je laisse derrière moi le chemin de l'idée, l'ambition théologique, le rêve de l'infini. De quelle éternité suis-je alors oublieux, au fond de la strophe ?

  • C'est vers un mode de narration tout à fait singulier que nous entraîne Nuno Judice dans L'Ange de la tempête, roman qui a obtenu en 2005 le prix Fernando Namora et qui, selon les mots d'Agustina Bessa Luis, " nous entraîne loin vers les régions du sublime ". Au milieu du XIXe siècle, en Algarve, un des arrière-grands-oncles du narrateur est assassiné alors qu'il traverse ses plantations de chênes-lièges dans la Serra de Monchique pour regagner ses propriétés du littoral. Partant de ce fait divers assez mince, l'auteur songe à tout ce qu'il est possible d'en déduire et, d'hypothèse en hypothèse, d'enquête sur le contexte historique en spéculations sur la condition et les amours de son aïeul, il en vient à s'interroger sur sa propre fascination pour ce héros familial et sur ce qu'elle traduit de sa relation à la politique, à l'Histoire et aux femmes. De fil en aiguille, l'histoire de cet arrière-grand-oncle se métamorphose en un labyrinthe, à l'image de la conscience de l'auteur qui devient lui-même un personnage du récit. Livre éblouissant dont la construction circulaire ramène le lecteur aux péripéties du récit malgré les reflets, les jeux de miroirs, les digressions qui tentent de l'égarer pour son plus grand plaisir.

  • J'aime Lisbonne, le vieux Lisbonne, celui de l'Alfama, du Chiado, de la Baixa ou du Bairro Alto. J'aime ses immeubles décrépis, ses ruelles, ses venelles, ses impasses, ses escaliers, ses places, ses belvédères qui nous amènent à la contemplation du Tage... J'aime ces petites boutiques où dans une demie pénombre, l'épicier d'un autre âge, le crayon à l'oreille, vous accueille avec son sourire et vous propose ses dernières trouvailles. J'aime cette lumière particulière de Lisbonne, ce mélange de Méditerranée et d'Atlantique... Et puis au détour d'une venelle, des cris, des gens qui protestent, qui s'invectivent, s'interpellent...
    Des vieux dans la rue à l'ombre des façades et des bougainvilliers, des chiens qui errent comme moi et parsèment la chaussée d'excréments. On se penche aux miradors, surplombant la ville et le Tage, comme au bastingage d'un paquebot amarré à l'Europe, hésitant entre attente et appareillage...
    Lisbonne qui monte et qui descend, Lisbonne qui part et qui ne part pas. On lève aussi la tête... des draps et des serviettes aux fenêtres, des arbres de travers sur des terrasses de guingois, les poulies des cordes à linge grinçant au vent, et dans ce labyrinthe d'ombres et de lumières, les rails de la ligne 28, de ce tramway crissant et bringuebalant qui vous mène droit au terminus de nulle part...

  • Un conte philosphique plein d'humour sous la plume d'un grand poète portugais, accompagné, sagement, par les images, belles et subtiles, d'un doux rêveur. À partir de 10 ans et jusqu'à plus d'âge !

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