L'arbre Vengeur

  • Eux et moi Nouv.

    Un humoriste, on a du mal à l'imaginer en famille, entouré de ses enfants, de sa femme, de la bonne et du chien... Un humoriste, on le voit plutôt seul, en goguette, décochant à tout venant, à tout moment, traits et saillies pour la plus grande allégresse d'une cour mondaine et bambocharde. Encore une fois, Jerome K. Jerome bouleverse les idées reçues. Le grand humoriste britannique se montre ici englué dans les soucis domestiques du bon père de famille, éperdu d'admiration pour celle-ci, déçu par celui-là, aux prises avec les voisins, les fournisseurs et les animaux d'alentour.

    L'achat d'une nouvelle maison, avec les aménagements qu'à sa guise chacun, dans la famille, souhaite y porter secrètement - ou bruyamment - est un prétexte merveilleux pour aiguiser la verve de l'humoriste, et si rien ne vaut le rire pour corriger les moeurs, elles sont ici, on le verra, suffisamment châtiées pour en sortir régénérées.

  • Que se passe-t-il quand un écrivain, par nature voué au confinement quotidien, se voit rejoint par l'ensemble d'une population qu'on invite à rester cloîtrée ? Au pire il écrit ce qui lui arrive pour constater que ses congénères font comme lui et se racontent à grand renfort d'adjectifs égotistes et d'évidences narcissiques.

  • Architecte en fuite, le héros de ce premier roman est un bavard qui cause beaucoup de lui-même et de son grand projet : écrire un roman. Et tant pis pour sa femme elle-même auteure un peu en vue. Lui ne sait pas trop comment engager l'affaire mais il a une idée ou plutôt un personnage, plutôt vague : un officier SS pétomane... T ournant, virant, théorisant, il rame sacrément. Jusqu'au jour où, par dépit, il ouvre le journal intime de sa femme et y découvre qu'elle a sans doute un amant, un certain Léon, particulièrement bien monté. Le ton est donné, il ne va avoir de cesse de retrouver l'impétrant pour comprendre l'attrait irrésistible qu'il exerce sur sa compagne.
    Désolant d'incertitude mais plein de théories (pas si fumeuses que ça) sur la littérature, le narrateur cause et nous réjouit.

  • Secrets barbares

    Rodney Hall

    En composant Secrets barbares, Rodney hall s'est souvenu d'un fait divers qui avait d'autant plus marqué les Australiens qu'il n'avait jamais pu être élucidé. Le jour de Noël 1898, on assassina après les avoir violés deux soeurs et un frère de la famille Murphy. Soixante plus tard un voisin se prétend le coupable, sans convaincre le survivant de la fratrie, Patrick qui va entreprendre, avec les faiblesse de sa mémoire vacillante, de ressusciter l'histoire de sa terrible et funeste famille. Il entrouve les portes d'un royaume barbare sur lequel règnent des parents tyrans qui font vivre les leurs dans un monde qui a érigé la violence en règle. Mais Rodney Hall transforme cet infernal huis clos en épopée tragique et poétique, faisant souffler sur ses créatures sa langue ardente.

  • Nom de noms Nouv.

  • L'homme qu'on appelait jeudi ; un cauchemar (The Man Who Was Thursday : A Nightmare paru en 1908 est le plus célèbre "thriller métaphysique" de Chesterton. Sa traduction (de 1911...) méritait sérieusement un rajeunissement, d'autant qu'il manquait des passages... Ce roman est considéré comme une oeuvre charnière du XXe siècle, entre Lewis Carroll et Kafka ou Borges qui d'ailleurs le vénérait.
    Plus qu'un roman policier, il s'agit aussi d'un roman d'aventure, d'une sorte de vaudeville, d'apologue, de variation philosophique et humoristique qui en fait un objet littéraire inclassable et qu'on peut lire à plusieurs niveaux. Autour d'un mystérieux complot anarchiste, GKC tresse un entrelacs de rebondissements qui surprennent et ravissent.

  • « Tout, dans ce royaume vert incomparable, appartient au surnaturel : cette prodigieuse beauté d'une nature secrète, cette attraction irrésistible, cet arbre, ne voyez-vous pas ce qu'il a de fantastique et de mystérieux, dans sa volonté de vivre ? » Abattu par la cupidité des hommes venus s'enrichir dans la forêt amazonienne, « L'Arbre-Dieu » git depuis trente ans au milieu d'une clairière que nul n'ose plus approcher. Deux hommes vont néanmoins retourner à son chevet avant de plonger dans la selve profonde et dangereuse. L'un est jeune et ne sait rien de cet univers où l'entraîne son aîné, un chercheur persuadé qu'au plus profond de ce royaume invisible se cache une civilisation oubliée.
    Comme les autres livres de La Montagne morte de la vie, ce cycle fantastique majeur qu'il inaugure, ce roman possède sa part d'étrangeté et de beauté, captivant l'esprit du lecteur par ses descriptions d'un univers originel où l'homme n'est qu'un intrus. Mais c'est aussi un parfait roman d'aventures mettant aux prises deux explorateurs qui ont le don de se tirer des périls pour aller au bout de leur enfer, rêvant d'un paradis qui n'est peut-être que dans leur esprit.

  • Ne jamais sortir de chez soi en pantoufles avec ses clefs à l'intérieur ! Ou alors être prêt à l'aventure urbaine et sociale. Le héros de cette épopée urbaine va éprouver le pouvoir de ses charentaises et de quelle manière sa vie, pourtant si banale, peut en être changée. Face à ses collègues de travail, sa famille, ses amis, les forces de l'ordre, voire la confrérie des farfelus, il se lance pendant plusieurs jours dans un combat inattendu pour imposer sa si tranquille façon de marcher et de regarder les gens, à hauteur de chaussettes. Ce numéro de funambule s'achèvera devant un spectacle de Guignol, joliment.

  • Si certains en prennent pour leur grade, si les idées reçues y sont soumises à l'épreuve implacable de l'acide et de l'ironie, aucun animal en revanche n'a été maltraité ou blessé pendant l'écriture de ce livre. À l'exception d'un blaireau, bien sûr, comme son titre en fait l'aveu. Mais l'auteur semble hors de cause et plutôt déterminé à le venger. Y parviendra-t-il ? Ce n'est pas le seul enjeu du livre, mais ce n'est pas non plus le moindre. Un journal est-il d'ailleurs autre chose qu'un quotidien suspense ?

  • Victor Bâton vit dans l'obsession de se faire des amis. Trentenaire qui tire le diable par la queue mais se refuse à travailler, il subsiste de sa pension et parcourt la ville dans des vêtements usés qui ne le rendent guère séduisant. Pourtant il s'accroche à chaque rencontre, se fait un espoir de chaque regard et n'en finit pas de s'inventer un avenir qu'une magnifique amitié illuminerait. Dans un Paris sans lumières, il nous raconte sa quête en détail.
    Avec ce premier roman, Emmanuel Bove ébranla la littérature : son écriture, qui allie densité du style et simplicité formelle, ironie mordante et compassion, a traversé le temps.
    Mes amis est un chef-d'oeuvre, de ceux qui touchent chaque lecteur. Une rareté qu'il est indispensable de ne pas manquer. Il a reçu le Prix Initiales 2017

    1 autre édition :

  • Boire la tasse Nouv.

    Les mers intérieures voient parfois se déchaîner les pires tempêtes. L'heure du thé est souvent celle où l'on entend les histoires les plus terribles.

    Infusées longtemps, acides et intrigantes, les histoires de Christophe Langlois sont comme des gorgées intenses où le goût du mystère croise celui de l'étrange. Héritier de Buzzati dans un monde moderne qui laisse entrevoir un peu de son antique barbarie, l'auteur de ces quinze histoires a l'art de surnager dans nos apocalypses quotidiennes sans craindre de nous provoquer.

    Humour noir, écriture au cordeau, imagination débridée sont les ingrédients de ce recueil de nouvelles que vous dégusterez en prenant garde de ne pas mordre la fine tasse qui les contient.

  • On croit en France que l'écriture n'est pas affaire de technique mais de révélation. Le Russe Chklovski s'évertue à prouver le contraire dans ce petit bréviaire à l'usage de ceux qui ne veulent pas écrire n'importe quoi n'importe comment. On y apprendra ainsi qu'il vaut mieux ne pas se hâter de devenir écrivain professionnel, comment on rédige un article, comment on développe une intrigue, compose un caractère, ou encore pourquoi il faut collectionner les mots.
    En prenant des exemples d'auteurs indiscutables comme Dickens, Maupassant, Tchekhov ou Dostoïevski, il invite autant à réfléchir sur la pratique qu'à mettre en action des procédés à même de prémunir contre une médiocrité qui n'a pas de frontière.
    On ne naît pas écrivain, on le devient, et jamais sans conseils avisés.

  • Pour patrie l'espace. Ils ont fui la terre depuis des siècles et fondé une civilisation de l'espace qui évolue dans l'univers sans jamais se fixer sur une planète : les Stelléens, rebelles devenus pacifistes, n'ont qu'un ennemi, puissant et impitoyable, qui les menace avec de plus en plus d'âpreté. C'est dans l'une de leurs cités qu'est recueilli le soldat Tinkar, Terrien tombé dans le vide après la panne de son vaisseau : déconsidéré parce que perçu comme un vulgaire « planétaire », étranger à ce monde qui a inventé une singulière démocratie, il comprend néanmoins que ses connaissances pourraient être d'une utilité cruciale pour ses sauveurs. Au contact de cette civilisation et notamment de quelques femmes intrépides, le militaire rigide va peu à peu laisser poindre en lui une humanité qu'il ignorait. Dans ce roman qui mêle aventures trépidantes, imaginaire flamboyant et réflexion nuancée, Francis Carsac anime un héros déchiré entre aspiration à l'ordre et besoin de liberté : livre d'une époque certes, mais histoire qui résonne encore fortement à nos esprits inquiets. Un classique de la science-fiction française.

  • Avec ce court roman obsédant, Bove rend hommage au roman russe et nous rappelle ses origines slaves en imaginant un coupable obsédé par l'aveu d'un crime que nous ne connaîtrons pas, flanquée d'une Violette dont la plus grande misère est l'incapacité à comprendre les fluctuations de l'homme qu'elle accompagne. Il revient à ces figures qui traversent son oeuvre, désespérés qui veulent payer pour des fautes qu'ils ne sont pas sûrs d'avoir commises, jugés pour des crimes qu'ils sont prêts à avouer, coupables surtout de supporter leur misère en osant éléver la voix. Personnage fugace, Changarnier est une des plus belles figures de l'univers bovien, un récalcitrant pathétique qui ose crier sa misère en exigeant un respect dérisoire. Un Bove pour le coeur.

  • Voici un livre qui paraît modeste et qui est pourtant un des plus beaux que nous ait offert la littérature anglaise. Un roman d'amour qui raconte la passion impossible qu'une femme et un homme (emprisonné injustement et à vie) se vouent et qui vont devoir se réfugier dans le monde du rêve (le "rêver-vrai") pour vivre leur bonheur. Du Maurier ne se savait pas romancier, il confia son idée de sujet à son ami Henry James qui l'invita à se lancer et à ne pas abandonner une si belle idée. C'est donc en "amateur" et avec une belle naïveté que l'auteur s'est lancé dans cette aventure littéraire qui fascina les surréalistes et tous ceux que l'onirisme fascine. On sort de ce livre, paru en 1892 mais tellement "neuf" dans son regard sur l'amour, comme lustré de beauté et de joie.

  • 94 jours derrière les hauts murs de Sainte-Anne, trois mois à observer les condamnés de ce bagne ignoré, des semaines à contenir sa propre folie, Marc Stéphane les a vécus au début du XXe siècle. Voyage au bout d'un enfer personnel et collectif, cette Cité des fous est le récit détaillé de sa plongée dans ce monde chaotique interdit à quiconque n'était pas psychiatre, infirmier ou... aliéné. Et parce que cet écrivain désormais englouti possède une langue d'une verdeur à faire pâlir un certain Céline, parce que ses lignes mêlent à une intense compassion un refus du pathos fétide, il transforme ce qui pourrait être un réquisitoire en odyssée au pays de la folie.
    Texte inclassable et d'une inquiétante drôlerie, La cité des fous mérite de figurer dans les bibliothèques de ceux pour qui la littérature n'est prisonnière d'aucune forme et d'aucune camisole.

  • Publiés dans la presse à un rythme soutenu, les contes de Mirbeau ont souvent été négligés par leur auteur qui les prétendait alimentaires... Ressortis après sa mort par sa veuve, on a découvert à quel point ils étaient subversifs et drôles. Composés pour une presse bourgeoise, ils s'en prennent à la bonne conscience, au confort moral et intellectuel de lecteurs qu'il espère bousculer. Les hommes vivent dans un troupeau voué à l'abattoir sinon aux urnes... Les thèmes en sont tragiques ou grinçants, les ressorts en sont comiques, élaborés dans le cadre d'une véritable volonté de démystification :
    Du cynisme, du cléricalisme, de l'hypocrisie...
    Polémiques, radicaux, ils témoignent de la vigueur de l'un des auteurs les plus saisissants et les plus inspirés de la supposée "Belle Époque"...

  • Premier roman qui évite les lois du genre, Une ombre qui marche se présente comme l'essai d'un universitaire sur un écrivain mythique. On est pourtant dans une pure création qui s'approprie les codes universitaires pour dérouter. Mieux qu'un pastiche, ce texte qui est aussi une biographie en creux d'un personnage hors norme qui par la grâce d'un livre unique et radical a bouleversé l'humanité. Timothy Grall, spécialiste de Montaigne, a en effet composé un livre qui n'est fait que de pages vides. Le roman en est la glose, le commentaire partial d'un admirateur passionné, qui nous révèle la puissance hypnotique du pouvoir de la page blanche.
    A la fois réflexion sur l'indicible et l'ineffable, et sur la richesse qui naît de ces limites, cette fantaisie sérieuse marie légèreté et gravité.

  • Symboliste crépusculaire, Remy de Gourmont a eu une influence décisive sur ses contemporains : on redécouvre de temps à autre, on le néglige souvent.
    Une nuit au Luxembourg (1906) est une « fable sensuelle où le fantastique et la philosophie se mêlent (...) dans une atmosphère réaliste et surnaturelle à la fois ; c'est avant tout, un hymne à la liberté amoureuse » (S.Koster).
    Alternant dialogues et récit, jouant avec une intrigue policière, nous faisant hésiter entre les univers du songe et de la réalité, Gourmont distille un élixir qui a gardé toute sa saveur.
    En un siècle où, plus que jamais, on ose demander aux écrivains leurs définitions du bonheur, on lira ces pages lumineuses comme la démonstration raffinée que la seule vertu qui vaille, « c'est d'être heureux ».

  • Sidérante synthèse de plusieurs genres littéraires qu'il transcende, ce roman de mer, histoire de pirates au bateau encalminé en mer et du gamin, le narrateur, embarqué dans un cauchemar qui voit l'équipage ravagé par la faim et l'alcool s'entredévorer.
    Une tempête formidable va mettre fin aux tortures en engloutissant les derniers survivants projetés dans un gouffre infernal. Deux naufragés en ressortiront, le matelot et un vieux briscard qui l'a protégé. Les voilà échoués sur une rivage sans pareil, peuplé d'hommes statufiés au pied d'une montagne écrasante. Portés par un espoir infime, ils entreprennent de gravir cette masse rocheuse qui semble animée d'une vie propre. Cette ascension constituera l'acmé de ce livre qui sort du réel pour nous projeter dans un autre monde. Fascinant.

  • Côté cour, Sémion Ivanovitch Nevzorov partage son existence entre de vagues rêveries de midinette et quelques polissonneries avec sa maîtresse Knopka. Côté rue, la monotonie des semaines de bureau n'est guère rompue qu'à l'occasion des heures passées au cabaret du Pôle Nord. Ses camarades de beuverie n'accordent donc guère crédit aux propos d'une voyante qui prédit à notre homme un destin rempli d'aventures variées. C'est alors que la guerre puis la révolution russe se chargent de réaliser les prophéties en propulsant Nevzorov dans un tourbillon. Tolstoï utilise son talent fabuleux au service du plus échevelé des romans-feuilletons, et la vie du héros se confond bientôt avec une suite déchaînée de péripéties qui le mènent de Saint-Pétersbourg à Istanbul en passant par Odessa.

  • Rencontrer Laure a tout changé dans la vie de notre héros, être banal qui s'imaginait condamné à une vie morne avant de croiser la route de cette femme aux charmes insensés. Si son désir est absolu, son objet est plus délicat à atteindre car la dame en question n'aime pas la précipitation et invite son soupirant à une sublime célébration charnelle dans... quelques mois..., ce qui laissera le temps à l'élu de se préparer psychiquement et physiquement à cette mise sur orbite.
    Entre deux séances de préparation, on parlera de Kurtz, petit nom qu'ils donnent au membre, bientôt actif, de cette curieuse association, en souvenir de Joseph Conrad, passion littéraire commune.

  • « Je pensais souvent à ce cinéaste japonais, Ozu, qui avait fait graver ces simples mots sur sa tombe :
    « Néant ». Moi aussi je me promenais avec une telle épitaphe, mais de mon vivant. » Adolphe Marlaud habite un appartement avec vue sur le cimetière qui domine la rue Froidevaux, une de ces rues où « on meurt lentement, à petit feu, à petits pas, de chagrin et d'ennui. » N'ayant réussi à n'être ni fantôme, ni homme invisible, en exil, cet étrange voyageur d'hiver s'est fixé une ligne de conduite : « vivre le moins possible pour souffrir le moins possible. » C'est sans compter sur Madame C., sa concierge, qui guette amoureusement son passage du haut de ses deux mètres pour le contraindre à des actes que la pudeur réprouve.

  • Monsieur OUINE

    Georges Bernanos

    Certains livres peuvent être considérés comme de « sombres objets » à manipuler avec précaution, Monsieur Ouine, l'ultime fiction publiée par Bernanos en 1946, peut rejoindre Le Maître de Ballantrae ou Les carnets du sous-sol. Largement moins connu que Sous le soleil de Satan ou Journal d'un curé de campagne, ce titre est considéré par les bernanosiens comme l'opus majeur. Histoire de la catharsis d'un petit village autour de la figure d'un professeur rongé par la tuberculose à l'influence délétère et au charisme morbide, ce roman représente un infini filon de noirceur, Bernanos approchant au plus près de son gouffre intérieur avec ce livre absolu sur le mal et le néant qu'il affronte, comme un naufragé solitaire en dérive face à ses démons.

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