Caroline Maniaque

  • Le livre raconte la naissance, le développement et la fin d'un magazine qui parut cinq fois entre le début et la fin des années 1970, se diffusa hors de tout cadre institutionnel et économique traditionnel, se vendit à un million d'exemplaires aux États-Unis et en Europe et inspira une version française. Il informait très concrètement ses lecteurs de l'actualité des recherches de la contre-culture américaine pour vivre différemment : comment construire un dôme géodésique, fabriquer son compost ou concevoir une architecture solaire, ainsi que des dernières publications dans les domaines pratique ou scientifique. La transformation du mode de vie était abordée également sur un plan personnel, avec par exemple l'intérêt pour le yoga qui apparaît en filigrane. Le catalogue associait également démarche écologique, sensibilité hippie et intérêt pour la cybernétique. Paradoxalement, il annonçait ainsi la transformation de nos sociétés par les nouvelles technologies de l'information.

  • Débutant à la fin des années 50 aux Etats-Unis sur fond de ségrégation et de guerre menée du Viêt Nam, un mouvement contestataire renverse un temps l'image des Etats-Unis auprès des intellectuels européens. Architectures et technologies alternatives se mettent à fleurir un peu partout et plus particulièrement dans quelques foyers mythiques : la côte Est, le Sud-Ouest, la Californie. Fascinés par cette effervescence liant discours et expériences réelles, nombre de jeunes Européens font leur voyage initiatique outre-Atlantique et reviennent avec une moisson d'idées nouvelles. Après des années de sommeil, ces thèmes - développement durable, autonomie énergétique des bâtiments - réapparaissent comme si venait enfin le temps de l'intégration des principes écologiques à notre économie.

  • Le Whole Earth Catalog est une aventure éditoriale radicale qui vit le jour en Californie à la fin des années 1960. L'idée de cette publication, qui paraît à intervalles réguliers de 1968 à 1974, est simple :
    Recenser des livres, des objets, des manuels ou des techniques de fabrication « susceptibles de faciliter la vie de ceux qui prennent la route pour s'installer loin des villes et profiter d'une vie communautaire ».
    Véritable précurseur de la culture du do-it-yourself et de la prise de conscience écologique, cette publication typique de l'époque contre-culturelle a marqué toute une génération de designers et d'architectes en quête de modes de vie alternatifs.

  • C'est à Chandigarh, capitale indienne au pied de l'Himalaya, que Le Corbusier mit en oeuvre pour l'unique fois de sa vie ses théories urbaines à l'échelle d'une ville entière. En 1947, lors de la partition de l'Inde et du Pakistan, l'état du Punjab fut divisé : Lahore, son ancienne capitale, étant désormais au Pakistan, Nehru confia trois ans plus tard la construction d'une nouvelle capitale à une équipe dirigée par Le Corbusier.

    En photographiant Chandigarh à partir de 2010, l'intention de Manuel Bougot était de faire un portrait intime de la ville en figeant sur la pellicule exclusivement des intérieurs privés et administratifs. Mais face à l'architecture impressionnante des sites et notamment celle du Capitole Complex, qui regroupe la Haute cour de justice, l'Assemblée législative et le Secrétariat général, ce projet a évolué pour raconter cette ville que ses habitants appellent "The City Beautiful".

    Manuel Bougot s'est attaché à montrer l'appropriation par les Indiens de cette architecture occidentale et, au-delà, la confrontation de deux cultures que tout semblerait opposer, faisant un état des lieux soixante ans après la naissance de cette capitale prévue pour cinq cent mille habitants et qui en compte aujourd'hui plus de deux millions.

    À des années-lumière de l'idée que l'on se fait des grandes villes indiennes, au coeur de la densité minérale des bâtiments en béton, Chandigarh exhibe de magnifiques espaces verts, des parcs luxuriants où écureuils et singes se promènent en liberté et où les habitants font leur jogging quotidien.

    C'est cette capitale originale, le plus grand chantier de Le Corbusier, que nous restitue le photographe, dans ce livre auquel contribuent également l'historienne de l'architecture Caroline Maniaque, et l'architecte indien Balkrishna Doshi, Pritzker prize 2018, qui accompagna Le Corbusier dans cette aventure hors norme.

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