Ce voyage qui traverse les trois royaumes d'outre-tombe pour parvenir à la Vision finale est en même temps tendu vers le retour sur terre, vers le moment où sera racontée aux vivants la traversée accomplie. Et pour relater son périple à travers les trois royaumes des morts, Dante bouleverse les représentations traditionnelles, affronte l'indicible, crée une langue : sa hardiesse poétique préfigure celle des grands inventeurs de la modernité en littérature, de Rimbaud à Joyce, en passant par Kafka et Proust.
Animé par une ambition folle - celle de rendre les hommes meilleurs et plus heureux, par la conscience du sort qui les attend après la mort -, il décrit tour à tour le gigantesque entonnoir de l'Enfer et ses damnés en proie à mille tourments ; la montagne du Purgatoire, intermédiaire entre l'humain et le divin, peuplé d'anges, d'artistes et de songes ; le Paradis, enfin, où, guidé par Béatrice, le poète ébloui vole de ciel en ciel.
Un parcours initiatique qui se termine lorsque le héros, absorbé dans l'absolu, contemple " l'amour qui meut le soleil et les autres étoiles ".
Les « 33 écrits » de Jacqueline Risset que propose ce volume constituent un complément indispensable à toute lecture de Dante, ainsi qu'une étape fondamentale pour sa réception en France. Ils creusent la manière dont Jacqueline Risset a replacé Dante « en avant de nous », et retracent chronologiquement l'histoire d'une lecture, d'une traduction et d'une réception. Ces 33 écrits sur Dante déconstruisent la figure monumentale du Poète et à la fois articulent une critique novatrice de Dante, tout en s'inscrivant dans la lignée de ces grands lecteurs européens de La Divine Comédie qu'ont été Joyce et Beckett, Ezra Pound et TS Eliot, Mandelstam, Borges ou Pasolini.
Le volume est composé d'études, d'articles, d'entretiens, de conférences rédigés entre 1973 et 2014, et offre un vaste aperçu de la bibliographie dantesque de Jacqueline Risset. Parmi les titres, évocateurs de sa dimension hétérogène : « Peut-on traduire les géants ? », « J'ai compris Dante à travers Sade », « Proust, Dante et Pétrole (Pasolini) », « Animal et immortelle. Entre Homère, Dante, Kafka », « L'univers de Dante dans la peinture et dans le cinéma », « Dante humaniste », « Machiavel et Dante ».
Le chiffre 33 est un clin d'oeil à la mécanique qui actionne les ressorts de la grande horloge céleste de La Divine Comédie. Chaque écrit raconte comment Jacqueline Risset a traduit (notamment en libérant le vers de la tradition pétrarquienne) et comment d'une « absence », la présence de Dante a fini par gagner la littérature de notre temps.
Jacqueline Risset a renouvelé en France la lecture de Dante par une traduction qui a su prendre la mesure de la « révolution de langage poétique » qu'il a initiée, dont le principe repose surtout sur l'adoption du vers libre, qui privilégie le rythme plutôt que la métrique, pour redonner à la terza rima sa vitesse et à La Divine Comédie sa proximité. Soudain, Dante redevient notre contemporain.
Les écrits de Jaqueline Risset, articulés dans ce volume par Jean-Pierre Ferrini et Sara Svolacchia avec la complicité d'Umberto Todini, avec qui elle partagea sa vie et qui s'occupe aujourd'hui de ses archives à Rome, sont accompagnés d'une présentation par Jean-Pierre Ferrini et Sara Svolacchia et d'une postface de Martin Rueff.
L'image la plus courante de Dante est encore, en France, celle d'un personnage dix-neuvième, touriste consciencieux des règnes de l'au-delà, selon Peguy par exemple, ou juge sévère et renfrogné, dans les illustrations célèbres de gustave Doré.
Parler de Dante écrivain, c'est donc tenter de faire émerger l'autre face du monument, plus active et actuelle : la conscience extraordinairement hardie, qui. s'y déploie, de toutes les implications de l'acte d'écrire.
Il s'agit de parcourir la trajectoire éblouissante qui, à partir du premier petit livre, la Vita Nuova, en touchant successivement tous les points, linguistiques ( De Vulgari Eloquentia, sur l'invention de la langue), philosophique ( Convivio, le Banquet de la connaissance), politique ( De Monarchia, sur la séparation des Deux Pouvoirs), mène jusqu'à la Comédie, le «poème sacré» où tous les éléments s'animent et s'embrasent dans l'espace du grand voyage.
Voici alors l'Intelletto d'amore : qui est «intelligence d'amour» au sens que lui donnait Dante dans ses écrits, mais aussi, pour nous, intellect amoureux, passion de la pensée, intensité circulaire où l'on peut se reconnaître et se perdre.
Des fragments de traduction suivent, partie intégrante de l'expérience de lecture, faits pour transmettre, dans la mesure du possible, un peu de la proximité de ce grand texte de notre civilisation.
Ils trouent la mémoire, ils révèlent, se vantent. Disent que par eux la vie vaut d'être vécue, même s'ils sont infimes, insignifiants, ou paraissant tels. On ne peut en réalité les juger à la mesure des autres moments ou aspects d'existence. En tout cas,
Essai sur Proust.
Dans A la recherche du temps perdu, toutes les rencontres sont possibles, et tout compte, comme dans les rêves. La proximité des objets du monde produit la ressemblance, et le désir est glissement inextinguible. L'à côté, dans la perception proustienne, produit juxtaposition et contamination, et abolit tout cloisonnement à l'intérieur de l'expérience.
La suite de lectures qui forme ce livre met en évidence les rapports entre théorie et fascination, entre désir et profanation, mais aussi les illuminations qui préparent l'écriture du grand livre, les lieux, figures concrètes de l'espace, et encore l'évolution de l'idée du mal, et la centralité transgressive du sommeil.
Qui écoute Proust part à la recherche, et s'efforce de transmettre les saisies, les étapes et les surprises de la poursuite.
«On dit qu'écrire sert à mettre à distance ; à regarder de plus loin l'émotion. Certainement. Mais c'est aussi le contraire : écrire sert à vivre plus, à sentir de plus près ce qu'on vit - surtout quand l'émotion coïncide pour un temps, plus ou moins long, avec la vie même. Les poètes troubadours disent qu'aimer et chanter sont des verbes synonymes. Ils ont raison. L'un et l'autre se lèvent, à distance très rapprochée, comme un double vent, qui aère les choses, change le paysage. La vie, surtout quand elle est éclairée par une lumière nouvelle, dans le coeur, fuit très vite. On se jette sur son crayon : Reste, soleil, reste un instant de plus - prière faite au papier ; l'astre, déjà, suit son cours. C'est une affaire d'instants.»Jacqueline Risset.
Qu'est-ce que la poésie ? Les notions de traduction et de mémoire poétique aident à répondre à cette question classique.
Surtout si l'on entend par traduction un élément non marginal de l'écriture poétique, c'est-à-dire une pression forte du poème étranger, capable de susciter le geste d'écriture et par mémoire poétique non pas une archive inerte, mais une chambre de résonance active, un laboratoire de l'invention. Dans ce très bel essai littéraire, Jacqueline Risset cherche à cerner l'essence de la poésie, en proposant des lectures sensiblement originales de quatre grands poètes et écrivains.
Biographie de l'un des plus grands poètes de l'histoire de l'humanité.
Marcellin Pleynet est avant tout un poète, mot qu'il faut employer à son égard avec toute la charge de sauvagerie et d'intransigeance qui fait défaut, d'habitude, à des exercices exténués du même nom.
Stanze, son livre principal, dont seul le premier volume est paru, est sans aucun doute la plus grande production lyrique en français depuis le passage fulgurant d'Antonin Artaud. Comme critique, on doit à Pleynet au moins deux livres majeurs : Lautréamont et Art et Littérature. Mais c'est le poète qu'il faut connaître d'abord.
Philippe Sollers