Jean-Louis Tornato

  • Les photographies de Jean-Louis Tornato manifestent ces filiations discrètes qui lient entre elles les préoccupations des artistes à travers les siècles. Il n'est sans doute guère d'époque, du Moyen Âge jusqu'au XIXe siècle qui ne se soit intéressée aux expressions du visage et à ce qu'elles peuvent révéler du secret de l'être. Jean-Louis Tornato est de ceux qui s'inquiètent d'en percer le mystère. Il a choisi pour cela le lieu qui symboliquement est le plus chargé d'intimité, celui du lit - lieu, comme il le dit lui-même, de l'amour, de l'enfantement et de la mort, mais aussi lieu où l'être, s'abandonnant au sommeil, renonce au contrôle de soi et de son apparence. Pour cela, il se sert d'un film infrarouge et d'un flash produisant une lumière invisible à l'oeil nu, qu'il place non loin du lit. L'appareil, sans déranger le dormeur, se déclenche automatiquement, selon un certain intervalle de temps, enregistrant ainsi différents moments du sommeil. L'ensemble des prises de vue est ensuite présenté chronologiquement sur une planche contact. Mais l'ordre peut être bouleversé, les différentes photographies, vues les unes séparément des autres.
    Saisissant les êtres dans l'intimité de leur chambre et livrés au sommeil, la photographie, parce qu'elle traverse ainsi les apparences de l'homme social, révèle la ténuité de la vie - simple souffle qui traverse les ténèbres. Mais en même temps, ces images sans cesse répétées, et leur nudité même, où rien d'autre n'apparaît autour des personnages que la blancheur des draps et la lumière pâle mêlée de nuit, n'épuisent jamais la résistance tenace, miraculeuse, de ce souffle qui en est l'intarissable secret.

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