Francois Bourin

  • Mariette Darrigrand, sémiologue, décortique notre condition de soumis volontaire aux flux médiatiques et qui un beau jour, ressent ce sentiment déprimant de vide de trop de paroles inutiles. Depuis Platon, Doxa signifie la parole vide tandis que Logos est la parole pleine. Or, cette lutte incessante entre le faux et le vrai s'épanouit désormais sur un vaste champ de bataille, le monde hypermédiatique dans lequel nous baignons.
    Avec perspicacité, érudition et une bonne dose d'humour, l'auteur pointe les tics de langage journalistique qui ont des effets dévastateurs, si ce n'est destructeurs, sur les débats publics.
    A côté de la nécessaire fonction démocratique et éthique, elle recommande au fameux 4e pouvoir de s'imposer une « fonction métalinguistique » qui consisterait à réfléchir sur les mots et les discours utilisés par les médias.

  • Comment vivre ensemble dans une société à vif ? Toutes ces questions, Mohammed Chirani se les ait posées comme tout le monde mais les aura vécues avec une exceptionnelle singularité.
    Il passe une enfance heureuse en famille dans un wagon mobile de la SNCF et au milieu des paysages variés de la campagne française : son père est chargé de la maintenance des voies ferrées. L'adolescence de Mohammed Chirani, elle, se fracasse sur le retour en Algérie, pays qu'il vit en parfait étranger et bientôt, la peur au ventre avec la guerre civile qui éclate et déchire la société. De retour en France, il est un temps attiré par les lumières noires de l'islamisme radical mais trouve peu à peu son espoir dans les études. Bénéficiant du programme d'ouverture aux enfants des banlieues, il est admis à Sciences-Po Paris où s'ouvre à lui un tout autre univers : syndicalisme étudiant, dialogue interreligieux et politique. Quelques mois avant la campagne présidentielle de 2007, il retient l'attention des médias : de sa propre initiative, il sillonne la France des banlieues et des zones rurales, le bâton de marche à la main, cherchant à convaincre les jeunes de s'inscrire sur les listes électorales et de voter plutôt que de se résigner.
    Après un passage au quai d'Orsay, il est devenu adjoint du Préfet, se portant volontaire pour s'occuper de ces banlieues qui bouillonnent, pour le pire mais aussi pour le meilleur. Lire le récit de Mohammed Chirani, c'est aussi découvrir quelques pages insoupçonnées du roman français en train de se faire.

  • Libéral-réac, un oxymore ? Pas vraiment, si l'on en croit l'essai du politiste Jérémy Perrin.
    « Longtemps, les libéraux se flattèrent d'un genre de monopole de la « modernité » : portés par un entrain carnassier, ils se prévalaient du progrès du mouvement de l'histoire.
    Toute réticence, tout manque d'enthousiasme devant leurs trouvailles - et elles furent nombreuses - pour améliorer le fonctionnement de l'économie ne pouvait que trahir un esprit passéiste. » L'auteur brosse un tout autre panorama des fondements culturels et politiques de ce foyer de pensée.
    Décortiquant les pensées des conservateurs, des libéraux et des libertaires de ces dernières années, il dépeint ainsi un troisième affluent au libéralisme, celui du « libéral-conservatisme ».
    Avec un style enlevé, un souci de pédagogie et de clarté, Jérémy Perrin rappelle que la réaction n'est pas morte et soutient que le néolibéralisme est l'une de ses expressions dominantes de l'époque. Vous avez dit « tea party » ou « Manif pour tous » ?

  • Une affaires de ploucs, les questions de l'agriculture et du monde rural ? Détrompons-nous tous !
    Lancé en 2006 par Stéphane Le Foll, alors député européen, le « Groupe Saint-Germain », que préside Edgar Pisani, est un « think Tank » européen multidisciplinaire qui rassemble des universitaires, des chercheurs, des experts publics et des responsables professionnels. Ils figurent parmi les meilleurs connaisseurs du monde agricole et rural français et mondial. Leurs échanges réguliers et leurs disputes constructives, ont pour objectif d'éclairer les enjeux, les dynamiques et les tensions qui traversent nos territoires ruraux. En clair, le groupe Saint-Germain réfléchit à une redéfinition des politiques agricoles en France et en Europe qui sache prendre aussi en compte la vie rurale et le défi écologique.

  • Economie circulaire, économie verte, économie solidaire de marché. De nouveaux concepts et de nouvelles expériences d'entreprise émergent en ce début de XXIe siècle, partout dans le monde, remettant en cause les dogmes indiscutés de l'économie de marché. Les notions de progrès et de croissance que l'on pensait figées dans le marbre de Wall Street sont sérieusement réinterrogées.
    Il est grand temps d'inventer d'autres modèles de croissance : homo économicus s'embourbe dans l'attente d'une croissance sans avenir, place à homo humanicus qui évoluerait dans une économie solidaire et sociale de marché.
    Niaise et vaine utopie ? Voire ! Militant et acteur de ce secteur de l'économie,Thierry Jeantet défend ici ses conceptions et les possibles modèles de substitution au tout-capitalisme sans foi ni loi ni sentiments. Que ce soit au niveau local, national, européen ou international, l'auteur présente ici les alternatives concrètes à l'économie officielle.
    Un essai à la fois pratique et d' espoir à l'heure de la crise qui n'en finit pas et de la grande morosité généralisée.

  • Il est plus que temps de réhabiliter la procrastination ! Cette manie de toujours remettre une action ou une décision à demain n'est pas un mal mais une solution. Comme le cholestérol, il y a une bonne et une mauvaise procrastination.
    Mieux ! La « procrastination positive » est un humanisme et un art de vivre qui ne perd pas son temps mais en gagne. Elle permet d'augmenter nos marges de manoeuvres.
    De décanter nos prises de décision. D'être ce petit grain de sable dans les rouages de l'hyperproductivisme calculateur.
    Le 25 mars 2013, David d'Equainville, éditeur et journaliste, lançait la journée mondiale de la procrastination. Pour 2014, il publie son Manifeste du 25 mars qui devrait fédérer de nombreux adeptes. Et s'il n'est pas entendu...
    Ce sera pour le 25 mars 2015.

  • Paris s'ennuie la nuit et se provincialise. Une étude, commandée en 2009 par la Mairie de Paris - entre autres -, et conçue par l'Ecole de guerre économique (EGE), formation de 3e cycle créée par Christian Harbulot au sein de l'école de commerce ESLS-CA, l'atteste : le « rapport sur la compétitivité nocturne de Paris » face à d'autres capitales européennes telles que Berlin, Amsterdam, Londres et Barcelone, met la capitale française sous éteignoir.
    Comment en est-on arrivé là, après les flamboyantes années 1980-1990 ? Les rédacteurs de l'EGE ont utilisé une technique des sciences commerciales pour mieux comprendre le phénomène parisien, celle des « l'analyse SWOT », à savoir l'établissement d'un carré des forces (Strengths), des faiblesses (Weaknesses), des opportunités (Opportunities) et des menaces (Threats) de chaque ville nocturne. Ils ont fait une comparaison des nuits parisiennes avec celles de Barcelone, Berlin et Londres. Les auteurs ont découvert chez nos voisins européens, une réelle stratégie qui fait de la nuit un levier de croissance pour la culture, l'emploi et l'économie.
    Selon le rapport de l'EGE, Paris, elle, n'a plus aucune stratégie globale de la nuit alors qu'elle pourrait créer un gisement d'emplois intéressant. Un débat qui, avec la crise et les élections municipales, prend de l'importance.

  • Il enrage preuves à l'appui. Dans un style vigoureux et d'une grande clarté, Christian Harbulot documente sur ce qui ronge peu à peu la position économique et politique française.
    Il raconte les coulisses et les logiques des nations qui n'ont rien à voir avec une assemblée de bisounours. Il raconte la guerre informationnelle entre industries et pays, la conquête stratégique du savoir et du big data, les coups de billards à trois bandes des « amis » américains et allemands, la longue marche chinoise et la paralysie européenne, tout un théâtre d'ombres insoupçonné.
    Non, la mondialisation n'est ni joyeuse ni heureuse. Oui, la France peut se réinventer.
    Mais pour cela, nous dit Harbulot, il faut que ce pays redescende sur terre et fasse son deuil des illusions économiques d'un marché faussement ouvert.

  • « À 27 ans, j'entre au PS sans me sentir pour autant de droite ou de gauche. D'ailleurs, la politique ne m'intéressait pas. Mais comme mon père me disait toujours que la gauche c'est bien pour nous les pauvres immigrés, je l'ai cru. » Zohra Bitan n'y croit plus.
    L'ancienne porte-parole de Manuel Valls lors des primaires socialistes de 2011, prend cette fois la parole à titre personnel et nourrit le débat. Et de quelle manière !
    Elle signe ici un adieu définitif à une certaine gauche, celle des « indignés de salon », d'une gauche intellectuellement paresseuse, arrogante et hypocrite qui sous couvert d'antiracisme sirupeux et de discours à la guimauve enfoncent toujours un peu plus les enfants de l'immigration.
    Douée d'une langue cash et verte, celle qui est devenue une bloggeuse très populaire témoigne sur les coulisses du PS lorsqu'il s'agit des questions de l'immigration et des banlieues, sur sa propre identité, mais aussi sur son amour immodéré de la France. Z comme Zohra !

  • Voilà qui n'est pas banal : un responsable politique se réfèrant à Gramsci... « L'optimisme de la volonté décrit par Gramsci traduit ce que nous devons faire aujourd'hui à trois niveaux:
    National, européen et mondial. Je l'évoquerai ici à travers trois grands défis qu'il nous faut relever impérativement », avance l'eurodéputé Jean- Luc Bennahmias.
    Constatant la « multiplication des fronts du refus », une atmosphère d'insurrection mais également de « festival des contraires », l'auteur réclame un changement de système face à cette multi-crise : crise financière, économique, sociale, environnementale, sociétale mais aussi crise de confiance, crise identitaire et crise de sens.
    Parmi les pistes du renouveau, Jean-Luc Bennahmias explore un nouveau pacte français inspiré du Conseil National de la Résistance, une économie sociale de marché, la nécessité d'une Europe sociale et le défi du développement durable à l'échelle mondiale. Plus que jamais, l'optimisme en politique peut déplacer des montagnes.

  • Ce n'est pas une polémique antimédias de plus, mais une franche séance d'explications avec son métier, une mise au net avec la fabrication de l'info audiovisuelle et de son joyau encore à peu près intact : le JT, le journal télévisé de 20 heures. William Irigoyen, lui-même journaliste du sérail, s'insurge ici contre l'info industrielle, les stéréotypes de l'image, la déontologie floutée et surtout, l'étonnante paresse intellectuelle et le manque de prise de risque de la télévision de service public. Si le JT est (encore) considéré comme la grandmesse préférée des Français, un Vatican II de l'info est-il possible? L'auteur le croit et ouvre des pistes.

  • « Aie confiance », dit le serpent Kaa qui fait rire les enfants. Mais la confiance se trouve en ruine depuis la crise financière. À défaut de cet indispensable ciment, la société se délite gravement dans trois secteurs clés de la cohésion sociale : l'économie, le politique et l'identité nationale. « La confiance peut puiser à deux sources : notre propre expérience du passé et la confiance que d'autres nous témoignent, nous explique Pierre-Olivier Monteil. Pas plus qu'elle ne se décrète, la confiance ne se dicte, fût-ce par les plus subtiles des stratégies de la communication politique. Elle ne peut que résulter d'un climat, qui procède lui-même d'une manière d'agir. Ce n'est pas l'affaire d'une tactique, encore moins d'un grand soir, mais d'une méthode qui conduirait à passer l'une après l'autre les réformes envisagées au tamis des conditions de la confiance, qu'on se propose de spécifier ici. » Dans ce court essai, un philosophe interroge l'actualité de la confiance, et propose ses pistes pour repousser l'ambiance destructrice du désenchantement.

  • Dans les coulisses d'un pataquès intellectuel et politique, celui du projet de la « Maison de l'histoire de France », lancé sous le mandat Sarkozy. Chargés de piloter ce projet, deux jeunes cadres du ministère de la Culture ont assisté et participé aux grands débats dans l'entre soi des experts, aux petites intrigues de cour et ombres chinoises. Après cinq ans d'une pénible gestation, le projet a été finalement abandonné à la suite des élections présidentielles de 2012.
    Les auteurs ont décidé d'écrire l'histoire très confidentielle de ce projet, la replaçant à la fois dans le cadre des grands projets culturels présidentiels de la fin du xxe siècle, et dans le rapport toujours complexe que la France entretient avec son histoire.
    Le lecteur citoyen découvrira ici, parfois médusé, toute la somme des petites histoires qui font les grands rendez-vous manqués et le sentiment d'un débat public confisqué. Un document éclairant sur l'histoire comme passion française.

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