L'entretemps

  • Pour Lupa, reconnu en Europe pour ses spectacles d'une exigence extrême, il s'agit de se pencher sur des personnages extraordinaires, en essayant de comprendre d'où venait leur lumière et comment coexistent la grandeur et la superficialité. Sur le principe du monologue intérieur, la langue est délibérément déconstruite, morcelée, presque désordonnée et comme en suspens, et le texte semble ainsi s'écrire sous nos yeux. Dans ces trois pièces, il mêle fiction et réalité, remodèle les mythes et déplace les horizons d'attente. Dans Factory 2, Lupa retrace deux journées de la Factory new yorkaise et réanime quelques figures légendaires de ce groupe d'artistes avant-gardiste constitué autour d'Andy Warhol. L'auteur évince en grand partie les détails biographiques sur le pionnier du Pop Art, et soulève plutôt des questionnements sur l'art, son rôle et son utilité, il jette une passerelle entre les utopies des années soixante et les désenchantements du présent. Dans les deux autres pièces, Lupa met en scène deux figures antinomiques : Marilyn Monroe, icône de la sensualité exacerbée dont il interroge la quête spirituelle, et la philosophe et mystique Simone Weil qu'il aborde, elle, sous l'angle de son rapport complexe au corps.

  • Voltaire. Il est un conteur? électrique, artiste de rue dans les brancards, tailleur de short, en un mot : cracheur de peu ! Après AAA.A, chroniques en quatre parties (Afrique, Asie, Amérique, Ailleurs) de ses virées sur la planète Ni plane ni nette, Tartar(e) nous livre ici l'épilogue de son voyage.
    Ultime volet teinté de mélancolie, on y découvre en filigrane l'hommage rendu à un homme tombé sous les balles, pour avoir simplement et crûment servi la vérité. À la suite d'Adieu, l'auteur nous propose Secrets d'écrits, véritables coulisses de ses textes. Il y révèle un engagement, le refus de se soumettre à la forme car, comme le disait Artaud : « S?il est quelque chose d?important et véritablement maudit dans ce temps, c?est de s?attarder artistiquement sur des formes au lieu d?être comme des suppliciés que l?on brûle et qui font des signes sur leurs bûchers ».

  • " en dépit de ses apparences sérieuses, cette encyclopédie en trois cercles (volumes) concentriques de tout ce qui a rapport au rond ou à ce qui tourne et roule, est fantaisiste.
    Elle propose une définition imaginaire de l'univers et de la place de l'individu dedans tout autant fantasmée. entre bruits, souffles, vacarme, mots chuchotés, goutte-à-goutte, mur d'horloges sans aiguille, anneaux de rideaux, roues de vélo et vélo, tourne-disque et disque, tuyau de chantier, ballons de baudruche. l'encercleur laisse le libre choix de sa projection et de sa vision du monde, de la place que chacun entend occuper ou tente d'occuper.
    La seule certitude, ici, est l'issue du voyage humain et du tourbillon qui nous y entraîne. ".

  • Tirée des lettres, journaux et écrits de Léon et Sonia Tolstoï, cette pièce est un portrait puissant et émouvant du couple que formèrent Léon Tolstoï et sa femme Sonia. Autant passionnés, fiers et têtus l'un que l'autre, ils vécurent leurs cinquante années de mariage avec un sens aigu du drame et du romanesque.
    Ce qui est intéressant ici, c'est de découvrir l'intimité d'un génie, l'amour fou de Sonia pour son mari, l'évolution de leur relation sur plus de 50 ans (le texte couvre la période de 1862 à 1908), et bien sûr d'approcher le « secret » de la création.
    Jamais publiée aux États-Unis, la pièce y a été lue au Workshop Theatre Company et à l'Angel Space de New York, puis montée au Sarasota Studio Theatre en Floride.




  • Dix-neuf contributions (metteurs en scène, universitaires et écrivains) nous éclairent à ce sujet.
    Cet ouvrage nous offre un large panorama de points de vue pour comprendre les mutations à l'oeuvre dans le texte dramatique aujourd'hui. Certains articles explorent ou déconstruisent l'oeuvre et la pensée de personnalités comme Antoine Vitez, Koltès, Beckett ou Artaud, et d'autres parviennent dans le contexte actuel à une analyse formelle qui nous permet de tisser des liens entre les différentes instances textuelles. Qu'est-ce, aujourd'hui, qu'un texte de théâtre ? Ne pourrait-on pas convenir, très concrètement, qu'il s'agit d'un texte écrit pour le théâtre ? Que seraient les qualités d'un texte au théâtre, en définitive ?

  • "L'homme qui ira en Amérique" date de 1962. Elle se présente comme une comédie satirique en deux parties qui décrit les moeurs du milieu de la peinture et des galeries d'art que connaissait bien le peintre Buzzati. C'est une pièce sur le succès, la quête de la gloire et de l'argent, la médiocrité, la fuite du temps, la fatalité du destin, l'échec artistique, existentiel et amoureux. L'Eldorado, l'Amérique dont on ne revient jamais est le royaume de la mort. Au-delà de la férocité de la satire sociale, une immense tristesse plane sur l'existence d'Antoine Remittence, personnage le plus naïf de la pièce qui dit "se uno crede in una cosa, questa cosa esiste" (Si quelqu'un croit en quelque chose, cette chose existe") même si cela arrive sur le tard...
    À l'occasion du vernissage où doit être décerné le prix d'Amérique, peintres, marchands, critiques d'art passent la soirée à discourir avec ironie et sarcasme.

  • " Imaginons un paysage de prothèses, imaginez.
    De la terre et des pierres, un arbre effondré, des trous. Le drame n'a plus lieu sur la scène, il est dans le décor-paysage : verre, métal, plastique. Comment dire mieux que l'espace se meurt. On entend une radio... " Un homme arrive sur une colline par une nuit d'orage. Il parle à un mannequin qui ressemble à une jeune fille, il parle à un roi mort, à un chien, à un duo comique, à un arbre, à des pierres.
    Il parle avec les objets, les animaux, les morts. Dans la terre, il trouve un séquenceur. C'est un dispositif numérique, une mémoire exacte qui permet d'enregistrer et d'ordonner les éléments dans une séquence. L'homme joue avec le séquenceur. Il s'abandonne dans le concert de sa voix enregistrée. L'enregistrement a pris la place de la vie. L'échantillonnage met la répétition au coeur du texte, entraînant une perte de sens et en même temps la reconstitution de quelque chose qui se souvient du sens dans les trous de la langue.
    La machine ne porte plus seulement la mémoire, elle la tord et l'explose. Le théâtre est envahi par ce qui refuse le théâtre : animaux, objets, machines.

  • Ça part du ciel, passe sous la terre, ressort sur une autoroute et se termine à la surface des brins d'herbe. C'est la fille d'une morte qui n'a pas eu le temps de la voir mourir. Elle aurait pu collectionner des objets, elle collectionne des lieux. Quelques morts précieux l'accompagnent tout au long de son trajet mortuaire,..de Rambouillet à la rue d'Aubervilliers en passant par Châtenay-Malabry : un passager clandestin recroquevillé sur un train d'atterrissage, le philosophe Vladimir Jankélévitch.
    Ce sont des corps qui volent, chutent, on dit..: «..frappés par le destin..».
    Le texte est composé de cinq parties, en forme de compte à rebours, du ciel vers la terre. C'est un texte-paysage, qui puise son énergie dans l'émotion particulière qui nous prend quand un lieu nous parle.

  • Les écrits de tartar (e) sont particulièrement emblématiques du mouvement des arts de la rue.
    Et pourtant, le " griot tartar (e) " a longtemps freiné des quatre fers avant de confier sa prose à l'édition, résistance de l'oralité au livre soupçonné de négliger le chant. AAAA. A, tétralogie sur la quadrature de la terre, Afrique, Asie, Amérique, Ailleurs. Arbre, réunit quatre récits-spectacles, quatre cris offerts aux anciens et futurs auditeurs qui pourront ainsi inventer leurs propres saveurs de lectures.
    A l'origine, Conakry et chuchotements a été écrit en Guinée, quintessence des cent dix-huit carnets que l'auteur a noircis durant ses longs séjours sur place. Le succès rencontré lors des représentations l'a encouragé à poursuivre. Son projet d'écriture s'est consolidé : interpréter le monde en se jouant des quatre points cardinaux et des idées reçues. Ainsi sont nés 0, 1, 2 (Zéro, Inde), Ame américaine et Ailleurs Par la vertu de l'édition, le griot qui interprète le monde et nous confie ses manuscrits et ses croquis se verra peut-être à son tour interprété.

  • Taïteul t.33

    Collectif

    Jongleur, acrobate et musicienne perdent inexorablement la mémoire. En s'acharnant en vain à garder trace de tout ce qu'ils peuvent, ils aggravent leur cas. Leur univers est étrange, qui évoque les pages d'un livre, les plis d'un cerveau dérangé, les oubliettes de l'histoire. Cette fable drôle et cauchemardesque sur les excès de la mémoire et de l'oubli est aussi une critique féroce de l'écervelage général que tente d'orchestrer, par overdose de pathos, l'empire mondial de la marchandise et de l'image. [TAÏTEUL] est un spectacle constamment changeant, dont chaque représentation, numérotée, diffère de toutes les autres. Ce n° 33 est unique et autonome : ni trace ni matrice de l'oeuvre, il en constitue une facette spéciale. La pièce fond d'une manière inédite le théâtre, le cirque, la danse et la musique, et ne saurait être assignée à l'un ou à l'autre de ces genres « consacrés ». Fruit d'un travail collectif, elle témoigne de la recherche artistique que mène La Scabreuse, sur l'identité et le « fil du rasoir ».

  • Après avoir arpenté un monde nocturne empli de prodiges pour tenter d'y trouver le miroir de l'âme, des hommes épuisés achèvent leur étrange quête en tournant leur regard en eux-mêmes ("Le miroir").
    Dans un deuxième temps, les "tueurs", phratrie d'êtres invulnérables et éternels missionnée par des dieux lassés du monde pour récolter le coeur et la semence de toutes les créatures depuis le commencement des temps, éprouvant l'horreur de leur condition, tentent de bâtir l'homme, introuvable, à partir de la matière du monde. Les larmes de leur désespoir se mêlent à la terre et de cette boue naît l'homme. Les tueurs exorcisent leur immortalité en le sacrifiant : vient alors pour eux le temps de métamorphoses inouïes et ils s'opposent, monstrueux et merveilleux, aux dieux réveillés. L'injure remplacera la lutte, jusqu'à ce que tueurs et dieux deviennent roche et terre.
    Puis c'est le temps du souvenir : dans le désert, une horde assoiffée réclame aux morts l'eau qui les sauvera ("La prière et la source"), mais ceux-ci restent muets.
    Au croisement des textes premiers, religieux ou mythologiques, avec pour toile de fond ce qui constitue le fondement de toute culture (et du substrat qui reste dès que nous en sommes dépouillés), le texte de Farid Paya nous plonge, à travers le dénuement qu'il opère sur ces hommes et ces dieux auxquels il donne la parole, dans l'immensité des mystères et des paradoxes qui constituent notre condition.

  • Une pièce inédite d'Armand Gatti, dramaturge contemporain incontournable qui fête cette année ses 90 ans. Cette pièce sur le concept de Dieu dans les trois religions monothéistes est agrémentée de nombreux documents de travail (partitions, croquis de Michel Ange et de De Vinci .). Une véritable «électrocution verbale», pour reprendre les mots de Fabienne Pascaud, qui lui avait consacré un article dans le Télérama du 24 juillet 1991 suite à sa création au festival d'Avignon.

  • In vitro

    Guy Carrara

    Un savant, nommé Ferdelans et membre d'une secte, se lance dans la course au clonage humain. Deux nouveaux-nés sont «fabriqués» : Brigitte et Robert, mais la technique utilisée n'étant pas très au point, Robert se retrouve affublé de cornes de bélier et Brigitte d'un bec d'oiseau. De plus, Robert et Brigitte s'aiment. Le professeur fait tout pour les séparer et travaille sas relâche, à la mise au point d'esclaves performants, privés de tout désir. La légende, car ce texte se présente comme une légende, voudra que les autres clones conçus par le professeur, se révoltent et s'échappent du laboratoire.
    Brigitte et Robert, tels des héros de conte de fée, s'aimeront et auront beaucoup d'enfants.
    Outre la simplicité apparente de ce résumé, ce texte déjà mis en scène, aborde avec poésie et onirisme un thème scientifique périlleux : le clonage. Les monstres ont disparu de nos sociétés. Le cirque était un refuge qui leur permettait de survivre malgré tout. A travers ce spectacle se renoue une longue tradition.La science les a fait disparaître mais elle en crée d'autres, juste retournement des choses.
    Guy Carrara ne cherche pas à livrer une réponse ; à travers les contorsions des corps et les acrobaties il nous offre des images qui sont autant d'échappatoires et de fuites possibles.
    C'est d'ailleurs la voie que suivront les chimères : elles tueront leur créateur et s'éloigneront à jamais de l'humanité.

empty