Lemieux

  • Il a signé des livres magistraux tels que L'Illusion politique, Le Système technicien, L'Empire du non-sens ou Le Bluff technologique.
    On ne sait pas toujours bien qui, d'Ivan Illich à Jean Baudrillard en passant par Castoriadis, Simondon, Edgar Morin et tant d'autres, a lu ou n'a pas lu Jacques Ellul (1912-1994). Mais il est bien certain que ce professeur de la faculté de Bordeaux, qui ne songea jamais à quitter la ville de Pessac où il s'était installé en 1946, n'en a pas moins dialogué avec tout ce qui compta dans le siècle. Ellul a inspiré ou perturbé toutes les réflexions un peu sérieuses sur la technique.
    Se plonger dans l'oeuvre et la vie de Jacques Ellul, c'est emprunter mille chemins : aborder le résistant et le Juste, le compagnon de route de la décroissance, le porteur d'une ambition critique radicale qui impressionnèrent Bernanos et Debord, mais aussi le protestant converti et s'inventant un christianisme très particulier, le « rhinocéros intellectuel » qui fonce sur tout ce qui bouge, le pessimiste résolu dans une société qui veut le Bien à tout prix. Mais aussi le duo intellectuel et virtuose formé avec Bernard Charbonneau et celui, théologien, formé avec Jean Bosc.
    Édouard Schalchli campe (et discute) le portrait - surtout pas l'hagiographie - de l'un des philosophes les plus impressionnants du xxe siècle. Et surtout s'interroge : comment être ellulien après Jacques Ellul ?

  • Auteur protéiforme, Roland Barthes (1915-1980) est l'un de ces classiques inépuisables, que notre époque lit et relit, pour se comprendre, pour ouvrir de nouvelles pistes. Dimitri Lorrain apporte un nouvel éclairage sur Barthes, qui a mené dans les années 70 une réflexion sur la modernité à la fois politique et esthétique, culturelle et existentielle, qui s'avère profondément mélancolique.
    Barthes a vu dans cette mélancolie pluraliste féconde le mouvement même d'une collectivité et de sujets singuliers cheminant vers une modeste mais véritable liberté.
    Il a aussi opposé sa conception à une mélancolie maladive, voire mauvaise, fondée sur le « fantasme d'une communauté forte ». Or cette dernière se déploie de nos jours dans la société et dans bien des réflexions contemporaines pour prendre une forme autoritaire, voire populiste, idéalisant le passé patriarcal. Plus que jamais d'actualité, Barthes nous éclaire sur notre situation historique présente, et particulièrement sur la tentation populiste que connaissent la France et une grande partie de l'Europe.

  • Altissime : ce qui est très haut, très noble. Tout a été dit, ou presque, concernant la philosophe Simone Weil (1909-1943) : hystérique, masochiste, anorexique, emmerdeuse, pétroleuse, donneuse de leçon, extatique, sale, exaltée, garçonne, juive, antisémite, anarcho-syndicaliste, . Un florilège, sous bénéfice d'inventaire. Autant de contrastes, d'antinomies voire de contradictions qui signalent, non un déficit logique ou une part d'incohérence, non les moments d'une contradiction dépassable, mais les tensions d'une pensée qui s'éprouve dans le balancement, dans l'oscillation. Sa fascination pour la pensée chinoise - le taoïsme en particulier - trouve peut-être ici l'un de ses points d'ancrage.
    En Simone Weil se trouve conjoint ce que notre histoire intellectuelle s'est trop souvent plue à disjoindre : l'impatience prophétique et la patience du concept.
    En une petite centaine de pages, le philosophe François L'Yvonnet éclaire l'oeuvre de Simone Weil avec des facettes emblématiques de sa biographie : une cartographie des lieux et des influences, la question du déracinement, son rapport à la judaïté.
    En annexe, une bibliographie raisonnée pour mieux accéder au « monde d'idées » de Simone Weil.

  • « Trois raisons de parler de Jacques Derrida :
    1. Derrida le Magnifique - Les idiots et les imbéciles de l'anti-déconstruction n'y peuvent rien, c'est ainsi, Jacques Derrida, mort en 2004, est bel et bien notre dernier grand philosophe vivant.
    2. Derrida le Bon homme - La déconstruction méritait un tel essai de ma petite part, le lecteur s'amusera au déconstructif qui y est en vigueur, qui y est de rigueur, Derrida s'en sortira vivant et bon homme.
    3. Derrida le Poète - Cet essai enfin fait le pari plutôt dramatique qu'il y a à connaître tous les livres de philosophie de Derrida par les poètes, d'abord par les poètes : puisque somme toute c'est dans cet essai que l'on apprendra qu'Arthur Rimbaud est le fils non reconnu de la déconstruction, que Jean-Noël Vuarnet (inconnu de tous) est le père putatif de la pensée première de Derrida au tout début des années soixante-dix et que Nietzsche et Artaud sont le couple diabolique (oncle et tante alors) d'une entrée qui claque les portes dans l'oeuvre complète du philosophe. » Alain Jugnon, avec son style provocant et stimulant, se lance dans l'évocation d'un Jacques Derrida au bord de l'écriture poétique et part en guerre contre l'idée répandue dans cette « époque triste et cynique » que la déconstruction, ou perte des valeurs, est le mal absolu.

  • Kojève le célèbre inconnu. Il est toujours utile, pour comprendre un philosophe, de connaître certains traits de sa vie. C'est bien le cas pour Kojève bien que cela soit difficile. On le soupçonna d'être un espion sovéitique à Paris. Il brouilla les cartes toute sa vie en donnant souvent de lui une image factice. Exceptionnellement discret, il anticipa pourtant la fameuse société du spectacle de Guy Debord.
    Kojève l'encyclopédiste. C'est un philosophe au sens où il chercha sans cesse. Sa vie entière est une recherche. Kojève veut tout savoir pour tout comprendre et pour dire le tout. Or il y a longtemps que nous avons abandonné l'idée d'un savoir encyclopédique qui couvrirait la totalité du savoir humain possible, et permettrait à un individu de comprendre totalement ce qu'il en est du monde.
    Une pensée à contre-courant. Philosophe controversé qui réactualisa Hegel et fut critiqué par Jacques Derrida, il veut trouver et dire la vérité. À une époque où le « politiquement correct » produit un scepticisme de principe, ce genre d'attitude peut paraître singulièrement dogmatique, immodeste voire folle.
    La vie est une comédie, car l'on n'y est jamais sûr de rien. Mais c'est la seule que nous ayons à jouer, si l'on en croit Kojève. Et la seule chance qu'elle « vaille le coup », c'est qu'en prenant le risque de la jouer, on le fasse sérieusement.

  • Cet essai a l'ambition d'explorer toutes les facettes d'Ivan Illich, penseur phare de l'écologie politique dans les années 1960-1970. Avec les contributions de J.-P. Dupuy, H. Beck, O. Assouly, É. Verne, O. Rey, S. Ravenscroft, R. Kahn et J. Robert.

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