Michel De Maule

  • La maharani de Jaipur : adversaire d'Indira Gandhi Nouv.

    En Inde, au XXe siècle encore, les filles de la noblesse n'étaient guère instruites et vivaient confinées derrière le purdah, le rideau. Telle ne fut pas la vie de la princesse Gayatri Devi, élevée en Angleterre et en Suisse. Dès l'âge de douze ans, elle s'éprit du maharajah de Jaipur [Sawai Man Singh II (1912-1970) dit Jai], régnant sur cette cité du Rajasthan de stricte tradition. Non sans mal, elle obtint la permission de l'épouser à sa majorité, même si elle ne devait être que sa troisième épouse. Avec l'accord d'un époux amoureux, elle s'émancipa, modernisa la ville, créa des écoles. Elle devint même députée et se heurta à la jalousie d'Indira Gandi, qui la fit emprisonner.

    C'est cette vie hors du commun, mais aussi toute l'Inde où elle effectua de nombreux reportages, ses croyances, ses coutumes, ses aspirations à la modernité, ses éblouissants palais côtoyant une misère toujours présente, ses couleurs, ses senteurs que l'auteur fait revivre à travers ce portrait d'une femme libre.

  • Ce qui vient en premier, ce n'est ni le droit ni l'éthique, c'est l'Histoire. Il n'est pas très difficile de décrire une société, de dire comment s'y organisent le pouvoir, la répartition des richesses, les structures de parenté... Mais comment tout cela se transforme-t-il ? Et pourquoi ? Voilà une question autrement mystérieuse. Mystérieuse comme l'Histoire, inexorable et indifférente, intelligible et incompréhensible.

    Ce livre est issu d'une interrogation : comment naît le droit, comment évolue-t-il ? Pour y répondre, avec toute l'érudition d'Yves Lemoine et "avec l'inspiration poétique comme mère", il faut s'immerger dans le passé, celui de la Grèce antique et de Rome, celui du christianisme médiéval. Il faut s'immerger dans la pensée mythologique, dans la parole puissante, le verbe créateur qui met le monde en ordre. Il faut en mesurer l'efficience mais aussi les limites et prendre garde à l'émergence d'un autre type de discours qui n'est plus celui des dieux mais celui des hommes. C'est celui du droit, de la politique, de la persuasion. Il rend compte de tout, même de l'impensable comme une épidémie qui élimine la moitié de la population européenne au XIVe siècle !

    Ce livre est nôtre, même s'il évoque un passé qui nous surprend toujours. Ce n'est pas un livre d'histoire, il interroge sa source. Cette source muette, à l'origine de ce que nous sommes.

  • Constantinople, 1910 : la capitale la plus cosmopolite du monde, où les chiens qui couchent dans presque toutes les rues forment une communauté parmi d'autres. Soucieux de modernité, et désireux de montrer sa force à la tête d'un empire multiculturel menacé de dislocation, le gouvernement jeune-turc décide de déporter soixante mille de ces animaux sympathiques mais un peu encombrants sur un îlot désert.

    Cette épopée lamentable est racontée par l'un d'eux, qui sait parler aux hommes, détecte leurs faiblesses d'un oeil sagace, et essaie de négocier avec leurs représentants. Elle a pour cadre une métropole particulièrement pittoresque, toute en détours et en surprises, dont les charmes et les horreurs sont décrits avec verve.

    "Aujourd'hui les chiens, demain les Arméniens, après-demain les juifs !" s'écrie l'un des personnages du roman. La déportation de 1910 prélude en effet aux grandes tragédies du XXe siècle et aux "purifications ethniques" que nous déplorons aujourd'hui.

    Successivement directeur d'administration centrale, chef d'entreprise et conseiller à la Cour de cassation, Nicolas Saudray a présidé en bénévole l'ancienne Bibliothèque nationale. Son oeuvre comprend des réflexions historiques (Nous les dieux, prix Edouard Bonnefous de l'institut), des pièces de théâtre et treize autres romans dont La Maison des Prophètes (prix Méditerranée, prix Maurice Genevoix).

  • Appelé sous les drapeaux au sortir de l'ESCP, Michel Leperre, avec son condisciple Yves Bruant, classe 1955/2B comme lui, intègrent l'École des Officiers de Saint-Maixent et, pour rester ensemble, choisissent au hasard la même affectation : le 35e Régiment d'infanterie. Cette affectation les conduira dans un secteur du Nord Constantinois particulièrement difficile. Ils participeront ainsi, malgré eux, pendant de nombreux mois à la guerre d'Algérie.

    Michel Leperre rencontre et se lie d'amitié avec Christian Biot, séminariste dont le charisme, le courage, la droiture et la simplicité le marquent particulièrement, devenant l'ami le plus cher de sa vie.

    Tout au long de ce séjour algérien, Michel Leperre tient son journal et y relate en particulier les comportements odieux de certains militaires prouvant par-là que la torture était systématique et ne se limitait pas à la bataille d'Alger.

    Ces témoignages ne plairont pas à sa hiérarchie qui ira jusqu'à perquisitionner ses affaires ! Parallèlement, il entretint une correspondance sérieuse avec son père dont les prises de position politique entraîneront entre eux une opposition déclarée.

    Contrairement à ce qui était claironné en haut lieu, la situation générale était mauvaise, même sur le plan militaire: les patrouilles ne se faisaient plus qu'à deux sections, certains postes avancés étaient abandonnés, les mâles algériens avaient disparu des mechtas...

    Aujourd'hui, ses deux camarades, Bruant et Biot, auxquels il était intimement attaché, malgré l'éloignement de la vie, sont décédés. Ils méritaient bien qu'on parle d'eux !

  • Provençal ayant vécu à Paris et voyagé à travers les continents, adorateur du soleil mais gouverné par la lune, à la fois mystique et charnel, peintre et poète, passant de l'allure d'un dandy à celle d'un mendiant, Germain Nouveau (1851-1920) aura vécu sous le signe de la contradiction, avec excès et démesure ; en tout et pour tout.
    Il fut l'ami des grands poètes de son temps, notamment Rimbaud avec qui il vécut à Londres au moment des Illuminations ainsi que Verlaine avec qui il fréquenta les églises comme les débits de boissons.
    Pour l'essentiel, son oeuvre fut publiée après sa mort. Louis Aragon le considérait « non comme un poète mineur mais un grand poète. Non un épigone de Rimbaud : son égal. » Cent ans après sa mort, il est désormais temps de le découvrir.

  • L'amitié entre Hervé Guibert et Hans Georg Berger dura treize ans, de 1978 jusqu'à la mort de Guibert en 1991. Berger était directeur artistique du Festival de théâtre de Munich lorsque le jeune écrivain français âgé de 22 ans, alors correspondant pour Le Monde, apparut pour la première fois dans son bureau. Leur relation fut dès le début aussi passionnante qu'intense. Une année seulement après leur première rencontre, Guibert est l'invité de Berger sur l'île d'Elbe. Celle-ci allait devenir un point de rencontre et une source d'inspiration d'une importance fondamentale pour Guibert.

    Hans Georg Berger, comme l'écrivit Guibert plus tard, "est le maître d'oeuvre de cet endroit miraculeux où je me sens si bien, où tout est beauté, où l'arrivée est plus heureuse que le soulagement du départ, et où j'ai écrit la plupart de mes livres, il est son inventeur, et il est son maître, ce qui pose parfois quelques problèmes, des grincements d'autorité et de révolte contre cette autorité. Mais en même temps il est le créateur de cet endroit miraculeux, et il m'a laissé généreusement me l'attribuer." Leur dialogue, Hans Georg Berger et Hervé Guibert l'ont cultivé au-delà de l'île d'Elbe, que ce soit lors de voyages à Arles, à Budapest, à Séville, en Egypte ou au domicile munichois de Berger, à Paris ou dans la Villa Medicis. Ce dialogue a toujours été à la fois émotionnel, intellectuel et visuel. Les nombreux portraits que Berger a réalisés de Guibert témoignent de cet échange. Ils initient en outre, et ce de manière intime, une méthode que Berger a établie dans ses futurs travaux, celle de l'engagement collectif : l'image comme un produit d'une entente profonde, tel un résultat d'une compréhension mutuelle.

    Dans son texte accompagnant les photographies de Hans Georg Berger, Hervé Guibert développe et affine son approche lorsqu'il prend position pour un narcissisme positif et existentiel. Il en parle de manière explicite : "Pourquoi diable n'en finit-on pas de faire le procès du narcissisme ? Comment un substantif charmant et grave a-t-il pu devenir si trivialement péjoratif ? Les peintres qui, durant toute l'histoire de leur activité, n'ont pas cessé de fouiller leur propre pomme, entre celles des autres, ne l'ont-ils fait que pour léguer une vaniteuse luisance, l'assurance flatteuse d'une admiration posthume ? Ce qu'on dénigre comme narcissisme n'est-il pas le moindre des intérêts qu'on doit se porter, pour accompagner son âme dans ses transformations ?" Les photographies d'Hervé Guibert, ses amis, les espaces et les voyages sont bien des outils permettant de suivre la métamorphose de son âme. Ils constituent la base d'une réflexion quant à la signification du dialogue et sur l'autoréflexion à travers les yeux, les lentilles et les objectifs de l'autre. Les photographies manifestent, avec tout le désir littéraire du dévoilement, la certitude qu'il réside plus de vérité dans la dissimulation que dans la révélation et la divulgation. Elles témoignent d'un amour photographique. Dans leur ensemble, les photographies sont comme un kaléidoscope, une galerie des glaces qui renvoient au moyen de milliers d'angles et de facettes une image résultant d'une pose répartie durant treize ans.

  • Cette anthologie des poètes francophones est la première du genre, couvrant tous les continents et toutes les époques.

    On y rencontre des personnalités très diverses : des poètes nationaux comme Alexandre Pouchkine en Russie, Oswald Durand en Haïti, Birago Diop au Sénégal ou Gaston Miron au Québec ; des hommes d'Etat comme Léopold Sédar Senghor ou Jacques Rabemananjara; des prix Nobel comme Samuel Beckett ou Maurice Maeterlinck; des académiciens célèbres comme Assia Djebar ou François Cheng; mais aussi de nombreuses autres figures extraordinaires qui, tels Biaise Cendrars ou Aimé Césaire, des rives de la Méditerranée aux confins du Pacifique, laissent entendre des voix inoubliables.

  • Arrivé à Paris à 16 ans, en 1967, s'ouvrant à la philosophie, Antoine Rozès lit avec intérêt Herbert Marcuse, les textes contestataires de Wilhelm Reich, Sigmund Freud et Michel de Certeau puis suit les cours de l'Ecole des Beaux-Arts. En19 71 , il part non loin de Copenhague, à Christiania, quartier auto-proclamé au droit illimité de vivre à sa guise. Puis de nombreux voyages, Inde, Norvège le mènent aux Etats-Unis.

    En 1975, la Californie, alors le seul lieu où la photographie est considérée comme un art à part entière et un langage de combat. La contre-culture de la beat Generation lancée par Jack Kerouac et Allen Ginsberg, rythme encore les jours et les nuits de San Francisco. Il suit auprès de Pirkle Jone, Jerry Burchard et Margery Mann des cours de photos au San Francisco Art Institute.

    Dès 1981, installé dans son atelier actuel qu'il partage avec Raymond Hains, Yves Oppenheim et Loïc Le Groumellec, Antoine Rozès se lance dans des compositions qui "déconstruisent" les choses "afin de voir ce qui arrivera ensuite". Tirés hors du registre classique, décalés afin de leur donner une autre densité grâce aux effets du procédé novateur de lames de lumière qu'il a mis au point, le temps et l'espace sont comme des outils qui se superposent, obéissent seulement à l'aléatoire, créent des profondeurs à la fois maîtrisées et laissées volontairement indépendantes. La rapidité extrême de cette décomposition échappe à l'oeil nu. Différentes expositions et publications de 2010 à 2015 lui valent un public fidèle et la reconnaissance par la critique d'un style résolument à part, unissant aux formes classiques de la beauté des chocs visuels modernes.

    Puis à partir de 2011 et pendant quatre années de suite en Dordogne. Tel Orphée qui charmait les bêtes, les montagnes et les arbres, il se fait l'ami à titre provisoire d'un petit territoire accroché à flanc de coteau et y établit un chantier éphémère au milieu d'une futaie poussant sans autre ordre que celui des caprices naturels. Tout en conservant sa ligne initiale, Antoine Rozès se lance à raison de quatre ou cinq semaines par an dans une tâche considérable. Profonde, fantastique, mobile, angoissante parfois, vide de toute présence, la nuit jamais oubliée de sa mémoire sert autant de décor que de personnage central et agit comme un nouveau champ pour ses créations. Le hasard intervient comme un metteur en scène et utilise les lames de lumière comme les vrais acteurs de la pièce. Le résultat aboutit à ces vues surprenantes, ces "chaotiques arborescences" dont parle le philosophe et historien d'art Matthieu Corradino.

    Seul dans la forêt, le sentiment d'impermanence ne le quitte jamais et demeure derrière lui comme une présence tutélaire, amicale certes, menaçante néanmoins. Sur ces arpents plantés de hauts arbres, une fois les ténèbres régnant, il reconnaît que l'atmosphère à l'évidence oppressante, invite à l'humilité face au Créateur, à la notion de fragilité et au respect de la durée infini du végétal et du minéral par rapport à celle, si fugace, de l'homme.

  • La vie de Katia Mann, née en 1883 à Munich, est incontestablement plus riche que celle de la plupart de ses contemporains. Elle épousa Thomas Mann le 11 février 1905. Ils eurent six enfants : Erika, Klaus, Monika, Golo, Michael et Elisabeth.

    Une grande partie de la correspondance échangée entre elle et Thomas Mann a disparu sous le IIIe Reich. Presque tous les membres de sa famille ont écrit, ce qu'elle refusa toujours de faire. En 1973, elle fête ses 90 ans. Pas de nostalgie le jour de son anniversaire, seul le présent compte pour elle. A cette occasion un manuscrit sous forme d'entretiens où elle évoque sa vie refait surface grâce à son fils Michael. Incitée par les questions de ce dernier, elle accepte de revenir sur ses souvenirs.

    Puis Elisabeth Plessen met en forme ce récit vif et très personnel dont Thomas Mann, auteur immanquable de la littérature universelle, est la figure centrale. Nous y découvrons de précieux renseignements sur ses oeuvres et leur genèse, ce qui fait de cet ouvrage un témoignage crucial pour les admirateurs de La Mort a Venise, La Montagne magique ou encore Le Docteur Faustus.

  • Durant les longues nuits d'hiver, au siècle dernier, le piano accompagnait d'élégantes réceptions où hommes et femmes en tenue de soirée, chantaient et dansaient afin de chasser la morosité.

    C'est encore le piano, un Stenway, qui accompagne la grand-mère tant adorée de l'auteure qui quitte Suède et famille pour suivre son mari en poste de juge au Caire.

    C'est sur cet "illustre" piano que le créateur des "Ballets Suédois", Jean Börling, grand oncle de l'auteur fait ses premiers entrechats.

    Basée sur des faits réels collectés grâce aux archives du musée de Stockholm, cette biographie retrace la vie aussi tumultueuse que brève de Jean Börlin (qui disparaît prématurément à l'âge de 37 ans) et de son amant Rofl de Maré.

    Les rampes de l'Opéra de Paris et son public enthousiaste découvrent les "Ballets Suédois". Cette facette de la "belle époque" où se côtoient Hébertot et son théâtre, Picasso, Robert Delaunay, ont conduit la biographe dans une narration qui se dévore comme une intrigue autour d'une autour d'une seule maîtresse, la danse.

  • Les lessiveuses

    Yamina Zoutat

    Les Lessiveuses est au départ un film documentaire au sujet des femmes dont un ou plusieurs fils sont en prison et qui, semaine après semaine, années après années, maintiennent coûte que coûte un lien avec leur enfant, le seul possible, celui du linge : le linge sale qu'elles remportent et le linge propre qu'elles rapportent lavé, repassé, parfumé. En adaptant son film à l'opéra pour la Piccola Compagnie, Yamina Zoutat poursuit son cheminement en y ajoutant toute une dimension fictionnelle, bribes d'histoires, rêves, et met en scène une folie ordinaire.
    A la rencontre des lessiveuses, elle nous confronte à des énigmes où se rencontrent deux folies : la folie maternelle et la folie carcérale. Oser cette rencontre, c'est s'aventurer en deçà des mots, dans "un territoire de rituels, de traces, d'emblèmes, de frontières, de pulsions chaotiques et violentes, submergé par d'étranges raz-de-marée auxquels les rives de notre identité furent de tout temps exposées".
    Une femme est donc partie à la rencontre d'autres femmes qui partagent une situation identique mais qui sont con-damnées à vivre un même isolement, une même solitude. Elle revient avec trois personnages féminins d'âge et de condition sociale différents. Devient alors possible ce que la réalité interdit, des échanges entre mères : partage d'expériences, de peurs, de rêves ou de fantasmes. Les éclats de rires et les larmes contenus peuvent enfin éclater sur scène.

  • Dans le patrimoine de l´humanité, l´une des merveilles sans doute les moins connues se trouve en Syrie. Sur cette terre qui vit naître l´alphabet et fut le lieu d´élection du Dieu unique, on appelle « villes mortes » les centaines d´églises et de couvent

  • Demi-mondain, décadent, dépravateur, cocaïnomane, dandy, ces cinq qualificatifs ont survécu à la disparition de Jacques de Bascher en 1989, à l'âge de 38 ans, et le définissent encore aujourd'hui. Même s'il n'a laissé d'autre oeuvre que le souvenir d'avoir marqué une époque, les années 70 et 80, Jacques de Bascher continue d'intriguer voire de fasciner. Bien sûr, il fut un personnage sulfureux, le compagnon de Karl Lagerfeld, l'amant de Yves Saint-Laurent, l'un des personnages emblématiques des nuits gays parisiennes à une époque où tout semblait permis, où ne régnait aucune limite. Mais n'était-ce donc que cela ?
    Pour la première fois, nous est livré un témoignage direct et personnel sur ce qu'était la vie quotidienne de Jacques de Bascher, par le photographe Philippe Heurtault, qui fut l'un de ses amis pendant vingt ans, et qui le photographia pendant une décennie, de 1972 à 1983. Les photographies de Philippe Heurtault, parfois mises en scène par De Bascher lui-même, nous replongent dans l'univers de la nuit parisienne et des grandes fêtes qui l'ont animée avant que le sida ne vienne mettre un terme à cette légèreté. Karl Lagerfeld, Yves Saint-Laurent, Kenzo, Paloma Picasso, Loulou de la Falaise, Mick Jaeger, tous semblent participer à une fête perpétuelle souvent initiée par Jacques de Bascher.
    Mais derrière ce personnage, que deux films consacrés à Yves Saint-Laurent ont plus ou moins caricaturé, se cache un homme fin et cultivé qu'aimante la face obscure des choses, un amateur de littérature décadentiste dont l'un des héros est Gilles de Rais, compagnon de Jeanne d'Arc, mais aussi un homme fasciné par la magie noire et le diabolisme, et certainement l'un des plus cruels de son époque.
    Philippe Heurtault qui rencontra Jacques de Bascher quand celui-ci n'avait que dix-neuf ans l'accompagna dans ce qui à bien des égards fut une recherche de ce que De Bascher appelait "la belle chute", une manière d'autodestruction élégante et raffinée. Dans sa préface, Christian Dumais-Lvowski, qui lui aussi fut un ami de Jacques de Bascher, explique ce processus, cet "éloge de la chute" érigé en art de vivre, et de mourir...

  • "A plus de 70 ans, mon père partait, de bonne heure, canne en main, d'un pas décidé, prendre le train pour aller savourer, à soixante kilomètres de Shanghai, son petit-déjeuner préféré, un bol de nouilles aozao..." se souvient Zheng Lunian, amateur de bonne chère, comme son père, véritable meishijia, un "fou de nourriture". Connaissons-nous vraiment les fondamentaux de la cuisine chinoise, quintessence d'une civilisation et d'un art de vivre multimillénaires, qui n'a rien à voir avec les restaurants dits "chinois" au coin de nos rues ? Les Français mis à part, existe-t-il un autre peuple aussi entiché du fait de manger et qui lui voue un culte quasi-aveugle, multipliant repas, banquets et autres "petites collations" ? Une passion dévorante issue d'une histoire difficile, au cours de laquelle manger a longtemps représenté le "Ciel du peuple".
    Avec le fulgurant développement économique du pays du Milieu, les restaurants prolifèrent comme le goût pour les cuisines et recettes d'hier et d'aujourd'hui, en Chine et dans le monde entier ! Zheng Lunian a savouré dans son enfance les derniers feux de la haute gastronomie de Shanghai la Belle, l'un des sommets de la cuisine chinoise. Le bonheur de la bouche nous fait vivre et comprendre de l'intérieur la cuisine faite "avec le coeur", de l'art de trancher et cuire aux miracles du tofu et autres merveilles culinaires et diététiques.
    Promenade gourmande, tour de Chine inspiré des écoles culinaires régionales, Le bonheur de la bouche propose aussi une série de recettes "comme à la maison" et des idées de mariage de plats chinois et de vins français... Un livre indispensable, un ouvrage de référence pour tous ceux qui, voyageurs et gastronomes, aiment et désirent connaître la Chine et la culture chinoise.

  • La partition de l'exil se déroule en Pologne, Paris, Nice et Los Angeles. La partition de l'exil a pour protagoniste le compositeur français d'origine polonaise Alexandre Tansman entouré de Maurice Ravel, George Gershwin, Igor Stravinsky et Vladimir Jankélévitch, personnages qui ont jalonné sa vie et auxquels il était profondément attaché. Les protagonistes de cette fiction romanesque sont inspirés par ces grands créateurs.
    Toutefois, certaines des situations qu'ils traversent sont fictives.

  • "Le méchant n'a pas droit à la part du juste", répond Créon à Antigone. Mais qui distribue les mérites, et selon quels critères ? Les représentations du juste varient d'une époque à l'autre, d'un continent à l'autre et même au sein d'une société pourtant assez homogène quant à sa composition, son histoire et son mode de vie. En atteste suffisamment le regard que l'on a porté sur l'esclavage, que l'on porte encore sur la domination masculine, l'avortement ou le mariage entre personnes du même sexe... Peut-on affirmer, comme une vérité absolue, ceci est juste ? Les valeurs fournissent les critères d'appréciation d'une norme morale, sociale ou juridique mais, pour la seule Raison, quelle est la valeur d'une valeur ? Vaut-elle absolument, pour tous, ou relativement, en un certain temps, en un certain Beu ? Certains sont-ils dans le vrai, d'autres dans l'erreur ? Si l'on ne parvient pas à établir une vérité de la valeur, faut- il admettre que tout se vaut ? Faut-il renoncer à lutter et laisser à ceux qui croient le soin de définir ce qui doit être ? Ou bien faut- il s'en tenir à ce qui est, qui sera juste par cette seule vertu ? Peut- on échapper à l'impuissance relativiste sans le secours de la métaphysique ? Ces questions se posent depuis toujours. Explorer les réponses qui leur ont été données, les soumettre à une analyse critique rigoureuse, tel est l'objet de cet ouvrage.

  • Arnaud gynécologue parisien réputé, est marié à une éditrice, deux enfants, catholique pratiquant, une vie stable dans un cercle parfaitement harmonieux. Louise, jeune factrice de Saint-Germain-des-Prés, légère, petite héroïne de son temps, balance sa besace de courriers comme dans un dessin de Sempé.
    Rien, à priori, ne semble les réunir et pourtant de leur rencontre naît une idylle imprévue.
    Mais l'ombre pesante de Matilda, la mère de Louise, rôde.
    Un roman qui mêle passion, mensonge, faux-semblant et drame.

  • La révolution tunisienne de janvier 2011 a surpris le monde entier.
    Pour les Tunisiens comme pour les observateurs étrangers, le régime brutal, corrompu et par bien des aspects ubuesque du président Ben Ali paraissait indéboulonnable. Véhiculé par la Toile et les portables, le mouvement de révolte a été initié et mené par les jeunes. Très vite, l'ensemble de la population les a rejoints malgré la violente réaction des forces de sécurité. Ce soulèvement de tout un peuple a amorcé la grande vague des révolutions qui ont bouleversé le monde arabe, du Caire à Damas et Tripoli.
    Moncef Guellaty se souvient avec émotion et humour de la surprise, de la joie, des inquiétudes qu'il a ressenties durant ces semaines qui ont transformé la vie des Tunisiens. "Je me rêvais révolutionnaire en 1968 : à 68 ans, me voici enfin citoyen".

  • 1932.
    Le fascisme et l'antisémitisme triomphent en Allemagne. Einstein pose à Freud cette question essentielle : "Que peut-on faire pour libérer les hommes de la menace de la guerre ? " Le psychanalyste lui répond longuement et cet échange épistolaire (reproduit ici) paraît en mars 1933 sous le titre Pourquoi la guerre ? Le livre entre dans l'autodafé berlinois du 10 mai de la même année. Pourquoi la guerre ? est important dans l'oeuvre de Freud car l'auteur y poursuit une réflexion fondamentale qui l'amène à conclure que pulsions de vie et pulsions de mort sont liées, réflexion très tôt entamée dans des écrits comme Nous et la mort (1915), une conférence inédite dont nous proposons une nouvelle traduction.
    Terrible paradoxe, Freud dédicace un exemplaire de ce Pourquoi la guerre ? à Mussolini, qui exige tout de même une enquête de police sur son auteur. C'est compte-rendu policier en mains que les intervenants réunis ici tentent de comprendre la raison de cette dédicace, tout en entamant eux-mêmes une réflexion sur la genèse de la guerre.

  • Ce sont des véritables voyages de Freud dont il s'agit ici, non de promenades imaginaires. Et ces voyages sont lus sous un angle inédit: à ces déplacements dans l'espace correspondent des avancées dans la théorie analytique. Freud n'écrivait-il pas à Fliess: "A l'inverse du géant Anthée, je prends des forces nouvelles dès que je pose le pied hors de la ville où je réside"? Ses voyages à Paris, en Italie, à Athènes, aux Etats-Unis et enfin à Londres scandent ainsi l'histoire de la psychanalyse. Cette topique a fait l'objet d'entretiens (diffusés sur France Culture et recueillis ici) entre Marlène Belilos et François Ansermet, Eugénie Lemoine-Luccioni, Jean-Daniel Malet, Pierre Thèves, Armand Zaloszyc, tous psychanalystes, membres de l'Ecole de la Cause freudienne et de l'Association mondiale de psychanalyse. Les entretiens sont suivis d'une nouvelle traduction originale d'Un trouble de mémoire sur l'Acropole. Dans cette lettre écrite à Romain Rolland en janvier 1936, Freud auto-analyse le sentiment d'étrangeté et de dépersonnalisation qu'il avait éprouvé en visitant l'Acropole en 1904.

  • Juin 1944 : avec sa famille juive parisienne, la petite Colette Bitker est réfugiée dans un hameau du Vercors. Une patrouille allemande débarque dans la maison de l'autre côté du chemin et arrête un homme monté de la ville pour les vacances. Du pas de la porte, la fillette voit s'éloigner, dans l'air délicieux de cette fin d'après-midi, l'homme encadré par les soldats. Il porte une chemise blanche qu'elle suit du regard jusqu'à ce que le groupe disparaisse au tournant de la route.
    Tout de suite, elle sait que l'homme ne reviendra pas. Des années plus tard, devenue peintre, elle découvre que dans chacune de ses toiles figure une tache blanche.

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