• Des jeunes désoeuvrés qui matent des revues pornos, un trio de petites frappes qui commettent l'irréparable pendant le braquage d'un camion dont ils tuent le chauffeur, un commanditaire sans scrupule qui se fait confier une gamine tentant d'échapper aux griffes de son beau-père, une inspectrice de police lâchée au milieu de ce microcosme adipeux où règne la loi du plus fort ou du plus crapuleux : telles sont les figures de ce roman qui navigue dans les eaux troubles d'un quartier à l'abandon en bord de Garonne, à l'ombre d'un immense immeuble voué à la démolition. Violent et réaliste, sans concession ni pathos, Hervé Le Corre déploie dans l'un de ses premiers romans, enfin réédité, sa vision d'une société corrompue où peut sourdre une lumière pas toujours si inquiétante qu'on le craindrait.

  • Quand il hérite du domaine de Malagar en 1927, François Mauriac est un écrivain reconnu qui jouit à Paris de sa renommée. Ses retours sur les bords de la Garonne lui permettent de s'éloigner du tumulte et des mondanités et ressentir les joies que procure une terre qu'il a faite sienne. Désormais propriétaire d'une exploitation viticole, il a endossé le rôle de maître des lieux, s'intéressant à la gestion de ses vignes, conscient surtout que cette maison sera le lieu de rassemblement d'une famille qui ne cesse de s'agrandir. Et comme il faut une mémoire pour garder la trace des aléas, des événements et des passages en ces lieux, il va utiliser le registre du domaine, le fameux Livre de raison, large cahier qui a servi pendant des décennies pour la tenue des comptes.
    Dans ce document, désormais conservé à la bibliothèque de Bordeaux, exceptionnel parce qu'il s'inscrivait dans le cadre de l'intime et n'était pas destiné au public, on découvre un homme qui surveille son bien, ses revenus et considère avec sérieux ce qui lui a été confié. Se dessine aussi en creux le portrait d'un père puis d'un grand-père attentif aux siens, d'un homme qui voit la vieillesse approcher et dont l'écriture change peu à peu. À l'abri du tumulte que son engagement politique suscite, ces retours en Gironde où il reçoit des visiteurs lui offrent des parenthèses dont il connaît le prix. Et avec une simplicité rare, en quelques phrases, il se confie et ouvre son coeur, moins écrivain qu'homme face au temps.
    Le Livre de raison, enfin révélé, éclaire de sa lumière feutrée l'univers complexe d'un écrivain que sa disparition, il y a cinquante ans, n'a pas condamné aux injustices d'une incertaine mémoire.

  • L'Élève Gilles (1912) est un roman de ce qu'on le nommait pas encore l'adolescence, de la solitude et de la souffrance, de l'angoisse des nuits d'internat, de la découverte de la nature, de la dureté des rapports entre gamins, des premières amitiés exaltées, des premières trahisons, des premières lâchetés...
    Et puis, il y a ces parents trop lointains, ce père musicien dont on ne sait trop de quel mal il souffre et que Gilles cherche à contenter de mille manières sans jamais y parvenir, cette mère aimante mais qui se consacre tout entière aux caprices de son mari - jusqu'au drame final.
    L'écriture, qui n'a pas pris une ride, est superbe. On pense à Musil et aux Désarrois de l'élève Törless, à L'Institut Benjamenta de Robert Walser. L'Élève Gilles, pépite oubliée, soutient la comparaison.

  • On sait peu que Virginia Woolf fut une voyageuse passionnée qui concevait ses échappées comme des occasions de découvrir des paysages, des sensations mais aussi des auteurs. Elle traversa ainsi la France, et son fameux journal témoigne de son passage en 1931 en Périgord où, à l'instar de T.E. Lawrence elle visite avec émotion la tour d'un philosophe qu'elle lit depuis longtemps, Montaigne. Elle lui a d'ailleurs consacré, dans son recueil d'articles sur ses plaisirs de lectrice - elle s'y adresse à ceux qui lisent «pour leur plaisir» sans leur «dispenser son savoir ou corriger l'opinion des autres» - un court essai inspiré qui lui permet d'exprimer sa familiarité avec l'auteur du XVIe siècle.

  • Avec Curwood, ami des grands espaces et des aventures extrêmes dans une nature sauvage, le coeur des hommes a une grande importance. Dans ce roman, l'amour de Carla Haldan, institutrice, pour Paul Kirke, fils d'un riche homme d'affaires, est partagé, mais inavoué. Elle lui offre des fleurs, et leurs coeurs sont émus. Mais Paul est marié... même si sa jeune épouse Claire, allergique au Canada, voyage et rentre peu.
    Soudain, elle revient : serait-elle retombée amoureuse ? Lors d'un pique-nique au bord d'une gorge, Paul chute accidentellement dans l'abîme et semble voué à la mort. Quitte à le perdre, Carla s'y jette à sa suite. Elle restera infirme, mais ce geste fou dénouera leur amour impossible. Lyrique, émouvant, Curwood chante l'amour des hommes et de la nature.

  • REVUE LE FESTIN N.118 Nouv.

    Un numéro estival qui vous invite à prendre l'air, d'est en ouest, du nord au sud, dans les terres ou sur la côte, en ville ou en pleine nature, aménagez-vous des plages de découvertes et de détente.

  • Connaissez-vous le système de la tontine ? Un groupe de personnes cotise à part égale, et le dernier survivant rafle la mise totale. La mort vous va si bien est l'histoire de deux frères, derniers prétendants d'une tontine, Joseph et Masterman Finsbury. Quand Jacques Finsbury, leur frère cadet décède, Joseph se retrouve tuteur des deux enfants de Jacques. Mais il gère bien mal les biens de ses neveux, et une fois à l'âge adulte, l'un d'eux, Maurice, va contraindre son oncle à le désigner bénéficiaire de la tontine. Maurice devient très intéressé à la bonne santé de son oncle. Un accident de train va bouleverser tous ses plans...Ce roman d'humour noir est la première de trois oeuvres coécrites par R.-L. Stevenson et son beau-fils, Lloyd Osbourne.

  • « La femme doit-elle écrire dans les journaux? ».
    C'est le titre d'un article paru en 1922 dans le quotidien Paris-Midi. Dès la naissance de la Presse, les femmes ont du se battre pour écrire dans les journaux et se sont engagées avec courage dans la guerre des sexes.
    Cette anthologie sur les premières femmes journalistes françaises de la Belle Epoque à la Seconde Guerre mondiale propose une galerie de portraits d'une vingtaine de femmes journalistes, de Séverine à Violette Leduc en passant par Colette, complétée par un choix d'articles emblématiques. Ces pionnières du journalisme au féminin, avides de liberté, auront tout vu, tout bousculé, tout expérimenté, tout compris. Leurs paroles semblent résonner plus que jamais.

  • Au XIXe les tatouages concernent surtout les prostituées, les voyous et les aventuriers, une population qui affirme ainsi un peu plus sa marginalité. Ernest Berchon, médecin de marine militaire qui a sillonné les mers du Sud a rapporté de ses périples la première enquête sur cette pratique que l'on trouve dès les origines de la civilisation méditerranéenne : historique et scientifique, elle s'intéresse à la pratique coutumière.
    Une manière passionnante d'envisager ce qui est désormais plus et mieux qu'une vogue..

  • Revue 116

    Collectif

  • Une place majeure sera re´serve´e a` l'histoire des bassins a` flot de Bordeaux (Gironde), au coeur d'un impressionnant projet d'ame´nagement, ainsi qu'a` sa base de sous-marins, qui y est construite durant la Seconde Guerre mondiale.

    La restauration de l'ho^tel de Ville de La Rochelle (Charente-Maritime) ainsi que la reconversion de la papeterie d'Uzerche (Corre`ze) illustreront quant a` elles la vie, bien souvent mouvemente´e, du grand comme du petit patrimoine. Des itine´raires a` Pe´rigueux (Dordogne), autour des cha^teaux de Gaston Fe´bus dans le Be´arn (Pyre´ne´es-Atlantiques) ou dans les parcs et jardins de Cognac (Charente) offriront un bol d'air frais aux curieux les plus aventureux !

    Enfin, les collections pre´historiques de l'abbaye d'Arthous (Landes) ainsi que les oeuvres de Camille Claudel conserve´es au muse´e Sainte-Croix de Poitiers (Vienne), ponctueront un sommaire des plus riches !

  • Revue le festin # 115

    Collectif

    1920-2020 : 100 ans d'intérêts collectifs. L'avenir s'écrit en transition(s). Le 23 janvier 1920, la Ville de Bordeaux décide en Conseil municipal de se doter d'un Office Public d'Habitations à Bon Marché (OPHBM). Sa création est effective à compter du 16 juin 1920. L'ancêtre de ce qui deviendra aquitanis change ensuite de statut (Office Public d'HLM, puis Office Public d'Aménagement et de Construction et aujourd'hui Office Public de l'Habitat), de collectivité de rattachement (la Communauté urbaine de Bordeaux dès 1968 puis Bordeaux Métropole) et de territoire de compétence, désormais la Nouvelle-Aquitaine. Il évolue et s'adapte en permanence pour apporter des réponses aux enjeux locaux et nationaux en matière d'habitat : salubrité, reconstruction, modernité et aujourd'hui, accompagnement des nécessaires transitions écologiques et sociétales des territoires au service de celles et ceux qui y vivent et les font vivre.

  • Avec soixante appellations, la région bordelaise représente le plus vaste vignoble d'AOC français. Leur attrait touristique n'étant plus à prouver, ce hors-série vous fait découvrir les richesses patrimoniales des territoires viticoles de la rive droite de la Garonne.
    À retrouver dans le hors-série : Eyquem, La Dauphine, Petrus, Cheval-Blanc, Soutard, Langoiran, Loubens...

  • C'est un jeune homme inquiet qui demande au spécialiste de lui supprimer son âme abimée avant d'en réclamer une délaissée par un autre. Il hérite de celle d'un soldat mort à la guerre et découvre que cette cohabitation va être compliquée, le mettant dans l'obligation d'enquêter sur un passé dont il ignore tout.
    La Confession d'une âme fausse témoigne du conflit intérieur qui consume tous ceux qui ne peuvent se résoudre à voir l'humanité s'autodétruire sans pouvoir rien y faire. Ce récit de transformation, quasi-kafkaïen, imprégné d'une poésie déchirante, est aussi celui de la perte de repères, de sens, de l'identité qui taraude nos sociétés contemporaines. Écrit par Ilarie Voronca en 1943, il témoigne de son génie de conteur ironique et malicieux, mais aussi un rien désespéré...

  • William Seabrook est un des très rares étrangers à avoir pu pénétrer les mystères du vaudou en gagnant l'amitié d'une communauté haïtienne qui lui permit de s'initier comme personne avant lui. Il assiste au culte où sorcellerie, sexualité et mort se confondent. Il visite les caches secrètes et va jusqu'à recevoir le baptême du sang des mains de son initiatrice, ce qui lui permet de rencontrer un véritable zombi rappelé à la vie.
    Un livre qui se lit comme un roman ethnographique, mélange de témoignages et de scènes vécues, passionnant. Ce livre, considéré comme un classique, plusieurs fois réédité en France, a été traduit d'horrible façon : chapitres réorganisés, style modifié, longs passages supprimés. Avec notre édition, il s'agira de la première intégrale.

  • L'été débute pour Le Festin à la rambarde de l'une des deux cabanes tchanquées du Bassin d'Arcachon (Gironde), ouverte exceptionnellement par son dernier occupant, après près d'un demi-siècle de vie familiale, avant sa restauration annoncée. Du littoral, le charme de Saint-Jean-de-Luz et de Ciboure (Pays basque) se dévoilera au travers d'un portrait de ville alors que les clichés du photographe Fernand Braun nous replongeront au temps où le balnéaire vivait ses premières heures sur la côte charentaise (Charente-Maritime). À l'ombre des pins et des chênes centenaires de Marquèze (Landes), les origines de l'airial seront dévoilées à l'occasion de son cinquantième anniversaire.

    Plébiscités par des milliers de visiteurs chaque été, les châteaux de Larochefoucault (Charente) et de Bourdeilles (Dordogne) livreront les secrets d'une histoire surprenante, loin d'être achevée. Les insolites décors du château aux assiettes de Bias (Lot-et-Garonne) et ceux de la maison de la Gaité à Chérac (Charente-Maritime) témoigneront quant à eux du dynamisme d'associations locales engagées dans la sauvegarde d'un patrimoine hérité de l'art populaire largement méconnu.

    Un parcours autour des portes de Bordeaux (Gironde), autour du patrimoine thermal de La Roche-Posay (Vienne) ainsi qu'un détour par le quartier du Hédas à Pau (Béarn) illustreront à quel point le tourisme urbain séduit de plus en plus d'adeptes. Enfin, l'histoire du village martyr d'Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne), reconstruit après la guerre, ancrera la dimension d'un tourisme mémoriel, constitutif d'une identité européenne.

  • Du Médoc aux Graves, en passant par le Pessac-Léognan jusqu'au Sauternais, cette route des châteaux vous dévoile un patrimoine oenotouristique et architectural exceptionnel avec ses propriétés viticoles, châteaux et demeures anciennes, enrichi récemment de chais contemporains signés de grands noms de l'architecture.
    Le Festin vous propose ici un véritable guide à travers l'histoire, les appellations et les grands crus de la rive gauche. Chaque château s'accompagne d'un focus sur le vin produit et des conseils sur les sites d'intérêt patrimonial avoisinants. Il sera suivi en octobre 2019 par un hors-série consacré au patrimoine viticole de la rive droite.

    Un tour d'horizon en 101 châteaux à (re)découvrir sans modération !

  • Individu

    Raymond Mauriac

    Tout commence par la mort, sinistre, de Tiburce, dont le corbillard ne sera suivi que par un ancien locataire. On a compris que le personnage qu'on nous présente est du genre asocial avec un goût pour la réclusion.
    Qui était cet homme ? Comment en est-il arrivé là ?

    Pour comprendre le parcours de cet individu et dépasser la caricature qu'il laisse de lui, le roman va plonger dans l'enfance, celle des Landes girondines à la rencontre un duo d'inséparables, Alfred et Tiburce. Au long de leur enfance puis de leur adolescence bordelaise, nous allons découvrir le lien fort qui unit le souffreteux effacé et le costaud forte tête. Mais lorsqu'Alfred meurt prématurément, la vie du « survivant » bascule, laissant place au destin d'un homme qui n'attend pas d'être déçu par le monde pour le mépriser.
    Si l'écriture âpre résonne de la noirceur du personnage, ce bref récit dépeint aussi, avec un réalisme noir proche du naturalisme, la vie dans les Landes girondines au début du XXe siècle, s'intéressant aux tensions entre propriétaires et métayers, et évoquant, en filigrane, les luttes sociales à venir. Un univers mauriacien, certes, avec un angle de vue plus amer.
    Individu est le premier roman de Raymond Mauriac (qui n'en écrit que deux), frère aîné de François Mauriac. Publié en 1934 aux éditions Grasset sous le pseudonyme de Raymond Housilane, il témoigne d'un talent qui gêna vite le prestigieux cadet académicien, celui-ci n'ayant eu d'ailleurs aucun scrupule à le dépouiller du patronyme familial. Ce nom d'Housilane, comme un clin d'oeil à leur passé commun, provient de l'une des métairies des Mauriac, au coeur de ces Landes girondines tant aimées et parfois tant honnies.
    Une résurrection pour le moins inattendue dans cette galaxie mauriacienne qui enfanta tant d'écrivains.

  • A` co^te´ des e´difices prote´ge´s au titre des Monuments Historiques ou des sites inscrits par l'Unesco, il existe, dans des territoires proches de nous, des ba^timents que leur usage ne destinait pas toujours a` une distinction.
    Parfois moins reconnues officiellement, ces constructions d'il y a moins de cent ans se distinguent ainsi des monuments prestigieux, souvent du fait de leurs fonctions, « modestes », utilitaires : nous sommes loin des cha^teaux et des cathe´drales avec la guinguette de Barnabe´ a` Boulazac, la gare du Bac du Verdon, l'ancien garage Nivadour de Bayonne, les bains douches de Thouars ou le barrage de l'Aigle de Soursac.
    Et pourtant, ces sites-la` ont fe´de´re´ bien des e´nergies, bien des pratiques, lie´es au travail ou aux loisirs, en des temps de transformation sociale auxquels les contemporains du xxie.

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