Cerf

  • S'engager à jamais, est-ce amoindrir sa liberté, ou la porter à sa plus haute puissance ? Qu'est-ce que le style d'un philosophe ou d'un mystique nous manifeste de l'expérience de la pensée ? En quoi la pensée requiert-elle nécessairement la traduction, que ce soit d'une langue à l'autre, ou d'une dimension de la parole à une autre ? La beauté de la nature doit-elle être comprise à partir du concept d'art ? Comment les oeuvres d'art vivent-elles, et meurent-elles, à travers les générations ? La tradition biblique a-t-elle quelque chose à nous apprendre sur la puissance de la musique ? Y -a-t-il plus de bonheur dans la durée que dans un instant de plénitude ?

    Ces questions, irréductiblement diverses, mais non pas divergentes, sont ici abordées à travers un dialogue avec Plotin ou les Pères de l'Église, comme avec Kant ou la phénoménologie française du siècle dernier (Merleau-Ponty, Sartre, Levinas, Michel Henry), et des penseurs moins connus ainsi que Joseph Joubert ou Louis Chardon.

    Ces quatorze études (dont trois inédites) s'échelonnent sur une trentaine d'années et recoupent les questions centrales de l'auteur. Elles forment des reconnaissances, au sens à la fois d'explorations et d'actes de gratitude, car même des pensées qui nous sont étrangères, voire adverses, nous découvrent notre propre voie et nous aident, par une fraternité indélibérée, à y cheminer.

  • La rencontre du beau nous laisse-t-elle indemnes ? Sa joie neuve peut-elle s'ouvrir sans briser d'abord en nous ce qui était trop vieux pour elle, de cette blessure que seul sait donner l'invulnérable ? Son excès sur tous nos possibles apporte dans la proximité même l'offrande du lointain. Ce qui nous saisit reste insaisissable et, comme autrui, l'est d'autant plus qu'il s'approche. Ainsi Platon fait de l'effroi le premier présent de la beauté et, pour Dostoïevski et Rilke, elle n'est que le commencement du terrible. Cette joie douloureuse, démesurée comme tout amour, est la dimension oubliée par l'esthétique, qui la relègue dans le sublime, distingué du beau. Il faut surmonter l'esthétique pour penser la beauté, si elle est le visage même de l'Etre. Les questions qu'elle fait surgir ne sont pas régionales, elles mettent en cause l'être entier de l'homme et les voies selon lesquelles il peut se perdre ou se trouver. La beauté nous éprouve, et cette épreuve décide de tout. Tel est le sens du mythe du Phèdre de Platon, Heidegger médita ce qu'il nous donne toujours à penser. La beauté qui se suffit pourtant nous appelle, et nous impose, sans esquive possible, la charge de lui répondre et de lui correspondre. Cette réponse ne saurait résider dans le jugement esthétique, elle peut seulement être l'acte de louer. Elle ne répond à la beauté qu'en la communiquant, et de la blessure qu'elle reçut ne veut pas guérir, mais accroître le choeur de ceux qui souffrent d'elle. L'insupportable du beau ne peut être porté que par le chant. un chant qui devienne existence.

  • Ce livre tente de proposer quelques réponses à la question : " Qu'est-ce que l'homme ? " Cette question s'avère particulièrement cruciale aujourd'hui, parce que l'unité de l'espèce humaine a été et est encore remise en cause par toutes sortes de racismes ; et parce que la multiplicité des cultures, souvent source de conflits, nous convainc de chercher un fondement commun à l'humanité, sur lequel nous pourrions asseoir les modalités d'une vie commune à l'époque de la mondialisation. Par ailleurs, depuis plusieurs siècles, certains courants défendent l'idée selon laquelle l'homme n'est rien d'autre qu'une créature malléable que notre volonté pourrait définir et remanier. Peut-il y avoir un discours sur l'homme qui ne soit pas éminemment temporaire et aléatoire ? L'homme possède-t-il une " condition " qui ne saurait être dépassée sans que soit détruit l'être même qu'on voudrait servir ? Peut-on dire quelque chose de stable sur l'homme, valable dans le temps et dans l'espace ?

  • Dans le langage ordinaire comme dans l'usage plus académique, nous distinguons différents champs disciplinaires : science, art, philosophie, histoire, théologie, etc. (qui, à leur tour, font l'objet de minutieuses subdivisions : sciences de la nature, de l'homme, sociales...). Quelle est la pertinence de ces distinctions et, en dernière instance, en ont-elles une ? C'est à l'élaboration précise de cette question que voudrait contribuer cet ouvrage, en étudiant, plus particulièrement ici, la problématique distinction entre art et philosophie.

    Cette distinction - toujours supposée, sans cesse contestée - revêt dans l'histoire différentes figures, qui, souvent, aboutissent à penser la relation entre les disciplines soit en terme d'exclusion radicale (la distinction entre les domaines serait à jamais d'objet), soit en terme d'inclusion totale (la distinction entre les domaines ne serait plus pertinente : l'art devenant philosophie - Hegel, Danto, etc. -, ou la philosophie, art - Nietzsche, Novalis, Kosuth, etc.).

    Ce livre cherche à penser une relation en dehors de la réduction au même ou de l'exclusion de l'autre. Pour ce faire, il étudie, d'abord, les mises en relation entre art et philosophie proposées tant par les artistes que par les philosophes, et justifie le choix d'une tentative de spatialisation du problème. Il se propose, ensuite, d'expérimenter cette hypothèse par une série d'études concrètes alliant art et philosophie. Il tire enfin réflexivement les leçons de ces expérimentations.

    À travers cet essai de fertilisation croisée entre art et philosophie et à partir de comparaisons précises quoique inhabituelles (entre - parmi d'autres - Turell et Levinas, Baudelaire et Merleau-Ponty, Marc Petit et Russell, Kandinsky et Schelling, Giacometti et Aristote, Piero della Francesca et la phénoménologie française la plus contemporaine...), ce livre cherche à suivre l'entrecroisement des problèmes, la dynamique des phénomènes, tout en veillant à restituer la grammaire propre à chacun des domaines.

  • Hannah Arendt est un auteur à la mode, largement commentée en France aujourd'hui. Ses analyses sur le totalitarisme, sur la modernité ou sur la banalité du mal l'ont rendue célèbre. Ses rapports controversés au judaïsme et au sionisme sont également bien connus. Mais sait-on qu'elle fit sa thèse sur saint Augustin ? Sait-on qu'elle dressa un portrait étonnant du pape Jean XXIII, qui figure dans un recueil intitulé Vies politiques, aux côtés de Rosa Luxemburg et de Bertolt Brecht ? Sait-on qu'elle dénonça le silence du pape Pie XII durant la guerre, face au racisme et à l'antisémitisme ? Sait-on enfin que, sans envisager de se convertir, son intérêt pour le christianisme ne s'est jamais démenti ? Certes, Arendt a suivi très jeune, en parallèle à ses études de philosophie, les cours de théologie de Rudolf Bultmann et de Romano Guardini. Sa formation est donc solide. Ses analyses du christianisme surprennent pourtant, par leur acuité, leur finesse, leur audace et leur actualité. En s'appuyant sur l'enseignement de Jésus de Nazareth - qu'elle compare d'ailleurs à Socrate - elle procède à une vive critique des tendances antipolitiques du christianisme, tout en faisant l'éloge de ses ' miracles ' politiques : le pouvoir de pardonner qu'elle rattache directement à Jésus, le pouvoir de commencer du neuf et la natalité qu'elle relie à saint Augustin. Mais le plus étonnant est encore ailleurs : c'est son concept d'< amour du monde ' qui permet de dévoiler toute la complexité de son rapport au christianisme, livrant un éclairage nouveau sur l'ensemble de son oeuvre. Du souci pour la politique, qui s'impose en 1933, à l'amour du monde, choisi librement en 1955, la pensée d'Arendt ne cesse de s'élargir, dans un dialogue serré avec le christianisme.

  • De nos jours, les crispations identitaires et la crainte d'une perte de soi de la communauté nationale engendrent des peurs qui favorisent le rejet de l'autre, du différent. Dans ce contexte, l'image de l'Arabe ou du musulman apparaît comme la nouvelle cause des inquiétudes. Une distance critique devient nécessaire pour questionner en profondeur ces représentations que, déjà, la littérature et l'iconographie occidentales ont contribué à véhiculer.

    Voilà pourquoi il est important de faire découvrir au lecteur français la figure d'Edward W. Said (1935-2003), intellectuel d'envergure, qui malgré sa grande notoriété aux États-Unis, dans les pays anglo-saxons, germaniques ou nordiques, demeure trop peu connu en France. Cet écrivain américain d'origine palestinienne, homme du métissage et de l'exil, décrit dans son oeuvre la façon dont les savants et les écrivains occidentaux ont construit l'image d'un Orient mythique et obscur, ou, plus précisément, une antithèse de la raison éclairée des Lumières, propre à justifier la colonisation. L'auteur du célèbre ouvrage « L'Orientalisme » (1978) souligne la dimension idéologique de ce regard et donne la source des préjugés antiarabes du monde occidental.

    Ce premier ouvrage en langue française sur l'oeuvre du père fondateur de la pensée postcoloniale nous aide à comprendre d'où viennent les craintes qui traversent nos sociétés occidentales et redonne sens à un humanisme radical, soucieux de former des citoyens critiques et responsables.

  • "On ne cesse d'oublier d'aller jusqu'au fondement.
    On ne pose pas assez profond les points d'interrogation", écrivait Wittgenstein. L'oeuvre de Francis Jacques est une franche réplique à cette "remarque". Aussi occupe-t-elle une place originale dans la philosophie de notre temps. L'entreprise était audacieuse ; et elle devait être innovante. Les obstacles philosophiques étaient nombreux ; il fallait les reconnaître et les interroger jusqu'à leurs plus profondes racines.
    La démarche analytique, en l'occurrence, a fait merveille. Elle ne fut qu'un point de départ. Mais il était décisif parce qu'il conduisait à bouleverser l'échiquier sur lequel la tradition des siècles avait construit ses systèmes philosophiques. Sur le chemin ainsi frayé, l'espace logique de l'interlocution a supplanté le subjectivisme-roi des philosophies de la conscience. L'exploration du dialogisme communicationnel a été la voie d'un questionnement approfondi qui, d'un point de vue métaphysique, a découvert la relation comme source originaire et fondationnelle de la pensée.
    À cette source pure puise l'exigence transcendantale qui, alliée aux structures formelles du travail de la pensée, commande l'érection du sens. En faisant du questionnement patiemment poursuivi l'activité génétique et critique de la pensée, l'interrogation radicale est devenue, en raison de sa portée ontologique, une élévation spirituelle. Aussi la sagesse peut-elle désormais défier les pathologies qui gangrènent les manifestations de l'existence.
    L'horizon s'éclaire de la lumière divine : il est un lieu de confiance et d'espérance. Au processus de "dé-construction" généralisée que développent aujourd'hui tant d'ouvrages, l'oeuvre de Francis Jacques oppose le mouvement d'une reconstruction spirituelle que commande, outre l'alliance hardie de la logique et de la métaphysique, l'écoute de la théologie. En fouillant les puissances originaires de l'interrogativité dont l'intégralité et la radicalité font la noblesse de la pensée, elle trace l'itinéraire au long duquel elle propose, contre la désespérance d'un temps de crise, de philosopher autrement pour retrouver les repères effacés et reconquérir, sur le chemin de l'Absolu, l'humanité perdue de l'homme.
    C'est un recommencement.

  • La religion, qui a irrigué la culture occidentale pendant deux mille ans, perd son influence sur tous les plans. La chrétienté ne se retire pas seule, mais avec elle ses fruits sécularisés, qui constituaient une architecture signifiante. Quel est le destin de notre représentation du monde à forée de cet effacement ? Certains désignent le relativisme, voire le nihilisme. qui s'instaurent dans l'oubli des référents fondateurs. Ce livre veut montrer que le nihilisme n'est qu'une brève transition, que le relativisme reflète une apparence. L'époque présente atteste plutôt la réinstauration de modes d'être et de pensée comparables à ceux qui précédèrent l'Occident chrétien et à ceux qui se déploient partout hors l'Occident chrétien : des sagesses et des paganismes, déjà à l'ouvre sous la texture déchirée de nos anciennes convictions. transcendantes ou immanentes. Ces sagesses se nourrissent de renoncement, lequel forme aujourd'hui l'essentielle disposition de notre esprit. Renoncement à la quête de la vérité, renoncement au progrès, à la royauté de l'homme, à la liberté personnelle. Les conséquences en sont, par un lent processus, le remplacement du vrai par le bien, des dogmes par vies mythe, du temps fléché par un retour au temps circulaire, du monothéisme par le paganisme ou le panthéisme, de l'humanisme de liberté par un humanisme de protection, de la démocratie par le consensus, de la ferveur par le lâcher prise. C'est une métamorphose radicale, et ce renoncement est un retournement, non seulement de nos pensées, mais aussi de nos modes d'être et de nos institutions. Après une histoire de deux mille ans, sous de multiples signes réapparaît l'appel à une résignation sereine dont les hommes sans Dieu n'ont jamais cessé de rêver.

  • JE COMMANDE Le nouvel âge des pères de Chantal Delsol, Martin Steffens 272 pages - mars 2015 - Disponible 19,00€ C'est la culture chrétienne, née de l'Évangile, qui a reconnu la femme.
    C'est le monde occidental, né du christianisme, qui en a retardé l'épanouissement.
    S'emparant de cette contradiction, Chantal Delsol et Martin Steffens entrent en dialogue. Lisant l'histoire, ils interrogent l'avènement de l'égalité des sexes, la persistance du machisme, l'apparition du féminisme. Scrutant le présent, ils questionnent l'asservissement répété des femmes et les défis que leur libération adresse aux hommes : en face des femmes émancipées, il faut des hommes consistants.
    Qu'en est-il de la réinterprétation contemporaine des rôles et des fonctions de chaque genre au regard d'une philo- sophie de la personne ? L'abolition justifiée du patriarcat peut-elle se légitimer du rejet de la paternité ? N'est-il pas temps au contraire que débute un nouvel âge des pères ?
    Écrit à quatre mains, ce livre explore de manière décisive la crise actuelle de l'identité et de la différence.

    Philosophe, membre de l'Institut, Chantal Delsol poursuit une oeuvre majeure à la croisée de la philosophie et du politique. Elle est l'auteur de nombreux ouvrages dont, aux Éditions du Cerf, L'âge du renoncement (2011) et Les pierres d'angle (2014).
    Professeur de philosophie, Martin Steffens enseigne en classes préparatoires littéraires. Il a notamment écrit : Petit traité de la joie. Consentir à la vie (2011), Vivre ensemble la fin du monde (2012), La vie en bleue (2014).

  • Jalons

    Collectif

    La publication en mars 1909 du recueil d'articles Vekhi -Jalons - fit l'effet d'une bombe en Russie.
    Vekhi devint immédiatement un best-seller. L'initiative du recueil revenait à l'historien de la littérature Mikhail Guershenzon qui, à dessein, n'avait montré à aucun des auteurs les articles des six autres contributeurs avant la publication. La presse progressiste se déchaîna contre les sept signataires. Bien que Pavel Milioukov, le chef du parti constitutionnel démocrate, eût donné une série de conférences dans lesquelles il se démarquait des thèses de Vekhi, Lénine se frottait les mains : enfin les libéraux russes, ces " renégats ", avaient jeté le masque et révélé au grand jour leur nature profondément réactionnaire.
    L'opinion était choquée par le propos de l'ouvrage, mais surtout par les noms figurant sous les articles iconoclastes. En effet, les auteurs de Vekhi avaient été des personnalités en vue de l'intelligentsia radicale dont le procès était fait tout au long des pages de ce brûlot. En 1918, les mêmes auteurs dénonceront vigoureusement le bolchevisme dans un recueil intitulé De profundis, qui paraîtra en 1921.
    Ils seront expulsés par Lénine en 1922 ou partiront en exil. Jamais encore traduits en français, les articles de Jalons exposent, sous les plumes russes les plus prestigieuses, cette thèse éclatante : la révolution a été l'enfant de l'intelligentsia et, en même temps, son miroir implacable.

  • Gabriel Marcel fut habité par une assurance invincible : fondée sur l'amour, l'espérance doit triompher du désespoir. Et il appartient au philosophe de guider ses lecteurs sur le chemin de cette victoire. Penseur de l'être incarné, il fut particulièrement sensible aux liens que les rencontres créent entre ces êtres fragiles et inventifs que nous sommes. En amitié ou en amour, la fidélité créatrice ouvre aux existants le mystère de l'être. La métaphysique se laisse guider par la réflexion sur la sainteté : dès lors, les fils se nouent entre le donné le plus concret de l'existence et l'ouverture spirituelle la plus profonde. Dieu prend la figure du Toi absolu. C'est en lui et par lui que se fonde l'assurance d'une immortalité bienheureuse : « L'espérance n'est pas seulement une protestation dictée par l'amour, elle est une sorte d'appel, de recours éperdu à un allié qui est amour lui aussi. » Gabriel Marcel a cherché à penser une foi qui transcende le savoir. Il fut ainsi le premier en France à construire, dans son « Journal métaphysique », une philosophie de l'existence, ouverte au mystère de l'être. Il se singularise par le lien qu'il établit, hors de tout dogmatisme, entre la recherche philosophique et la spiritualité chrétienne.

    C'est au sein de notre monde effectif, marqué par les totalitarismes, que Gabriel Marcel a poursuivi ces orientations fondamentales. Dans le contexte chaotique et eschatologique de notre époque, il propose un humanisme chrétien dont l'espérance est le fil conducteur. Il garde ainsi toute la liberté du philosophe, soumis à cet esprit de vérité qui relativise toutes nos vérités particulières. En ce sens, il appartient bien au temps de la confrontation et du dialogue entre les religions.

  • Que peuvent bien avoir à se dire un anti-philosophe juif orthodoxe et un philosophe catholique ? L'essentiel. Rémi Soulié, dans ce livre dense et audacieux, engage un dialogue en vérité avec Benny Lévy. Au terme d'une exposition, puis d'une discussion serrée des principales thèses de ce dernier (les origines chrétiennes de la modernité, le paulinisme, le nihilisme contemporain, l'universel, le sionisme), il le rejoint dans le combat contre l' « Empire du Rien » toujours régnant et envisage, avec Pierre Boutang et Emmanuel Lévinas, les conditions des véritables retrouvailles métaphysiques et théologiques entre Israël - comme peuple et comme État - et la France charnelle chère à Péguy.

    « Pour moi, l'urgence était de "disputer" à la fois filialement et "fraternellement" avec ce maître, ligne à ligne, en espérant le retrouver sur les hauteurs - tout en sachant qu'il existe au moins deux voies pour faire l'ascension du Sinaï ou du mont Carmel (du Ventoux aussi, de la Sainte-Victoire, du Puy de Wolf, du Fuji-Yama, « del puèg que ard », de l'Olympe... Au sommet, le lieu de l'étude et/ou la contemplation). »

  • Pourquoi faut-il que nous nous interrogions sans relâche ? Qu'un seul veille et le monde est sans repos, libre à nouveau de toute réponse, comme si ni l'histoire ni la mémoire n'avaient tracé les signes, multiples et réitérés au long des siècles, de nos balbutiements devant l'énigme de l'être.
    D'aussi loin que les textes nous parviennent, la philosophie s'est érigée contre la superstition, la croyance vaine, l'opinion. Elle a fait oeuvre de discernement en direction de la question de l'être, du monde, du sujet. Pourquoi alors défendre l'idée d'une vocation prophétique de la philosophie ? Parce qu'il y aurait à répondre de, avant même que la réflexion philosophique puisse, comme telle, être légitime.
    La vocation serait l'espace de toute réponse possible. Et la philosophie, dès lors, s'inscrirait à partir de ce lieu où la réponse est toujours différée, parce qu'elle est cette ouverture radicale sur l'absolument autre qui empêche le discours de se clore sur lui-même. Quels penseurs ont anticipé notre présente détresse ? A moins que la détresse ne soit elle-même qu'un état transitoire dont il ne faudrait pas s'affliger puisque nos démocraties sont, à tout prendre, les moins barbares des sociétés de droit.
    Les penseurs prophétiques frayent un chemin de veille, non pour perpétuer une trace, un enseignement, mais pour risquer plus loin la question de l'humanité de l'homme.

  • " Penser avec Eckhart et, au cas échéant, contre lui, tel est le dessein de l'auteur de " Maître Eckhart, Le procès de l'Un.
    " Dans cet ouvrage important, Hervé Pasqua, directeur de l'Institut catholique de Rennes, présente l'oeuvre du maître rhénan à la lumière de son néoplatonisme. Le titre peut s'entendre à la fois comme mise en accusation de l'Un et processus de développement ou d'émanation de l'Un, au sens où tout en procède. S'opposant à la thèse de ceux qui considèrent qu'il y aurait deux Eckhart, celui pour qui Dieu est l'Etre et celui pour qui Dieu est l'Un, Hervé Pasqua tranche résolument dans les ambiguïtés du Thuringien et propose une lecture fortement néoplatonicienne de Maître Eckhart.
    Dans une première partie, il considère la Déité comment étant le nom de l'Un, dans la seconde il montre la misère de l'Un sans l'être. Il tente ensuite de dénoncer les faiblesses de cette pensée et de faire le procès de l'Un. Ce livre d'Hervé Pasqua s'inscrit dans une vaste réflexion qu'il mène depuis plusieurs années sur le thème du rapport entre l'Un et l'Être, visant à dégager la perspective d'un Etre qui, au-delà de toute ontothéologie réduisant l'être à l'étant, occuperait le rôle que joue l'Un dans la pensée d'inspiration néoplatonicienne.
    Sa visée est sans doute aussi de mettre en garde contre une théologie qui porte exagérément l'accent sur l'apophatisme. " Benoît Beyer de Ryke, Université libre de Bruxelles.

  • L'intérêt que Daniel Pezeril a porté sa vie durant à la pensée non chrétienne est né de ses études de philosophie à la Sorbonne, pendant son noviciat chez les Oratoriens, et particulièrement du choc provoqué par la lecture de Spinoza. Il voulut, à la fin de sa vie, questionner une fois de plus celui qui figurait à ses yeux « l'étranger » par excellence. C'est en reprenant son vieil exemplaire de « L'Éthique » - commenté par Charles Appuhn, dans « Les Classiques Garnier », et surchargé de ses propres notes - qu'il écrivit cet essai.
    La première version devait figurer dans « Le Christ étonné » et faire pendant à son étude sur saint Augustin, mais devant l'ampleur qu'elle prenait il y renonça. Nous avons en général suivi la seconde version en conservant les éclats de la première. [F. D.]

  • Religieuse et politique, prenant en compte toutes les civilisations, des sociétés archaïques à la société contemporaine. Commencée en 1956, interrompue en 1958, la rédaction sera reprise, sur la base d'un projet modifié, au début des années 1970, pour rester inachevée à sa mort.
    Dans Israël et la Révélation, premier des cinq tomes que compte Ordre et Histoire, Voegelin présente "'l'histoire des symboles israélites de l'ordre". La Révélation faite à Israël apparaît comme une rupture dans l'ordre symbolique propre aux civilisations du Proche-Orient ancien qui avaient élaboré leur ordre politique en tant qu'analogon du cosmos. En situant la source de l'ordre dans l'être transcendant au monde, Israël opère un saut ontologique, et devient ainsi le peuple élu et le messager d'une nouvelle vérité historique valable pour toute l'humanité.
    Toutefois, à partir du moment où le peuple d'Israël réclame un roi "comme les autres nations", naît le conflit inévitable entre ordre temporel et ordre divin. A propos de cet ouvrage, Voegelin écrivait : "Israël et la Révélation sera un must dans les séminaires théologiques et parmi les membres du clergé car, si incroyable que cela paraisse, aucun livre n'a jamais été écrit sur les idées politiques d'Israël".

  • À quoi tenons-nous ? Quelles sont nos « pierres d'angle », ces principes auxquels nous sommes attachés presque à notre insu ? La dignité humaine, la conscience personnelle, le projet d'amélioration du monde, la quête de la vérité : certains voudraient nous faire croire que ces pierres d'angle sont nées par génération spontanée. Et pourtant elles ne peuvent se déployer que dans un terreau préparé. C'est bien de l'héritage judéo-chrétien qu'elles proviennent, de ce monde de la personne, de l'espérance, de l'universel auquel nous appartenons.

    Ainsi, la fin actuelle de la chrétienté, si elle traduit le terme d'une puissance, ne signifie aucunement la fin du christianisme, lequel représente toujours l'inspirateur principal de ceux-là mêmes qui cherchent à le broyer. On ne se défait pas de soi.

  • Publié en 1957, Platon et Aristote constitue le troisième des cinq volumes d'Eric Voegelin analyse le « saut dans l'être », accompli par la philosophie grecque, réitérant sur un autre mode la grande révolution que fut la révélation mosaïque caractérisée par le passage des symbolisations cosmologiques de l'ordre politique aux symbolisations anthropologiques.
    Allant à l'encontre des lectures polémiques et anachroniques de l'époque, tendant à voir dans Platon et Aristote des précurseurs des grands totalitarismes modernes, Voegelin propose une analyse précise des textes politiques des deux philosophes, en prêtant particulièrement attention aux contextes narratifs et à la fonction des symboles. À travers l'analyse des grands mythes platoniciens, il interprète de façon neuve des rapports entre le logos et le mythos, lui permettant de poser les fondements d'une nouvelle pensée de l'histoire, alternative au modèle des Lumières.
    Voegelin ouvre ainsi la perspective d'un dialogue renouvelé entre les Anciens et les Modernes, en rendant à la philosophie politique son véritable rôle, qui n'est pas de produire des systèmes idéologiques, mais d'analyser les expériences fondamentales de l'homme dans son rapport à l'ordre.

  • « Je suis parce que tu me regardes. » Croire, c'est voir. La vision humaine est retenue par des formes, des figures et des images. Mais elle y saisit l'essence d'une présence. Par-delà le sensible, par-delà le visible, dans l'obscurité d'un insondable mystère, l'oeil de l'esprit se tourne vers Dieu dont il rencontre le regard paternel, vigilant. Cette source de vie lui est d'abord révélée par l'image peinte d'un visage au regard omnivoyant : remarquable démonstration du pouvoir de la peinture dans la découverte de la vérité de la foi ! Unique, le regard divin concilie les opposés ; absolu, il abolit les limites de la perception humaine ; éternel, il désigne l'au-delà de la coïncidence des contraires. Par l'Unité de la Trinité, la filiation de l'homme avec Dieu consacre l'indéfectible lien de l'amour aimant et de l'amour aimé en l'ultime ravissement de l'esprit dans le Verbe divin. La voix s'accorde à l'image et le « parler » au « voir » : leur étonnante articulation ne peut qu'éclairer notre intelligence du langage et de la peinture dans leur rapport avec la croyance.

    Écrit en 1453 par l'auteur de « La Docte Ignorance » (1440), « Le Tableau ou la vision de Dieu » nous communique mieux que tout autre texte la pensée incandescente d'un philosophe capable de renouveler notre regard. De nous rendre la grâce de l'étonnement.

  • Les textes de ce recueil, paru pour la première fois en Allemagne en 1956, traitent de sujets variés mais ont en commun de proposer une lecture théologique du monde.

  • Voici, réunies en un seul volume, trois oeuvres fondamentales de la philosophie contemporaine.
    Voici la lecture continue qu'Emmanuel Falque mène des trois jours de la Passion du Christ.
    Voici, récapitulée, l'expérience de Dieu qui est celle de l'homme.

    Qu'en est-il de l'épreuve de l'angoisse, de la souffrance, de la mort à laquelle conduit le vendredi saint ? Qu'en est-il de l'épreuve de la naissance et de la résurrection à laquelle ouvre le dimanche pascal ? Qu'en est-il de l'épreuve du corps et de l'éros, de l'animalité et du chaos intérieur à laquelle appelle le jeudi saint ? C'est bien Le Passeur de Gethsémani qui, en opérant la Métamorphose de la finitude, institue Les Noces de l'Agneau.
    Ce triduum philosophique interroge l'humain pour dire et définir les conditions de son assomption par le divin.
    Une oeuvre capitale dont le rayonnement international ne fait que grandir.

  • Il n'est pas usuel de parler de deux types de souveraineté.
    La souveraineté n'est-elle pas la forme normative moderne du pouvoir politique, comme le signale l'utilisation récurrente de l'expression : "Etat souverain " ? Et pourtant, quand Jean Bodin, juriste français du XVIe siècle, a inventé ce concept sans se douter de la fécondité qu'en révélera la modernité, un autre penseur nettement moins connu, Johannes Althusius, de nationalité allemande, confronté à une conjoncture historique bien différente, a repris la souveraineté bodinienne pour la reconnaître au "peuple organisé".
    A la souveraineté comprise comme force matérielle instituée à partir d'un axe hiérarchique et centralisé, il a opposé la représentation d'une souveraineté comme puissance relationnelle, de forme coopérative et fédéraliste. Deux conceptions du pouvoir, du droit et de la société, venaient de s'ouvrir, dont la modernité n'allait retenir que la première version. Le présent essai montre comment la théorie d'Althusius questionne la prégnance de ce modèle, en instaurant une distance critique par rapport à certaines de nos croyances ou certitudes au sujet de la nature et de la finalité de l'institution politique moderne.

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