L'arbre Vengeur

  • Huit nouvelles sur l'imposture qui mettent en scène des New Yorkais pathétiques ou malins. Une manière en huit variations de découvrir l'étonnante palette comique de cet humoriste qui fit la jonction entre Twain et les comiques du New Yorker, doué d'un sens du récit qui en fait un modèle pour une ribambelle d'écrivains américains. Son univers amusant l'a malheureusement coupé d'une partie d'un lectorat, surtout en France, qui n'a vu en lui qu'un humoriste là où il y avait bien du Tchékhov (en moins slave).

  • Les 21 jours d'un neurasthénique Nouv.

    Mirbeau était un grand romancier mais il mettait de l'énergie à bousculer ce genre bourgeois : il débuta le siècle avec un Décaméron fou et ravageur, placé sous le signe d'une maladie alors en vogue, la neurasthénie. Avec ces contes cruels où défile une humanité inquiétante et odieuse qui provoque ses ricanements inspirés, les scènes de cure pyrénéenne qu'il imagine nous offrent la peinture de fripouilles, crapules, imbéciles et autres sales individus auxquels il règle leur compte d'un trait impitoyable. Livre de l'excès d'un homme blessé qui a choisi le rire pour se venger de la folie de la société, livre du dégoût qu'une vivifiante drôlerie permet de surmonter, ce roman, dans lequel il déploie son humour ravageur, est la plus belle revanche d'un écrivain qui fit de sa colère une gloire.

  • Publiés dans la presse à un rythme soutenu, les contes de Mirbeau ont souvent été négligés par leur auteur qui les prétendait alimentaires... Ressortis après sa mort par sa veuve, on a découvert à quel point ils étaient subversifs et drôles. Composés pour une presse bourgeoise, ils s'en prennent à la bonne conscience, au confort moral et intellectuel de lecteurs qu'il espère bousculer. Les hommes vivent dans un troupeau voué à l'abattoir sinon aux urnes... Les thèmes en sont tragiques ou grinçants, les ressorts en sont comiques, élaborés dans le cadre d'une véritable volonté de démystification :
    Du cynisme, du cléricalisme, de l'hypocrisie...
    Polémiques, radicaux, ils témoignent de la vigueur de l'un des auteurs les plus saisissants et les plus inspirés de la supposée "Belle Époque"...

  • On a un peu oublié le sens du mot ribouldinguer qui signifie faire la fête. Et c'est bien à une bombance de mots d'esprit, de situations cocasses, de saynètes poilantes que nous convie le désopilant Allais dans ce recueil d'histoires parues au tournant du siècle. On y trouve tout ce qui fait le sel de la Belle époque : les cocus magnifiques, les infidèles de haut rang, les imbéciles fameux, les malhonnêtes de tous poils, les bourgeois grotesques, les malins malicieux... Ils sont racontés comme si l'auteur venait de les croiser, en verve de confidences et de demi-mots, maniant la litote avec génie et déployant un sens de la formule qu'on ne trouve que chez Jules Renard et Tristan Bernard ses amis.
    C'est toute une époque qui se dessine, faussement coincée et superbement libre.

  • Ce n'est pas la moindre qualité des Anglais que de savoir se moquer d'euxmêmes.
    Cette disposition à l'humour qui les caractérise engendre parfois l'apparition d'un objet insolite dont la démesure comique sidère. Avec Augustus Carp, écrit sous couvert d'anonymat par un digne médecin de la cour, on tient une de ces exceptions qui provoquent l'hilarité universelle. Le héros et narrateur de ce livre, outre son profil de goinfre, possède les plus remarquables qualités qu'on espère d'un hypocrite complet :
    Ignorance colossale, avarice, puritanisme, paranoïa procédurière, délation instinctive et on en passe. Parodiant avec génie le genre autobiographique, ce roman peint le portrait d'une famille où l'imbécillité est un étendard dans lequel on ne cesse de se prendre les pieds.

  • Nos aïeux ont beaucoup ri, et longtemps, de ce Ramollot. Nous avons parfois aujourd'hui de vaines pudeurs devant le comique troupier : oublions-les, et laissons-nous comme eux emporter par l'énorme dinguerie d'un personnage qui nous confronte de bon coeur à la folie humaine. Avec ce colonel d'une sottise abyssale qui a toujours raison et envoie balader tout le monde, y compris ceux qui l'écoutent, Charles Leroy a inventé une figure totémique qui ridiculise avec une force comique imparable la gent militaire et toute forme de pouvoir arbitraire. Notre recueil reprend un choix de François Caradec des meilleurs moments de cette épopée de l'imbécillité triomphante. A l'heure où le service militaire revient dans les têtes, il n'est peut-être pas inutile de rappeler le charme d'une grande muette qui a souvent la langue bien pendue et l'intelligence bien... absente.

  • Le jeu de massacre est un recueil de nouvelles datant de la période la plus créative de Tristan Bernard : paru en 1922, il témoigne de l'ironie dévastatrice d'un auteur qui maîtrise à la perfection les codes de l'humour : ironie, allusion, sens de la chute, réalisme cruel. Quarante-deux textes d'une efficacité comique redoutable qui rappelle que Bernard ne vaut pas que pour ses mots d'esprit :il a le sens de la formule, cet art du trait et du portrait que peu d'écrivains de son temps maîtrisait aussi bien. Dans ce volume, plus que dans aucun autre, il s'en donne à coeur joie. Jamais réédité depuis sa sortie, il n'est pas le plus connu de ses livres, mais constitue une superbe introduction à l'oeuvre de l'un des grands esprits de son demi-siècle, sinon de son siècle.

  • On s'amuse beaucoup avec cette histoire racontée par un savant qui a mis au point un procédé pour diminuer l'humain dont va faire les frais le jeune Fléchembeau soucieux de perdre quelques centimètres pour rassurer ses futurs beaux-parents... et qui se retrouve dans le monde de l'infiniment petit dont il reviendra pour témoigner. C'est dans un véritable pays que le voyageur malgré lui a plongé, un monde microbien où vivent trois espèces désespérement semblables aux Hommes en ce qu'elles détruisent leur environnement, pratiquent la sélection et se font la guerre. Amusé, amusant, Maurice Renard, parodiant le roman bourgeois en le trempant d'anticipation, ne cesse jamais d'interroger la place dans l'univers de l'être humain, cet être formidablement vaniteux qui s'en croit le centre.

  • «Humour noir : c'est sur les premières notes d'une sorte de requiem halluciné et amusé à la fois que Richepin conclut chacun de ces récits qui vous feront longuement frissonner ; car si, bien sûr, notre sensibilité a quelque peu évolué depuis la fin du XIX° siècle, notre nature éprouve encore le besoin, irrépressible, de nouer des relations ambiguës, terriblement esthétiques et rédemptrices avec l'épouvante...» (F.Rivière) Ces nouvelles offrent «un rire fantastique à tous les sens du terme :
    Surprenant, déroutant, inhabituel, et très moderne. Le style est saisissant, très dynamique et drôle ; l'ensemble se clôt sur l'indécidable, et prouve la maestria dans l'art de la chute, si difficile dans le genre. Pour les amateurs de littérature noire, de polar, d'humour macabre... et de finesse littéraire. A lire absolument !» (Y.L.André, revue Brèves) «Jean Richepin se fait ici connaître comme maître de la nouvelle. Fin de siècle oblige, le texte, porteur de mécanismes de parade et de multiples clins d'oeil, d'allusions littéraires, offre un jeu ironique et parodique extrêmement poussé sur la littérature du XIX° siècle, et sur l'usage du cliché notamment.» (S.Airoldi S.O.D.)

  • Un beau matin, le réveil sonne mais audehors question soleil, ça ne suit pas. Où est donc passé l'astre céleste ? Que va-t-il se passer dans la vie de tous ces Parisiens engoncés dans leurs habitudes et leurs sournoiseries courantes ? Comment l'Etat va-t-il réagir ?
    Toutes ces questions parcourent dans tous les sens ce récit frénétique où l'anticipation la plus farfelue téléscope la satire la plus amusante. Entre M.Huguenin qui se découvre cocu, le Président qui se carapate, la foule qui éructe ou expie, se bat la coulpe ou se combat, c'est un joyeux capharnaüm dans lequel Dahl s'amuse comme un fou, faisant rire en usant de tous les registres, du jeu de mots à l'ironie voire la vitupération, sans oublier des considérations distinguées sur les horreurs du mariage...

  • Augustus Carp est l'histoire d'un petit-bourgeois puritain qui se prend pour un noble vertueux appelé par la Providence et l'exemple de son cher papa à pourfendre les moeurs dissolues du siècle, un redresseur de torts, un donneur de leçons (to carp = critiquer).
    C'est en fait un don Quichotte grotesque qui a hérité d'une abyssale bêtise imparablement transmise à sa descendance. Les Carp sont plus que conservateurs : ils incarnent l'éternelle bigoterie britannique, variété très particulière de l'universelle hypocrisie religieuse.
    Le byzantinisme ahurissant du personnage qui se raconte le dispute à l'indigence de ses propos. Combattant de la vertu et d'une pudibonderie intégrale, il narre des aventures où il sombre dans le ridicule sans jamais le reconnaître. Hypocrite au dernier degré, Tartuffe de haute volée, phallocrate crasse (qui traite mère et épouse en domestiques non payées), il ourdit des complots contre les pécheurs dont il finit malgré lui par épouser les vices (donnant lieu par exemple à une scène désopilante d'ivresse).
    L'auto-glorification tourne court à chaque chapitre, peignant le portrait d'une famille où l'imbécilité est un étendard dans lequel on se prend les pieds.
    C'est sans conteste une des satires les plus géniales écrite sur le sol anglais.

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