Mercure De France

  • Paul a 19 ans et s'ennuie un peu cet été-là, le dernier avant son départ à l'université. Petite ville, petite bourgeoisie, petites distractions. Au club de tennis local, il rencontre Susan - 45 ans, mariée, deux grandes filles - avec qui il va disputer des parties en double. Susan est belle, charmante, chaleureuse. Il n'en faut pas davantage pour les rapprocher... La passion ? Non : l'amour, le vrai, total et absolu. Les amants le vivront d'abord en cachette. Mais bientôt, le mari de Susan - une brute qui la bat - lui casse la mâchoire. Les amants s'enfuient et partent vivre à Londres : Susan a un peu d'argent, Paul doit continuer ses études de droit. Le bonheur ? Oui. Enfin presque, car de nombreux obstacles l'en empêchent...
    Peu à peu, Paul va découvrir que Susan a un problème, qu'elle a soigneusement dissimulé jusque-là : elle est alcoolique. Il l'aime, il ne veut pas la laisser seule avec ses démons. Il va tout tenter pour la sauver et combattre avec elle ce fléau. Mais lui, alors ? Sa jeunesse, les années qui passent et qui auraient dû être joyeuses, insouciantes ? Il a 30 ans, puis 31, puis 32. Un jour, Paul s'en va. Il tentera d'avoir une autre vie... Mais peut-être n'a-t-on qu'une seule vraie histoire d'amour dans toute sa vie - qui restera la plus belle, même si elle finit si mal.
    Une histoire déchirante et des personnages terriblement attachants : Julian Barnes est au sommet de son art.

  • Devenu veuf, Shigezo est recueilli par son fils et sa belle- fille. Et c'est sur celle-ci, Akiko, que va reposer cette lourde charge, avec les problèmes concrets que cela implique. Mais alors que le vieil homme glisse vers une seconde enfance, elle découvrira qu'il symbolise peut-être l'amour le plus authentique, le plus désintéressé qu'elle ait jamais connu.

  • Indienne par sa mère, américaine par son père, Karina n'a pas trouvé d'équilibre dans sa double origine. La mort accidentelle du petit frère qu'elle aimait tant, puis le divorce de ses parents qui n'ont pas supporté ce drame, finissent par lui faire perdre pied.
    Entrée à l'université, elle ne s'y sent pas à sa place, son pre mier petit ami la trompe... Bref, elle est prête à tomber dans les fi lets du séduisant et ténébreux Micah.
    On connaît bien les techniques utilisées pour appâter une per sonne fragile et l'intégrer dans une secte sans qu'elle s'en rende compte. C'est ce qui arrive à Karina - et est admirablement décrit ici par Shilpi Somaya Gowda. D'abord le charme, puis l'emprise, puis le doute, l'inquiétude et finalement la peur, mais l'impossibilité de se libérer. Ce que Karina avait cru être une nouvelle « famille » va en fait devenir une terrible prison.

    Après les succès de La fille secrète et d'Un fils en or, on re trouve ici tout le talent de la grande romancière indienne

  • « On pourrait commencer prosaïquement par ce qui peut être décrit comme une robe de chambre. Rouge - ou plus exactement écarlate - et allant du cou jusqu'à la cheville, laissant voir des ruchés blancs aux poignets et à la gorge... Est-ce injuste de commencer par ce vêtement, plutôt que par l'homme qui le porte? Mais c'est ainsi représenté et ainsi vêtu que nous nous souvenons de lui aujourd'hui. Qu'en eut-il pensé? En aurait-il été rassuré, amusé, un peu offusqué ? » « L'homme en rouge », peint par John Sargent en 1881, s'appelait Samuel Pozzi. Né à Bergerac en 1847, il allait vite devenir à Paris LE médecin à la mode, particulièrement apprécié des dames de la bonne société en tant que chirurgien et gynécologue. Beaucoup d'entre elles, dont Sarah Bernhardt, étaient aussi ses maîtresses et le surnommaient « L'Amour médecin ». À travers sa vie privée, pas toujours heureuse, et sa vie professionnelle, exceptionnellement brillante, c'est une vision en coupe de la Belle Époque qu'on va découvrir sous le regard acéré de Julian Barnes. Il y a d'une part l'image classique de paix et de plaisirs et, de l'autre, les aspects sombres d'une période minée par l'instabilité politique, les crimes et les scandales. Un grand récit.

  • Anil est le fils aîné d'un riche propriétaire terrien à la tête d'un vaste domaine qu'il administre d'une main ferme. Normalement, Anil doit succé- der un jour à son père. Mais à la surprise de sa famille, il annonce, jeune encore, vouloir être médecin. Il doit donc partir étudier loin de chez lui, d'abord encore en Inde, puis plus tard, aux États-Unis, consécration su- prême croit-on autour de lui.
    Curieusement sa redoutable mère ne s'oppose pas à la vocation de son fils chéri, ni à son éloignement du berceau familial. Au pays des mariages arrangés, elle souhaite bien sûr une union prestigieuse pour Anil. Or depuis qu'il est petit, elle l'a vu jouer un peu trop souvent avec Leena, la fille d'un pauvre métayer. Quand celle-ci est devenue une très belle jeune fille, il faut l'éloigner, s'en débarrasser, en la mariant à la va-vite à un homme qui se révèlera être un véritable tortionnaire pour sa jeune épouse.
    Les destins croisés d'Anil et de Leena forment la trame de ce roman - lui en Amérique qu'il croyait être l'eldorado et où il se heurtera, au Texas, au racisme le plus violent. Et elle en Inde, où sa vie sera celle de millions de femmes victimes de traditions cruelles. Ils se reverront un jour, chacun prêt à prendre sa vie en main, après beaucoup de souffrances. Ils se rappro- cheront l'un de l'autre - mais auront-ils droit au bonheur ?

  • Elles sont trois, ces dames de la famille Kimoto, avec leurs amours, leurs passions, leurs drames qui nous racontent le destin de la femme japonaise de la fin du 19e siècle à aujourd'hui.
    Toyono, la grand-mère, incarne la tradition, immuable, ancestrale. Hana, sa petite-fille, figure centrale du roman, va se trouver déchirée entre le passé - un mariage arrangé, la soumission à son mari et à sa belle-mère, le carcan des obligations familiales et sociales - et ses aspirations personnelles.
    Mère à son tour, elle devra affronter la génération montante en la personne de Fumio, sa fille qui, après de violents conflits, saura prendre des temps anciens et des temps nouveaux ce qu'ils ont de meilleur.
    Il y a dans ce très beau roman un souffle de vie, une émotion contenue mais réelle qui ne se dément jamais. Au Japon, il s'est vendu à trois millions d'exemplaires.

  • » Zoom Présentation Traduit de l'anglais par Jean-Pierre Aoustin Ceux qui veulent nier le passage du temps disent : quarante ans, ce n'est rien, à cinquante ans on est dans la fleur de l'âge, la soixantaine est la nouvelle quarantaine et ainsi de suite. Je sais pour ma part qu'il y a un temps objectif, mais aussi un temps subjectif. le vrai, qui se mesure dans notre relation à la mémoire. Alors, quand cette chose étrange est arrivée, quand les nouveaux souvenirs me sont soudain revenus, ça a été comme si, pendant ce moment-là, le temps avait été inversé. Comme si le fleuve avait coulé vers l'amont.

    Tony, la soixantaine, a pris sa retraite. Il a connu une existence assez terne, un mariage qui l'a été aussi. Autrefois il a beaucoup fréquenté Veronica, mais ils se sont éloignés l'un de l'autre. Apprenant un peu plus tard qu'elle sortait avec Adrian, le plus brillant de ses anciens condisciples de lycée et de fac, la colère et la déception lui ont fait écrire une lettre épouvantable aux deux amoureux. Peu après, il apprendra le suicide d'Adrian.
    Pourquoi Adrian s'est-il tué ? Quarante ans plus tard, le passé va ressurgir, des souvenirs soigneusement occultés remonter à la surface - Veronica dansant un soir pour Tony, un weekend dérangeant chez ses parents à elle. Et puis, soudain, la lettre d'un notaire, un testament difficile à comprendre et finalement, la terrible vérité, qui bouleversera Tony comme chacun des lecteurs d'Une fille, qui danse.

  • Un très beau, très émouvant roman, qui a la particularité de commencer par la fin.
    Ce jour-là, Robbie et Emily fêtent leur quarante- cinquième anniversaire de mariage et Robbie ses quatre- vingts ans.
    Une si jolie famille, un fils, des petits-enfants, un amour sans faille... Mais pas sans ombres. On va découvrir peu à peu qu'en fait, ils ne sont pas mariés. Pourquoi ? Que leur fils - qui l'ignore - a été en réalité adopté, et dans des conditions plus que troubles. Pourquoi ? Qu'ils ont eu chacun une autre vie, autrefois, et ont dû rompre avec leur passé et leurs familles. Pourquoi ?
    En remontant dans le temps, on découvrira l'incroyable secret de Robbie et Emily.

  • Il est difficile encore aujourd'hui de se représenter ce que pouvait être réel- lement la vie sous dictature communiste - en l'occurrence, ici, celle des artistes sous la férule stalinienne. Staline les surveillait de près : il fallait obéir, sinon.
    Un trait de plume du tyran vous condamnait à mort. Et quand un des plus grands musiciens de l'époque, jusque-là plutôt en faveur, découvre un matin dans La Pravda un article qui le démolit, il sait que ses jours sont comptés.
    Il s'agit de Dimitri Chostakovitch. On est en 1936. Et la question essen- tielle, cruciale, que pose ce nouveau roman de Julian Barnes, c'est : que fallait-il faire ? Et en corollaire, qu'est-ce que moi j'aurais fait ?
    Le fracas du temps est bien un roman - même si tous les faits sont avérés :
    Les hallucinantes conversations avec Staline, les comparutions devant des « juges » qui ne savent même pas lire une partition. On a beaucoup critiqué Chostakovitch d'avoir cautionné le régime, d'avoir été un « collabo ». Mais on ne doit pas oublier qu'il risquait sa vie mais aussi celle de sa femme, celle de ses enfants et celle de sa mère ! Un romancier peut aller plus loin que l'historien dans l'exploration de l'âme d'un immense artiste, un être complexe, attachant, qui se débattait comme il pouvait dans le chaos de son époque, en essayant de ne pas renoncer à « sa » musique.
    Oui, que fallait-il faire ? Julian Barnes nous laisse trouver les réponses.

  • Candace est une jeune Américaine d'origine chinoise discrète et introvertie. Après des études de photographie, elle vit désormais à Manhattan dans un petit appartement et travaille pour Spectra, une entreprise qui fabrique des livres pour les grands éditeurs, notamment des Bibles. Elle vit comme une New-yorkaise classique en dépensant l'argent qui ne passe pas dans son loyer à s'acheter des vêtements Uniqlo, des crèmes hydratantes Clinique ou à boire des cafés chez Starbucks... Bientôt la fièvre Shen, une épidémie venue de Chine, touche la population mondiale. Cette maladie inconnue oblige les gens à des gestes répétitifs dénués de sens : ils deviennent des zombies répétant inlassablement et à l'infini des gestes quotidiens - mettre la table, essayer des vêtements - jusqu'à mourir d'épuisement... La nostalgie semble un facteur aggravant de la maladie : les enfiévrés sont piégés dans leurs souvenirs. Candace reste seule dans les bureaux désertés de Spectra, voit New York se vider de ses habitants et se figer autour d'elle. Des palmiers se mettent à pousser sur Time Square déserté... Écrit bien avant l'épidémie de corona virus, ce roman visionnaire saisissant de réalisme réinvente le genre post-apocalyptique : Les enfiévrés questionne notre rapport au travail et la solitude de la vie contemporaine.

  • L'inspecteur Manchego approcha le smartphone dernière génération de son oreille, en retenant sa respiration. Il entendit une voix nasale, sur un bruit de fond rythmique, une sorte de lamentation ou de prière, et les accords d'une guitare. Il ne comprit pas un traître mot de ce que disait l'interlocuteur- c'était en anglais-, mais il devina qu'il ne s'agissait pas d'un appel au secours, on n'y sentait aucune peur.
    - Qu'est-ce qu'il dit ? demanda-t-il. - Textuellement : "Papa, laisse-moi faire. Je maîtrise la situation." En bon Espagnol, l'inspecteur Manchego a tout de suite identifié d'où provenait le message : d'une boîte de flamenco. Pas de quoi s'alarmer, donc, quand un riche éditeur londonien, flanqué d'un interprète, vient, très inquiet, lui annoncer que son fils, la trentaine, bien sous tous rapports, a disparu à Madrid depuis plusieurs semaines, après ce dernier fameux appel.
    Enlevé ? Séquestré ? Blessé ? Tué ? Mais non, il y a forcément une femme là-dessous. En fait, surtout une exquise gitane aux yeux bleus - ça c'est curieux - et face à une tribu de Grenade au grand complet, le jeune Atticus a-t-il la moindre chance ? Non, bien sûr... comme on va le voir au fil de ses irrésistibles aventur

  • Ma vie, songeait Eleanor.
    C'est étrange. Pour la seconde fois, ce même soir, quelqu'un lui parlait de sa vie. Et je n'en ai pas, se dit-elle. La vie ne doit-elle pas être une chose qu'on peut manier et présenter ? Une vie de soixante-dix ans. Mais je ne possède que le moment présent... Des millions de choses lui revenaient en mémoire. Des atomes dansaient séparément puis s'aggloméraient. Mais comment pouvaient-ils composer ce que les gens appellent une vie ? A partir d'Eleanor Pargiter, son personnage central, Virginia Woolf nous conte dans Les années (roman longtemps introuvable et aujourd'hui réédité) l'histoire d'une famille anglaise sur trois générations, de 1880 à 1936.
    En une suite d'épisodes très soigneusement choisis, tournant lentement tels les rayons d'un projecteur, les jours, les semaines, les années défilent. Les Pargiter évoluent dans un milieu social bien défini, autour d'eux le monde évolue, plus vite, peut-être, que jamais auparavant, les valeurs spirituelles changent, ce que Virginia Woolf ressent profondément - tout en s'attachant à marquer la différence entre le temps, tel qu'il se mesure aux horloges, et la durée, telle que notre âme l'éprouve.
    Car notre unique possession n'est-elle pas l'instant présent ?

  • Le jour baisse déjà lorsqu'ils franchissent un mur de pierres sèches pour se frayer un chemin en direction d'une petite baie. «Ferme les yeux, Martha, et attends que je te dise de les rouvrir.» Puis au détour d'un rivage, il dit : «Maintenant.» Devant eux, le ciel est en feu, rouge sang et or. Peu à peu il s'assombrit, devenant violet, puis noir, avant que la grande boule de feu ne tombe dans la mer.

    C'est sur la côte ouest de l'Irlande, au sein d'une nature sauvage, âpre et magnifique à la fois, que Martha, qui vit et enseigne à Londres, est venue faire le point sur sa vie. Son mari, irlandais, brutalement décédé, possédait là-bas un cottage, dans son village natal, face à l'océan et aux inquiétantes îles Skellig. Il y allait souvent - seul? - et elle plus rarement.
    Il y a la pluie, les embruns, les feux de tourbe, d'incroyables couchers de soleil, les pubs enfumés où tout le monde chante de vieilles balades. Et des rencontres, souvent inattendues...

  • Au début, il y a eu deux couples, qu'a priori tout séparait : d'abord Kavita et Jasu, deux pauvres paysans indiens pour qui la naissance d'une fille est une catastrophe, au point que, la mort dans l'âme, la jeune mère confie son bébé à un orphelinat. Ensuite, de l'autre côté de la terre, aux Etats-Unis, il y a Somer et Krishnan, médecins tous les deux, elle américaine, lui indien, qui ne peuvent pas avoir d'enfant. Ils vont donc décider d'adopter une petite fille en Inde - qui sera celle de Kavita. A Asha, si jolie, si gâtée, ils vont donner amour, excellente éducation, avenir. Mais celle-ci va vouloir un jour connaître ses origines, ses racines. Sa quête ne sera pas facile...

  • Et Neel a beau avoir étudié aux Etats-Unis et être devenu un brillant anesthésiste dans un grand hôpital de San Francisco, il n'échappera pas à un mariage arrangé - une tradition à peu près immuable en Inde. Au cours d'un bref voyage pour voir sa famille, le piège se referme et le voilà marié à Leila, qu'il n'a vue qu'une fois. Certes, elle est belle, douce, cultivée, intelligente - bien plus qu'il ne l'imagine -, mais il n'en veut pas. Il préfère, de loin, son explosive maîtresse californienne. Ce qu'il ne sait pas, c'est que Leila va attendre son heure et, sans bruit, sans drames, sans scènes, réserver à son mari bien des surprises.

  • Edith Wharton adorait la France et adorait aussi les voyages en voiture - dans le cas de ce « tour de France », en Panhard 15 chevaux, achetée à Londres par son mari Teddy. Le couple allait effectuer en fait trois virées successives, une en 1906 et deux en 1907 - la troisième fois en compagnie de Henry James. Elle en fait le récit en 1908, qui fut publié aux États-Unis, avec succès, mais curieusement n'avait jusqu'à aujourd'hui jamais été traduit en français. Evidemment, les Wharton ne conduisaient pas eux-mêmes, ils avaient un chauffeur, et les bagages arrivaient par chemin de fer, avec quelques domestiques, aux étapes les plus importantes. On voyageait avec style !
    On se prend à rêver un peu quand Edith Wharton nous parle de l'extrême sentiment de liberté que lui donne le voyage en voiture. Les routes sont vides ou presque. On ne parle jamais de « bouchons » ou de problèmes de circulation. Nos touristes enthousiastes partent de Boulogne, filent vers Amiens, puis Beauvais, puis Rouen.
    Ils admirent tout, les cathédrales, bien sûr, le paysage, les villages, et puis aussi les Français, leur civisme, leur élégance, leurs excellentes manières, leur bonne humeur et leur façon intelligente de profiter de la vie. C'est bien agréable à entendre.
    On ne va pas faire la liste de tout ce qu'ils visitent - une mention particulière pour Nohant et la maison de George Sand, un régal de lecture. De chaleureuses appréciations sur la cuisine française, bien sûr. Mais aussi, tout le temps, partout, de très intéressants commentaires sur les monuments, sur l'histoire, sur la géographie. Les Wharton sont des francophiles extrêmement cultivés.
    Un récit un peu carte postale ? Oui, certes, mais voyager en France, c'est cela aussi et même si Edith Wharton nous fait re-visiter ce que nous connaissons très bien, sa chaleur est communicative.
    Une mention spéciale pour la merveilleuse préface de Julian Barnes.

  • "Où allons-nous ? a chuchoté Agnès.
    - Dans la brousse", ai-je dit. Mais qu'est-ce que j'en savais?

    Près de la chapelle, on a traversé un épais nuage de fumée et j'ai entendu un bruit de verre brisé. Les rebelles cassaient les fenêtres à coups de gourdin. De la fumée sortait par la porte. À côté, la Jeep était en feu et on avait peur qu'elle explose.

    On a franchi le portail de l'école et avancé dans l'allée, puis sur la route. On a marché et marché dans la nuit, bientôt hors de tout sentier. Je distinguais la longue file de filles. Plus tard, j'ai appris que nous étions environ cent quarante.

    L'enlèvement des cent trente-neuf élèves du collège St Mary's d'Aboke, en Ouganda, a eu lieu dans la nuit du 10 octobre 1996. C'est à partir de ce fait réel que Susan Minot a écrit Trente filles. Terrifiées, brutalisées, pour la plupart violées, ces fillettes vont vivre un enfer. Si une des religieuses de leur école, lancée à leur poursuite, réussit à en sauver cent neuf, quel va être le sort des trente autres ?

    En contrepoint de leur histoire, il y a celle de Jane, une journaliste américaine venue en Afrique enquêter sur ce drame. Au fil des jours, elle devra abandonner ses certitudes et ses a priori, ainsi qu'une certaine forme d'insouciance, pour regarder en face la réalité africaine. Jusqu'à sa bouleversante rencontre avec Esther, une des petites rescapées.

  • En 2000, à Kaboul. Le gouvernement islamique impose sa férule à la population, pratiquement tout est interdit, journaux, distractions, jeux, etc. Mais voilà qu'il annonce vouloir promouvoir le cricket, pour prouver à ses opposants que l'Afghanistan peut aussi être une nation sportive. La meilleure équipe ira se perfectionner au Pakistan - ce que certains voient tout de suite comme une possibilité de s'enfuir.

    Mais il faut d'abord connaître les règles du cricket et s'entraîner. Bien sûr, c'est strictement interdit aux femmes. Or la jolie Rukhsana a joué autrefois en Inde... Au prix d'incroyables ruses, subterfuges et déguisements, elle va mettre sur pied une équipe composée de son frère et de leurs cousins, tous bien décidés à se libérer du joug des talibans. Y parviendront-ils et que risque-t-il d'arriver à Rukhsana l'intrépide, la rebelle ?

    Car elle court de grands risques. Un des chefs taliban a jeté son dévolu sur elle et se déclare prêt à l'épouser, ce qui bien sûr fait horreur à la jeune fille. Mais comment lui échapper ? Et comment sortir, même déguisée en garçon pour entraîner son équipe, faire dire qu'elle est partie en province assister à un mariage et se cacher dans la cave - et cela tous les jours ou presque...

    Timeri N. Murari a longuement enquêté à Kaboul pour nous donner ici un tableau sans concession de la pire époque de la domination des talibans ? Mais - et heureusement... - il sait aussi nous faire rire de certains aventures de la merveilleuse Rukhsana.

    Un formidable récit d'aventures où tout pourrait avoir été vrai.

  • Nous vivons à ras de terre, à hauteur d'homme et pourtant - et par conséquent - nous aspirons à nous élever. Créatures terrestres, nous pouvons parfois nous hisser jusqu'aux dieux. Certains s'élèvent au moyen de l'art ; d'autres, de la religion ; la plupart, de l'amour. Mais lorsqu'on s'envole, on peut aussi s'écraser. Il y a peu d'atterrissages en douceur. On peut rebondir sur le sol assez violemment pour se casser une jambe, entraîné vers quelque voie ferrée étrangère. Chaque histoire d'amour est une histoire de chagrin potentielle. Sinon sur le moment, alors plus tard. Sinon pour l'un, alors pour l'autre. Parfois pour les deux. C'est à différentes altitudes que se situent les trois récits qui composent ce livre. Le premier nous conte, avec souvent beaucoup d'humour, les différentes tentatives de l'homme pour voir le monde d'en haut. Et il s'attache plus particulièrement à celles de Nadar, qui, à bord d'un ballon, réalisa les premiers clichés aérostatiques en 1858. Le deuxième se penche sur les amours de Sarah Bernhardt - souvent photographiée par Nadar et qui fit un tour en montgolfière - avec un bel officier anglais. Là, on est 'à hauteur d'homme'. Le troisième nous parle - droit au coeur - de ce qui se passe quand 'tout est déjà arrivé', en l'occcurence, la mort de l'être qui vous était le plus proche et 'qu'on est tombé de la plus grande hauteur'. Disons simplement que Julian Barnes est sans doute là au sommet de son art.

  • Un jour d'automne pluvieux à Venise. Une Américaine - 45 ans environ, journaliste gastronomique et chef de bonne réputation - est là pour quelques jours en reportage. Pour s'abriter un peu de la pluie,elle entre dans le premier restaurant venu. Or, on vient, au bout de dix minutes, lui dire qu'on la demande au téléphone. Ce ne peut être qu'une erreur, et pourtant.
    L'homme au bout du fil, Italien, vénitien en fait, lui dit l'avoir aperçue un soir, quelques mois auparavant, sur la place Saint-Marc et, depuis, il n'a cessé de penser à elle. Elle le croit d'abord un peu fou, mais accepte de le voir. Il est tellement charmant que. eh bien, ils sont aujourd'hui mariés et très heureux.
    /> Ce n'est pas un conte et il n'y a pas eu que des fées autour de cette histoire entièrement vraie. L'enthousiaste et désarmante Marlena qui a liquidé en quelques semaines tout ce qu'elle avait en Amérique - une jolie maison, un charmant restaurant, une vie professionnelle bien établie - pour aller retrouver Fernando, son « bel étranger », qu'elle connaît à peine, va se heurter à pas mal d'obstacles : la langue, qu'elle ne parle pas, l'appartement sinistre de son futur mari, la solitude, puisqu'elle n'a pas encore d'amis à Venise, l'ennui, car elle n'a plus de travail Alors, au lieu de couler à pic, elle va retrousser ses manches et les surmonter l'un après l'autre. Le récit épatant de drôlerie qu'elle nous fait de ses découvertes, de ses mécomptes et de son plaisir à se sentir peu à peu « acceptée » est un pur bonheur de lecture. Et comme Marlena est chef de cuisine, elle n'oubliera pas d'émailler son histoire de recettes plus savoureuses les unes que les autres.
    Tout va donc aller plutôt bien jusqu'au jour où Fernando, l'imprévisible Fernando, lui réserve une drôle de surprise Mais Marlena, on le sait maintenant, a de la ressource.

  • Depuis notre premier soir à San Casciano, le bar du village est devenu une véritable annexe de notre maison. Les habitués nous ont adoptés et s'ingénient à nous faciliter la vie. II y a un téléphone au mur et quand je parle à mes enfants, à mon agent à New York ou à mes éditeurs en Californie, tout le monde se tait en imaginant que je discute avec le président des Etats-Unis. Le Centrale est notre bureau, notre PC, notre refuge. je commence à comprendre pourquoi certains Italiens, avant de choisir un appartement, vérifient si le bar le plus proche leur conviendra... Après un double coup de foudre dans un bar de Venise et un mariage romantique à l'église du Lido, Marlena, dynamique critique gastronomique américaine, et Fernando, son Vénitien de mari, ont décidé, mille jours plus tard, de s'installer en Toscane. A San Casciano, à peine deux cent cinquante habitants, ils vont vite être la coqueluche des villageois. On s'échange des recettes de cuisine (soigneusement consignées dans ce livre), on fait ensemble les vendanges, la récolte des châtaignes, la cueillette des olives, la chasse aux cèpes et aux truffes. Et Marlena, avec un enthousiasme communicatif, nous fait aussi participer à toutes les fêtes locales dans des pages pleines de saveurs, d'odeurs et de couleurs.

  • S'il est vrai que les bâtiments et les objets d'ameublement que nous qualifions de beaux évoquent des aspects du bonheur, on pourrait néanmoins demander pourquoi nous trouvons une telle évocation nécessaire.
    Pourquoi ce que notre environnement a à nous dire serait-il si important ? pourquoi les architectes devraient-ils se soucier de concevoir des bâtiments qui expriment des sentiments et des idées spécifiques ? pourquoi sommes-nous si vulnérables à ce que disent les espaces où nous vivons ? depuis plusieurs livres déjà, alain de botton s'intéresse à notre bonheur et cherche les moyens de nous rendre plus heureux.
    Après la lecture de proust, puis celle des grands philosophes, l'art de mieux voyager et l'importance de notre statut social, voici qu'il se penche sur notre cadre de vie et plus particulièrement sur l'architecture des lieux où nous vivons et travaillons. en quoi l'un et l'autre influencent notre mode de pensée, notre façon de nous comporter, en bref notre existence au quotidien, tel est le sujet de l'architecture du bonheur.
    Faisant preuve comme toujours d'une éblouissante érudition - et de beaucoup d'humour -, alain de botton nous entraîne de paris à tokyo, de londres à brasília, du kent à l'engadine, et bien d'autres lieux encore, à la recherche de la maison idéale.

  • Arthur est en retard pour son rendez-vous avec George Edalji au Grand Hotel, Charing Cross ; des affaires à régler à sa banque l'ont retenu plus
    longtemps que prévu. Il entre d'un pas vif dans le grand hall, et regarde autour de lui. Il n'est pas difficile de repérer celui qui l'attend : le seul
    homme au teint foncé est assis de profil à une douzaine de pas. Arthur est sur le point d'aller vers lui et de s'excuser de son retard, quand quelque chose le retient... " Ce quelque chose qu'a vu Arthur va être d'une importance capitale dans l'histoire de George, une histoire bien réelle qui s'est passée en Angleterre à la fin du XIXe siècle. Arthur et George n'auraient jamais dû se rencontrer : origines très différentes, milieux très éloignés, études et caractères à des années-lumière les uns des autres. Et. pourtant... Victime d'une terrible erreur judiciaire, emprisonné plusieurs années, relâché sans explication et sans avoir été innocenté, George, fragile, effacé, maladroit - la victime idéale - va faire appel à Arthur, alors un des hommes les plus célèbres d'Angleterre : c'est en effet le créateur de Sherlock Holmes. A partir de là... Extraordinaire tableau de la société victorienne, ce nouveau roman de Julian Barnes est aussi le plus haletant des thrillers.

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