• Décédé en 2012 à la veille de ses 105 ans, l'architecte brésilien Oscar Niemeyer est mondialement connu pour la ville de Brasilia. Après une formation à l'École des beaux-arts de Rio, il entre au cabinet d'un proche de Le Corbusier, Lucio Costa. Aussi, quand ce dernier se voit confier par le président Kubitschek la conception de la nouvelle capitale, Niemeyer en construit naturellement les principaux bâtiments publics. Avec l'inauguration de la ville en 1960, il devient immédiatement une célébrité mondiale.
    Quatre ans plus tard, fuyant la dictature militaire, il trouve refuge en France où il reçoit plusieurs commandes, impulsées par le Parti communiste ainsi que par le ministre de la Culture du général de Gaulle, André Malraux. Il ne rentrera au Brésil qu'en 1985.
    Se succéderont nombre d'édifices emblématiques comme le siège du Parti, place du Colonel-Fabien, la Maison de la culture du Havre dite « Le Volcan », la Bourse du travail de Bobigny, ou le siège de L'Humanité. L'étude de Vanessa Grossman et Benoît Pouvreau est l'occasion de découvrir d'autres constructions ou projets moins connus comme les résidences dans le midi (à l'instar de la villa Nara Mondadori à St-Jean-Cap-Ferrat), les logements collectifs (comme ceux de Dieppe ou Villejuif), ou les bureaux (comme ceux de Renault à Boulogne-Billancourt).
    Grâce aux archives de la Fundação Oscar Niemeyer, ce livre jette un éclairage unique sur l'oeuvre de Niemeyer, montrant comment ses réalisations françaises ont marqué le développement de son oeuvre international. Sa riche personnalité le vit également dessiner des meubles, collaborer à la Fête de l'Humanité à partir de 1978, participer au jury qui choisit les jeunes Piano et Rogers pour le Centre Pompidou, ou encore imaginer une salle de spectacles amovible pour la Cour carrée du Louvre.

  • Ministre de la Reconstruction et de l'Urbanisme de 1948 à 1952, député de la Loire, maire de Firminy, président du conseil d'administration de la Sonacotra, Eugène Claudius-Petit s'est, tout au long de sa carrière politique, mis au service de la modernité et du progrès.
    Son métier d'ébéniste puis de professeur de dessin, son expérience de syndicaliste et son engagement dans la Résistance l'ont conduit à se passionner pour l'architecture et sa dimension sociale. II est à l'origine des meilleurs programmes de reconstruction de l'après-guerre. Ennemi d'une architecture vernaculaire passéiste, il défend Auguste Perret, Jean Prouvé, Paul Nelson, Jean Dubuisson et se passionne pour les théories du Mouvement moderne.
    Sans lui, il est fort probable que l'Unité d'habitation de Marseille n'existerait pas, non plus que celle de Firminy. Car Claudius-Petit fut également le soutien sans faille et l'ami de Le Corbusier à qui, en tant que maire de Firminy, il passa commande d'une maison de la culture et d'une église. On trouvera l'écho de ses convictions inébranlables dans l'anthologie des textes écrits entre 1945 et 1975 et réunis pour la première fois ici.
    Cet ouvrage, illustré de documents souvent inédits ou rares, montre les relations qui se nouent entre architecture et urbanisme d'une part, et politique d'autre part - relations qui furent particulièrement étroites autour des grands enjeux de la Reconstruction au lendemain de la Seconde Guerre mondiale en France.

  • Drancy de Georges Horan est un manuscrit inédit récemment découvert par sa famille. Connu pour ses 56 estampes publiées en 1947 sous le titre Drancy, seuil de l'enfer juif (dont la réédition a lieu en parallèle par les éditions Créaphis), Horan livre ici un texte exutoire et cathartique rédigé dans les semaines qui suivent sa libération du camp en mars/avril 1943.
    La sincérité et l'immédiateté du texte lui confèrent une portée particulière. « Écrit pour [lui], pour [s]e libérer d'une obsession », ce texte à usage privé ne le force pas à l'optimisme, contrairement à sa correspondance avec sa famille. Il fait preuve d'humour, d'ironie et de lucidité, s'autorise un style très personnel qui ajoute à ce texte une indéniable dimension littéraire, rare pour ce type de document. Il s'agit de « fixer sur le papier » ce dont il fut le témoin au cours de son internement, débuté le 10 juillet 1942. Encouragé par René Blum, jeune frère de Léon, il a dessiné ces « choses vues » mais il les a aussi décrites.
    Ce texte inédit, qui documente notamment l'été 1942, une des pires périodes du camp, éclaire ses dessins d'un jour nouveau et donne des clefs de compréhension sur ce moment majeur pour l'histoire du camp de Drancy. Celui-ci devient alors le camp de transit de l'ensemble des camps d'internement des juifs de zone occupée, comme de zone libre, principalement vers Auschwitz-Birkenau. Son témoignage sur les déportations en gare du Bourget est exceptionnel : de « corvée de Bourget » il est « porteur de bagages » pour les départs et les arrivées. Thomas Fontaine, historien et directeur du musée de la Résistance national, développe en postface l'importance du rôle de cette gare dans le processus de déportation et de l'enjeu mémorial qu'elle constitue.

  • Original et essentiel dans la connaissance du camp de Drancy, le recueil de cinquante-six estampes de Georges Horan-Koiransky, Le Camp de Drancy, seuil de l'enfer juif publié en 1947 était à peine connu il y a seulement quelques années. N'ayant jamais fait l'objet de réédition depuis sa publication, seules quelques estampes extraites de ce livre étaient diffusées sans être présentées comme partie d'un tout.
    La réédition et l'analyse de son oeuvre ont été permises par la découverture de très nombreux croquis, esquisses et dessins préparatoires et du journal de Georges Horan-Koiransky (publié en parallèle par les éditions Créaphis). Ce foisonnement nouveau d'archives et d'informations et leur capacité à faciliter la compréhension d'une oeuvre à la fois douloureuse et elliptique nous ont amenés à réaliser une réédition augmentée des sources de ce « témoignage graphique » unique. En effet, ce récit dessiné sur Drancy, novateur et méconnu, constitue un document exceptionnel qui relate avec émotion et talent la misère quotidienne et l'effroi vécus par les internés et les déportés de ce camp majeur dans la persécution des juifs de France entre août 1941 et août 1944.
    La réédition respecte la conception originale de l'édition de 1947 et la reproduit intégralement mais dans une version augmentée avec un appareil critique et des documents inédits.
    Le livre est composé d'une préface de Serge Klarsfeld, qui rappelle toute l'importance de l'oeuvre de Georges Horan-Koiransky dans la connaissance du camp de Drancy ; d'une introduction générale de Benoît Pouvreau ; du fac simile de l'édition de 1947 et d'une analyse approfondie de l'oeuvre de Georges Horan accompagnée de dessins et croquis inédits et d'extraits du journal.

  • En mai 1944, Louis Aragon écrivait que le nom de Drancy faisait « frémir les Français les plus impassibles d'apparence ». Aujourd'hui, sur le site du camp par lequel sont passés 84 % des déportés juifs de France, une cité HLM côtoie un wagon et une statue monumentale, en vis-à-vis d'un musée-mémorial de la Shoah. Drancy a conservé en effet sa vocation initiale de logement social tout en devenant le lieu de mémoire central de la Shoah en France.
    C'est l'histoire complète de ce lieu qui est retracée dans ce livre. Elle démarre avec le projet architectural d'avant-garde des années 1930 et les « premiers gratte-ciel de la banlieue parisienne » ; elle relate le passage par ce camp improvisé des prisonniers de guerre français, puis des civils britanniques et canadiens. Elle évoque toutes les étapes administratives et policières qui ont accompagné la création puis la vie du « camp des Juifs » et le rôle des acteurs de cette triste histoire - les Allemands, les Français ; elle décrit la vie quotidienne des victimes juives, avec ses grandeurs et ses faiblesses.
    C'est l'histoire complète de ce lieu car elle dépasse les limites du camp pour en saisir la résonance au coeur des familles juives d'internés et dans toute la France ; pour y suivre, après la Libération, les suspects de collaboration ; pour en analyser les péripéties mémorielles depuis 1945.
    C'est l'histoire complète de ce lieu, enfin, car un grand nombre d'illustrations exceptionnelles accompagnent un récit fondé sur des documents largement inédits et extraordinairement émouvants.

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