• Mars 1825 : le théâtre de Weimar brûle. Goethe, qui l'a fait construire puis l'a dirigé pendant près de trente ans, voit dans cet incendie « le bûcher de ses souvenirs », et sans doute aussi la prémonition de sa propre mort. On peut en lire la confidence dans les Conversations de Goethe avec Eckermann, livre étonnant qui décrit jour après jour les dernières années de la vie du plus grand écrivain allemand.
    Mais Eckermann a-t-il tout dit ? Il semble bien que non. Un témoin jusqu'ici méconnu prend la plume et raconte. On découvrira dans son récit, retrouvé après plus d'un siècle et demi d'oubli, un Goethe-Phénix qui renaît de ses cendres, rêve un théâtre entièrement nouveau, et convie quelques amis, au nom de cette utopie, à une cérémonie secrète, « car lorsqu'un malheur survient, lorsque la mort nous frappe, lorsque la destruction nous menace, il importe de réaffirmer au plus vite les forces de la vie. C'est pourquoi j'avais besoin de vous aujourd'hui : pour que nous formions un cercle enchanté ».

  • L'isolement

    Jean-Yves Masson

    À la veille de la seconde guerre mondiale, un jeune journaliste français qui a choisi de vivre en Grèce, par désir de renouer avec une partie de ses origines, fait la connaissance d'une jeune femme à laquelle il lie son destin. À sa suite, il connaîtra la relégation en Crète, dans un village de la côte orientale où tous deux sont assignés à résidence par la dictature de Métaxas, puis le séjour sur une île fortifiée où vivent en exclus des lépreux isolés du reste du monde.
    Le récit traversé de mythes et d'images obsédantes que Michel, au soir de sa vie, tire des années passées auprès de Marina, peut se lire comme le roman d'un amour, mais aussi comme une méditation sur le temps, la maladie, la mort et l'exclusion, ou comme la métaphore des réalités les plus contemporaines.

  • " Il fallait qu'un poète, au début du vingtième siècle, courût le risque de renoncer volontairement à la poésie pour qu'apparussent pleinement les enjeux de cet acte de langage et de conscience que l'on nomme un poème. " Poète et traducteur, Jean-Yves Masson propose ici une interprétation du destin créateur de Hugo von Hofmannsthal (1874-1929), l'un des grands auteurs viennois du tournant du siècle dernier, dont l'itinéraire poétique fut aussi bref qu'intense. Pourquoi Hofmannsthal a-t-il cessé d'écrire des poèmes pour se consacrer au théâtre et à la prose ? Pour comprendre les raisons de ce renoncement, l'essai que voici s'attache à une lecture de l'ensemble de l'oeuvre poétique dont une traduction complète paraît simultanément dans la même collection.

  • De lourds oiseaux de nuit passaient avec un froissement d'ailes dans le noir ; la lune commençait à baisser et sa clarté se voilait maintenant derrière des nuages. Aurore ne voyait plus bien où elle mettait les pieds. Elle trébucha à plusieurs reprises, poussant un cri chaque fois qu'une branche venait à lui griffer le visage. La nuit semblait interminable, et le matin ne s'annonçait toujours pas.
    Aurore avait maintenant très soif et s'aperçut qu'elle n'avait même pas songé à emporter de quoi boire ; la gorge sèche, elle eut l'impression qu'elle allait mourir là, sans avoir découvert le secret des larmes.
    - Hélas, ma mère, mon père bien-aimés, s'écria Aurore, que n'êtes-vous auprès de moi pour me guider ? Où êtes-vous à présent ? Voyez-vous votre fille qui cherche sans la trouver la fée qui préside à toute naissance ? Ne pouvez-vous me faire un signe qui me mette sur le chemin ? Que ne donnerais-je pour pouvoir verser une larme ! Et comme j'ai soif !

  • Qu'ils y reviennent ou le quittent sans espoir de retour, qu'ils en poursuivent le souvenir ou cherchent à lui échapper, qu'ils y vivent seuls ou dans le huis clos infernal d'une famille, les personnages de ce livre affrontent le secret de leur existence à travers un lieu auquel ils sont liés - maison, jardin, contrée ou île. Tous font l'expérience cruciale du rêve qui bouleverse leur destinée et les arrache à eux-mêmes pour les projeter dans l'énigme du monde. Pour le meilleur et pour le pire, les uns lucides, les autres non, de bonne ou de mauvaise foi, héroïques ou lâches, ils ont choisi d'habiter la maison de l'écriture pour arracher au silence un peu de l'inconnu qui est en eux.

  • Variante moderne du mythe de Prométhée, reconnaissable à ce désir d'envol vers les hauteurs, à la poursuite de savoirs et de pouvoirs interdits, le mythe de Faust n'a jamais été plus vivant qu'aujourd'hui. La définition de l'homme occidental comme « l'homme faustien » est vraiment d'actualité à l'heure des manipulations génétiques et des interrogations sur les limites éthiques imposées à la science.
    Partout où l'homme est en mesure de toucher avec crainte à sa propre essence et de franchir les limites qui lui ont été imposées par la nature, partout où la Volonté de Savoir rencontre le Désir, partout où la connaissance a, en quelque façon, partie liée avec la maîtrise de soi et d'autrui, la figure de Faust rôde. La variété des approches - critique, littéraire, musicale, philosophique, psychanalytique - des textes réunis ici permet de mieux saisir les enjeux qui sont demeurés fondamentaux de 1587 à aujourd'hui, et d'expliquer la présence obsédante de cette figure dans notre imaginaire.

  • J'aimerais être ce poème entendu en rêve que tu lisais, ce soir brûlant, dans mon sommeil.
    Ah, j'aimerais que tu m'entendes, ô simulacre devant moi pâle, et que mes cris te fassent peur ! Eblouis-moi de ce secret que tu m'imposes, de ton silence, ô devant moi évanescente ! Demeure, solitaire, et parle-moi. Souris-moi encore comme là-bas, au pays vague, amie de la lumière, ombre perdue, que je reconnaisse ta voix ! En pleine nuit, dans l'entretien du songe, tu t'égares dans mon sommeil.

  • Une fin de nuit glauque, dans un " cabaret de la dernière chance ", Julian, sorte d'ange de la désolation à la Kérouac, tombe sur une femme, Rebecca. Ou plutôt, c'est elle qui s'abat sur lui, bouche ouverte et carte de crédit levée : une cougar. Les voilà partis, tous les deux, dans la vache de vie, épaule contre épaule. Elle, belle, sensuelle, " pétée de thunes " ; lui, avec juste " sa bite et son couteau ". Et, puisqu'il va se révéler un étalon au lit, pourquoi ne pas le louer à des dames de la haute prêtes à payer le prix fort pour goûter à sa divine queue ? C'est le deal que Rebecca propose à Julian : elle sera la maman, lui la putain.
    C'est ainsi que vous aurez droit au récit détaillé, d'une obscénité sans limites, de toutes les rencontres sexuelles de Julian. Se succéderont Marie-Odile, Nadine et sa soeur, Bénédicte-Bienvenue, dite BB, Hannabelle, Viviane, Christine, Salima, Melody, Marie et Antoinette, Sylvia et Liorah... nous en passons, des vertes et des trop mûres... Gaude !

  • La psychanalyse est née de la pratique d'une médecine à visée mentale, à l'époque où n'existaient ni médicaments ni imagerie cérébrale fonctionnelle.

    Comment, un siècle plus tard, est-il possible d'articuler les différents savoirs acquis sur le fonctionnement de l'esprit et du cerveau ? Comment relier ces deux objets d'études irréductibles qui doivent pourtant bien avoir quelque chose en commun: esprit et cerveau, psyché et soma ? Comment bâtir un modèle intégré des opérations de pensée compatible avec l'état actuel des connaissances et de la science ? Comment tisser des liens entre psychiatrie clinique, neurophysiologie et psychanalyse afin de mieux comprendre sa propre pratique médicale ?

    Cet ouvrage propose des allers-retours entre logiques scientifique, médicale, et logique psychanalytique.

    /> L'ensemble des textes tend à démontrer la pertinence, mais également les enjeux, à promouvoir aujourd'hui une telle interdisciplinarité dans l'exploration des opérations de la pensée, du cerveau et de l'esprit.

    Cette interdisciplinarité se situe aux confluents de la psychanalyse, de la psychiatrie pharmacologique, de la philosophie du langage ordinaire et des neurosciences.

  • Le choix esthétique du fragment, de la forme courte ou inachevée, reflète l'éclatement du monde dont Beer-Hofmann se sentait le témoin. Il est l'un des derniers représentants de toute une classe de ces Européens qui certes avaient dans chaque pays des caractéristiques individuelles, mais dont les idées circulaient par-delà les frontières des Etats et des langues, avec la facilité du Weltbürger, du citoyen du monde.
    La disparition de ces "Européens de l'esprit" a sans doute été l'une des plus graves difficultés rencontrées par l'oeuvre de Beer-Hofmann après la Seconde Guerre mondiale, qui explique qu'elle soit passée à l'arrière-plan de l'histoire littéraire alors qu'elle mérite de figurer parmi les oeuvres essentielles. S'y ajoute la difficulté de classer une telle oeuvre : Beer-Hofmann est à la fois dramaturge, poète, romancier, essayiste.
    L'écrivain est pour lui "maître et serviteur des ombres", qu'il nourrit de son propre sang pour les remplir de vie : poésie, écriture dramatique, réflexion critique, écriture autobiographique ou narrative trouvent là leur point d'intime convergence. C'est pourquoi le présent volume comporte, en complément des poèmes dont c'est ici la première traduction française intégrale, les notes fragmentaires et aphorismes qui permettent de les saisir dans leur juste lumière : "Le poète, écrit Beer-Hofmann, donne un nom à une partie de l'éternel flux sans nom, il le détache du temps infini et de l'espace infini pour le poser dans la sphère de cristal close et flottante d'une existence qu'il doit créer".

  • Le climat scolaire est un champ vaste, qui touche l'ensemble des domaines auxquels on peut s'intéresser dans un établissement scolaire et qui concerne toutes les personnes : un climat scolaire serein et bienveillant participe au bien-être de chacun et à une amélioration des résultats scolaires. Audelà d'une meilleure régulation des comportements, le climat scolaire nous invite à revisiter ce qui est au coeur de notre métier : la pédagogie et l'éducation.
    Chaque établissement peut décider s'il veut éduquer à la sociabilité ou à la rivalité, à la confiance ou à la méfiance, à l'entraide ou à la concurrence, à la responsabilité ou à l'individualisme. En même temps qu'il oeuvre à l'instruction, à la préparation aux diplômes, à l'insertion professionnelle, chaque établissement scolaire et chaque adulte dans un établissement peut décider d'être porteur de valeurs qui fondent sa mission, de promouvoir l'égalité de tous à réussir, la solidarité et la fraternité, peut décider d'être un vecteur d'humanisation.
    Améliorer le climat scolaire, promouvoir la sécurité et la bienveillance, c'est oeuvrer finalement à une éducation humanisante et à la démocratie.

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