Littérature traduite

  • Désespéré, à bout de nerfs, un bloc de papier posé en équilibre sur sa valise, Benjamin R. Ford aurait aimé éviter de devoir brosser son propre portrait. À cinquante-trois ans, il a aussi prodigieusement raté sa carrière de poète que réussi celle d'alcoolique ; ses nuits héroïques de mondanité littéraire ne peuplent que ses rêves sur canapé clic-clac, il survit dans un deux-pièces sordide grâce à ses traductions, et les femmes de sa vie ont toutes claqué la porte, sauf sa mère, qui est schizophrène, impotente et sous sa responsabilité ! Vous avez dit désastre ? Benjamin R. Ford, dit Bennie, aurait également souhaité ne pas rendre de comptes sur le voyage qu'il entreprend, de New York à Los Angeles, mais le vol en correspondance étant retardé depuis des heures, il est bloqué à l'aéroport de Chicago, bouillant de colère et de frustration : cette fois, si sa dernière chance de ne pas complètement rater sa vie est en train de lui filer sous le nez, c'est uniquement la faute d'American Airlines, et par conséquent il va le leur faire savoir ! Le retard de cet avion n'est pas un contretemps : c'est un drame, une tragédie aux conséquences irrattrapables. Car assister à la cérémonie de mariage de sa fille, Stella, était le seul espoir pour Bennie d'établir enfin un semblant de relation avec elle, de se faire pardonner son absence, d'assumer son rôle de père avec une bonne vingtaine années de retard, de devenir enfin un homme, de prendre un nouveau départ. Or, précisément, ce départ est déprogrammé par la scandaleuse incompétence d'une compagnie aérienne ! Ce qui commence comme une lettre de réclamation pour obtenir le remboursement d'un billet à trois cent quatre-vingt-douze dollars et soixante-huit cents prend peu à peu la forme d'une confession emportée, furieuse et drôlissime, où tous les échecs d'une vie dansent une bacchanale frénétique pour être revisités dans une ultime tentative de libération.
    Courrier administratif détourné, Dear American Airlines prouve que l'écriture romanesque la plus créative a tout à gagner d'une forme épistolaire ici exploitée avec une imagination, une verve et une énergie exceptionnelles.

  • Si on devait imaginer le parfait espion, il prendrait certainement les traits d'Otto Katz : intelligent, séducteur et impitoyable.
    L'histoire d'Otto Katz (1893-1952), espion tchèque à la solde de l'URSS, nous plonge au coeur des enjeux politiques de la première moitié du XXe siècle. S'y croisent des personnalités flamboyantes, depuis les membres de l'avant-garde littéraire européenne jusqu'aux célébrités d'Hollywood en passant par les espions les plus importants du temps.
    Otto Katz a pris part à toutes les formes de la lutte antinazie, notamment par le biais de la propagande. En suivant ses pérégrinations entre Berlin, Paris, Londres, Barcelone, New York et Los Angeles, on comprend à quel point Staline a tenté d'influencer les opinions publiques.
    À travers les masques d'Otto Katz, c'est une histoire parallèle de l'époque qui se lit : la vraie nature de la guerre civile espagnole ; l'asservissement à l'URSS des communistes de l'Ouest ; le meurtre de Trotski ; les activités politiques peu connues de Marlene Dietrich. Otto Katz - Vies et mort d'un espion lève ainsi le voile sur ceux qui ont secrètement fait l'histoire.
    Survivant à tous les soubresauts de son temps, Otto Katz a finalement été piégé par la paranoïa du régime communiste. Victime des purges antisémites, son exécution en 1952 à l'issue du procès Slansky - le même qu'Arthur London a raconté dans L'Aveu - en fait l'une des ultimes victimes de Staline.

  • Je jette donc je suis. Et si nous étions tous les déchets de quelqu'un ? Un jeune couple squatte un apparte¬ment new-yorkais et vit de récup et d'eau fraîche ; un linguiste enlisé dans la crise de la cinquantaine jongle entre sa femme infidèle et l'Alzheimer de son père ; une veuve du 11 Septembre ¬s'inter¬roge sur son avenir et celui de sa famille recom¬posée. Leurs points communs ? Le désir et le rejet, qui les poussent - chacun à sa façon - à vouloir toujours plus, ou toujours moins, jusqu'à ce que leurs mondes délabrés en viennent à se frôler.
    A travers ces portraits de femmes et d'hommes jetés dans le monde, ces êtres aussi ¬magnifiquement banals et uniques que les détritus qu'ils produisent, Tu ne désireras pas est un miroir tendu où l'or le dispute à l'ordure. Satire acide de notre société, ce roman profond capture par sa langue ¬fascinante l'anxiété et le désespoir qui se dégagent de nos excès. Rédemption pleine de tendresse, Tu ne désireras pas de Jonathan Miles fouille néanmoins nos existences pour voir si dans les décombres il ne resterait pas quelques morceaux d'amour, encore fumants.

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