Entreprise, économie & droit

  • L'économie moderne, au moyen des contrats et du marché, évacue les relations personnelles directes. En garantissant une sécurité maximale, elle évite le contact avec les autres, qui est toujours source de blessures. Mais elle élimine aussi le bonheur de la rencontre avec l'autre.
    Un économiste napolitain du XVIIIe siècle, Antonio Genovesi, disait : « C'est une loi de l'univers que nous ne pouvons pas faire notre bonheur sans faire celui des autres. » Pour lui, la réciprocité (pas seulement la relation) est l'élément caractéristique de la socialité humaine. Cela est aux antipodes de la théorie d'Adam Smith (la recherche de l'intérêt personnel est la seule chose qui compte et, par une « main invisible », la satisfaction de l'ensemble des intérêts personnels contribue au bien commun).
    L'auteur développe les idées de Genovesi en expliquant un concept nouveau élaboré par des économistes contemporains : les biens relationnels, et leur corollaire indispensable : la gratuité.
    « Par gratuité j'entends l'attitude intérieure qui nous porte à approcher chaque personne, chaque être, et soi-même, en sachant que cette personne, cet être vivant, cette activité, ne sont pas des "choses" à utiliser, mais des réalités à respecter et aimer pour elles-mêmes. » Aujourd'hui, des expériences économiques ouvertes sur la gratuité du rapport avec l'autre peuvent fournir une issue hors de la crise que nous traversons. Ainsi pourrait se développer une « économie civile », à la recherche d'une vie plus humaine et plus heureuse, sans nier les difficultés et le risque qu'une telle opération porte en soi.
    Un livre qui donne des fondements pour un nouveau départ de l'économie et de la vie en société.

  • Un peu partout, on enregistre une aggravaon de la fragilité relaonnelle et émove des employés et les dirigeants des entreprises, surtout des grandes à dimension mondiale, souffrent de plus en plus d'anxiété, de dépression, de stress, d'insomnie.
    On trouve à la racine de ce nouveau mal-être au travail un véritable paradoxe. D'un côté, on interdit aux salariés l'usage de langages et émoons de la vie privée - on doit laisser à la porte des paroles comme don, reconnaissance, amié, pardon, gratuité, au mof qu'elles seraient inefficientes, et surtout dangereuses.
    D'un autre côté, pour séleconner et mover leurs managers, ces entreprises emploient les paroles mêmes des milieux familiaux, des relaons d'amié, d'idéal, éthiques, spirituelles. On parle d'esme, de mérite, de respect, de passion, de loyauté, de fidélité, de reconnaissance, de communauté, paroles et codes qui suscitent les mêmes dynamiques apprises et praquées dans la vie privée et familiale.
    Le grand danger des organisaons modernes du capitalisme se cache dans leur usage de registres symboliques et movaonnels similaires à ceux de la foi dans le passé, mais - là est le problème - en les dénaturant et en les redimensionnant radicalement.
    Si on les instrumentalise, les grandes paroles de la vie ne portent pas de fruit. Elles ont besoin de grands espaces, d'être accueillies dans leur complexité, et surtout leur ambivalence, qui fait qu'elles sont vivantes, vraies, capables de générer.

empty