• Ce troisième volume des Réflexions regroupe les Cahiers XII à XV dont la rédaction court de 1939 à 1941. Comme les précédents, il témoigne de l'approfondissement décisif que connaît la pensée de Heidegger dans les années 1930 : non à la manière d'un « journal philosophique » écrit en contrepoint de l'oeuvre, mais plutôt d'un espace de travail et d'écriture où s'exerce ce qu'il nomme quelques années plus tard « un regard au coeur de ce qui est ». S'y répondent les différents chemins explorés par cette pensée, toujours à nouveau repris d'un pas qui change librement de rythme et d'allure : la préparation d'un autre commencement dont l'enjeu est une métamorphose de l'être humain dans son rapport essentiel à l'être ; la remémoration du premier commencement grec où s'est initialement exposé ce rapport ; enfin, la méditation de l'histoire de ce premier commencement, histoire dont l'achèvement dessine le visage de notre époque, celui d'un monde soumis au déchaînement uniforme de la puissance. Au moment où les événements prennent en Europe un tour terriblement dramatique - le déclenchement de la guerre, le pacte germano-soviétique, l'attaque allemande en Russie -, les Réflexions consignées dans ces quatre Cahiers font face à cet inquiétant visage du monde, avec angoisse mais sans aucune déploration stérile, attentives avant tout à entendre, en retrait du vacarme public, « le bruit et la germination du temps » dont parlait Ossip Mandelstam.

  • être et temps

    Martin Heidegger

    " l'essence de l'homme se détermine à partir de la vérité de l'être, laquelle se déploie en son essence du fait de l'être lui-même.
    " ce que tente de faire le traité intitulé etre et temps, c'est de partir de la vérité de l'être - et non plus de la vérité de l'étant - pour déterminer l'essence de l'homme en ne la demandant à rien d'autre qu'à sa relation à l'être et pour concevoir en son tréfonds l'essence de l'homme, elle-même désignée comme da - sein au sens clairement fixé à ce terme.
    En dépit du fait qu'un concept plus original de la vérité ait été simultanément développé, parce qu'il était devenu intrinsèquement nécessaire, et depuis maintenant treize ans que le livre est paru, il n'y a pas eu la moindre trace qu'un minimum d'entente se soit produit à l'égard de cette mise en question. si elle est restée sans écho, il y a à cela deux raisons. d'une part l'habitude d'ores et déjà invétérée, et qui tend même à s'implanter définitivement, à penser de la manière moderne - l'homme est pensé comme sujet ; toute réflexion sur l'homme est entendue comme anthropologie.
    Mais, d'autre part, l'incompréhension tient à la tentative elle-même qui pourrait bien tirer de l'histoire sa sève et sa vigueur sans rien en elle de " fabriqué ", qui provient de ce qui a prévalu jusqu'ici mais lutte pour s'en extraire et par là renvoie nécessairement et constamment à cette tradition et l'appelle même à l'aide (cf. ce que le livre sur kant entend par " métaphysique du dasein ") pour dire tout autre chose.
    Mais surtout ce chemin s'interrompt à un endroit décisif. interruption qui s'explique du fait que, malgré tout, la tentative faite dans cette voie court, contre sa volonté, le danger de n'aboutir qu'à renforcer encore la subjectivité et à empêcher pour ainsi dire elle-même le dépassement du point de non-retour ou plus exactement : la présentation où elle atteindrait ce à quoi elle tend par définition.
    Toute orientation vers l' "objectivisme " ou le " réalisme " demeure du " subjectivisme " ; la question de l'être n'est que dans la relation sujet-objet. "

  • Ces six textes sont six chemins qui s'enfoncent dans le domaine inexploré de la pensée.

  • Ce cours, professé en 1935, est un jalon important entre etre et temps et l'oeuvre ultérieure de heidegger.
    Son originalité consiste à présenter la métaphysique à partir de corrélatifs traditionnels de l'être : devenir, apparence, pensée, valeur.
    Le tiers du volume est consacré à l'opposition de l'être et du penser, décisive pour le destin de l'occident. nous voyons en effet comment celui-ci est lié à la naissance de la métaphysique et à son déclin, déjà présent en germe dans le " grand commencement " grec.
    Des interprétations d'héraclite, de parménide et même de sophocle nous montrent la pensée originelle comme une violence productrice qui fait paraître l'être (la physis) dans le recueillement du logos, et la fin du cours évoque, chez platon déjà, la séparation qui s'opère entre l'être et ses corrélats et finira par réduire l'être à l'étant et la pensée au point du vue.

  • «L'intérêt de cet ouvrage qui a précédé immédiatement la méditation de Sein und Zeit est aujourd'hui, de l'avis même de son auteur, d'illustrer la constance dans son oeuvre d'une double préoccupation : le problème de la langue et le problème de l'être. Jeune philosophe, il a déjà publié une thèse de doctorat concernant la logique. Mais sa thèse d'habilitation, que voici, le montre aux prises avec le projet d'une instauration radicale de la philosophie.» Bulletin Gallimard n°239, hiver 1970.

  • Rédigé à la suite des Apports à la philosophie à la fin des années 1930, le texte publié sous le titre Méditation est une pièce maîtresse du chemin de pensée sur lequel Heidegger s'est engagé après ce qu'il est convenu d'appeler le « tournant ». La question de l'être reste bien la question centrale, mais elle est abordée ici dans une perspective originale en sortant du cadre initial de l'ontologie fondamentale et de l'analytique existentiale pour entrer dans le champ de l'histoire de l'Être. L'ouvrage fait à cet égard partie d'un ensemble de traités dits « historiaux » qui déclinent une pensée désormais cardinale, la pensée de l'histoire de l'Être. Conduit par cette pensée, Méditation met au jour les présupposés philosophiques de la modernité qui sont aussi et plus généralement ceux de la pensée occidentale depuis son premier commencement grec, et au premier rang desquels figure la Machenschaft, la fabrication. On voit en même temps se mettre en place les thèmes qui prendront une importance de plus en plus grande dans l'oeuvre heideggérienne, comme la question de la technique ou de la structure quadripartite du monde où se croisent le ciel et la terre, les divins et les mortels.
    À travers toutes ces analyses, Heidegger entend oeuvrer au dépassement de la métaphysique et préparer l'avènement de l'autre commencement, un commencement promis à la pensée depuis son premier matin mais qu'elle a manqué sans le savoir ni le vouloir. Cette préparation est en même temps celle d'une décision, la décision de se mettre pour une fois à l'écoute de l'Être et de sa vérité en étant délivré des mirages de la fabrication et de ses productions.
    Cette décision cependant, et c'est là au fond la grande leçon de Heidegger, ne peut pas être entièrement la nôtre, cette décision est d'abord et avant tout celle de l'Être lui-même qui, en tant qu'Ereignis, peut seul nous permettre d'entrer en possession de notre propre être en nous reconduisant là où nous avons depuis toujours notre séjour.

  • Prononcée plusieurs fois en 1935 et 1936, cette conférence sur l'oeuvre d'art est un texte majeur de Martin Heidegger (1889-1976), l'un des philosophes les plus importants et les plus controversés du XXe siècle. La version que nous publions est inédite en français : c'est celle de la première conférence prononcée. Heidegger y déconstruit le concept d'art tel qu'il est hérité de la tradition idéaliste platonicienne, pour ouvrir une compréhension de l'art radicalement neuve. Elle s'inscrit dans le contexte de la montée en puissance du nazisme, dont Heidegger avait d'abord été partie prenante, en tant que recteur de l'université de Fribourg jusqu'en avril 1934, mais ne saurait en aucun cas se réduire à un texte nazi. Dès sa lecture approfondie de Hölderlin en 1934-1935, Heidegger s'engage dans ce qu'il nomme lui-même un « tournant », qui l'éloigne à la fois de ses écrits de jeunesse et de son engagement politique. Sa pensée n'en garde pas moins une ambition immense, en cherchant à ouvrir une nouvelle histoire pour l'humanité.

  • "Il ne suffit pas d'échanger les mots grecs contre d'autres mots d'autres langues, même bien connus. Nous devons bien plutôt nous laisser dire par les mots grecs eux-mêmes, ce qu'ils désignent, eux". Cet ouvrage présente le texte de deux cours tenus à l'université de Fribourg durant le semestre d'hiver 1951-1952 et le semestre d'été 1952. Apprendre à penser, tel était le but du philosophe et cet apprentissage passe par des détours insolites, nous rapproche de la poésie, nous invite à "revenir à l'aurore de la pensée occidentale", en particulier au célèbre fragment VI du Poème de Parménide.

  • Questions i et ii

    Martin Heidegger

    Questions, tel est le titre, choisi par Martin Heidegger lui-même, pour le recueil de ses opuscules.
    La question, c'est la recherche précaire en vue de correspondre, c'est-à-dire de répondre à ce qui nous met en question, et nous tient ainsi suspendus dans la dimension salutaire de l'interrogation.
    Questions rassemble les textes les plus théoriques de Heidegger concernant la question de la pensée. Depuis Vom Wesen des Grundes (1929) jusqu'à Zur Seinsfrage (1935), c'est, en effet, au développement de la question de l'être que travaillent ces textes. Ce volume recueille également des contributions où Heidegger tente de prendre en vue la philosophie comme « libre succession » des divers systèmes philosophiques (Platon, Kant, Hegel), en deçà de leur enchaînement historique.

  • Ce volume comprend les cinq premiers des trente-quatre Cahiers rédigés par Heidegger depuis le début des années 1930 jusqu'à la fin de sa vie (la série commence en fait au deuxième de ces Cahiers, le premier ayant été perdu).

    Les «Cahiers noirs» ou «Cahiers de travail» (ainsi Heidegger les dénommait-il lui-même d'après leur fonction ou la couleur de leur reliure) occupent une place singulière dans l'ensemble de ce qu'a écrit l'auteur. Son souhait de les voir publiés après que fut achevée l'édition intégrale de ses oeuvres signifie qu'il a voulu laisser aux lecteurs soucieux de comprendre sa pensée un moyen d'en appréhender le travail au plus près de son élaboration.

    La publication de ces Cahiers permet-elle de mieux connaître Heidegger? Certainement pas, si l'on entend par «connaître» le fait d'entrer dans l'intimité d'une personne. On ne trouvera pas trace d'une quelconque confidence dans ces pages. En revanche, on y verra à l'oeuvre l'effort sans relâche d'un philosophe pour reprendre et préciser sa pensée. Les Cahiers commencent au moment où Heidegger entreprend d'approfondir la position conquise avec Être et Temps (1927). Ils permettent de suivre l'aventure intellectuelle qu'allait représenter pour lui la découverte déconcertante de ce qu'il finirait par appeler «l'histoire de l'être».

  • Questions iii et iv

    Martin Heidegger

    Questions iii rassemble des textes très différents dans leur forme.
    La " poésie " philosophique du chemin de campagne, de l'expérience de la pensée et de sérénité constitue une innovation stylistique en un sens éminent puisqu'il s'agit d'un langage qui entend " dépasser " le discours de la métaphysique. la lettre sur l'humanisme est un traité fondamental oú heidegger clarifie sa position par rapport à l'existentialisme et au marxisme - c'est ce texte qui a inspiré tout le courant français marqué par althusser, foucault, lacan et derrida.

    Questions iv offre les textes à travers lesquels heidegger a cherché à prolonger comme à dépasser ce qu'il avait atteint avec etre et temps : c'est ainsi qu'on lira le tournant, temps et etre ou la fin de la philosophie et la tâche de la pensée. en outre, on trouvera dans ce recueil les protocoles des séminaires que heidegger accepta de faire au thor, en 1966, 1968 et 1969, à l'invitation de rené char.

  • Cette oeuvre de martin heidegger constitue l'étape ultime d'un long itinéraire de pensée.
    Commencé en 1916 (doctrine des catégories et de la signification), il s'est révélé de plus en plus distinctement, au cours des années et des oeuvres, comme orienté vers la relation qu'entretiennent, depuis leur origine, être et parole.
    Six textes jalonnent cet acheminement : la parole, la parole dans le poème, d'un entretien de la parole, le déploiement de la parole, le poème, le mot, le chemin vers la parole (quatre conférences, un essai et un dialogue).
    Le titre nomme une insigne expérience de la parole. comprenons d'abord : l'expérience que fait la pensée face à la parole. " faire une expérience, dit le livre, c'est atteindre quelque chose en passant par un chemin. " ce qui est atteint dans cet acheminement de la pensée à la parole, c'est une vue de la parole. en cette vue, la parole ne se distingue plus de son déploiement, de la manière dont elle vient à être.
    Acheminement vers la parole, dès lors, ne signifie plus l'itinéraire emprunté par la pensée pour venir en face de la parole, mais, à proprement parler, le " mouvement " dont la parole est l'aboutissement.
    Tout le livre culmine dans la tentative de dire la nature de ce " mouvement ", autrement dit : comment s'appelle cela, qui chaque fois et toujours s'achemine vers la parole.

  • En 1964, à l'occasion de l'inauguration d'une exposition de sculptures, Heidegger prononce une allocution où il s'attache à préciser les relations entre art et espace, sculpture et espace, homme et espace. Dans une langue très simple, il tente de capter et de décrire le mouvement par lequel l'espace se fait espace, par lequel l'homme s'aménage un espace et aménage l'espace. Il précise également les relations entre le lieu et l'espace, le lieu et l'étendu, le lieu et la distance mesurable. Cette description où chacun ne pourra manquer de reconnaître sa propre expérience possède en outre le mérite d'introduire aussi clairement que possible au coeur de la pensée d'Heidegger, à savoir au rapport de l'homme à l'être et de l'être à l'homme.

  • Les Cahiers repris dans ce volume, rédigés en 1938-1939, tournent principalement autour du thème de «l'autre commencement » que, selon Heidegger, la philosophie a pour tâche de préparer, à l'heure de «l'achèvement des Temps nouveaux», où le règne de la métaphysique de la subjectivité porte le «premier commencement», le commencement grec, à sa complète expression. Cela se manifeste en particulier dans «la réduction de l'homme à lui-même», à son animalité et à sa rationalité qui non seulement se conjuguent, mais se renforcent l'une l'autre. Les débordements politiques de l'âge des masses, à commencer par le national-socialisme, en procèdent en ligne directe.
    Là est l'enjeu «historial» de l'époque pour la pensée, enjeu que Heidegger s'emploie à faire ressortir contre l'aplatissement de «l'histoire historisante». Au-delà du déploiement de l'efficience généralisée, il y va de la «Décision» ouvrant sur la vérité de l'essence de l'homme dans sa relation à l'être.

  • Heidegger a consacré de nombreux développements, réflexions, notes, projets, ébauches à des questions sur lesquelles sa pensée a marqué la philosophie du XXe siècle : l'essence de la technique moderne, son rapport à la métaphysique de la puissance et au programme d'objectivation de l'être par la science. On y découvre Heidegger au travail, documentant certains processus techniques concrets en s'appuyant sur des écrits d'ingénieurs, élaborant la différence entre science et méditation au fil d'une relecture de Descartes, interrogeant le rapport de l'humanité au processus technique. Inscrits pour la plupart dans la période critique des années trente - le volume regroupe vingt-quatre textes inédits en français publiés entre 1935 et 1945 -, ces écrits font signe vers les essais les plus fameux d'après guerre, La Question de la technique ou Science et Méditation.

    La pensée de Martin Heidegger (1889-1976), dont l'oeuvre publiée traverse le XXe siècle, a profondément marqué la philosophie des dernières décennies tout en étant régulièrement l'objet de vifs débats en raison de l'engagement, un temps, du philosophe en faveur du parti national-socialiste.

    Traduit de l'allemand sous la responsabilité de Dominique Pradelle.

  • Ce livre reprend le texte d'un cours professé à l'université de fribourg-en-brisgau à partir du 5 septembre 1935 et durant le semestre d'hiver 1935-1936 sous le titre questions fondamentales de métaphysique.

    Il s'agit donc d'un exposé de l'analyse philosophique de la réalité - avec sa culmination dans l'analytique de l'objectivité chez kant. si l'on songe qu'avec kant, la philosophie atteint et détermine définitivement le concept d'être qui régit désormais non seulement la pensée, mais l'entreprise de l'homme moderne, on doit conjecturer que le présent livre ouvre la possibilité de comprendre quelque chose à notre époque - définie par ailleurs comme " époque de l'achèvement de la métaphysique ".

    Près de cent pages sont consacrées à présenter la critique de la raison pure - et spécialement l'analytique transcendantale. dans ce travail, oú heidegger déploie toute la puissance de son questionnement, kant apparaît à nouveau (six ans après le livre kant et le problème de la métaphysique) comme le philosophe-charnière de la pensée occidentale moderne, et le débat avec kant comme la tâche centrale d'une pensée qui se prépare à sortir de la métaphysique.

  • Le principe de raison

    Martin Heidegger

    C'est Leibniz qui, pour la première fois, a exposé, en le formulant, le principe de raison comme principe fondamental de toute connaissance et de toute science. Il le proclame avec beaucoup de pompe en maints endroits de ses ouvrages, en affectant un air important et en faisant comme s'il venait de l'inventer ; cependant, il ne sait rien en dire de plus, si ce n'est que, toujours, chaque chose sans exception doit avoir une raison suffisante d'être telle qu'elle est et non pas autrement ; ce qui cependant devait bien être, avant lui, de notoriété publique. » Dans ces lignes de sa Dissertation de 1813 (De la quadruple racine du principe de raison suffisante), Schopenhauer dégage bien le mystère singulier du principe de raison : le fait qu'il n'est énoncé comme principe qu'à la fin du XVIIe siècle, et que cependant il devait bien, en un sens, être connu de tous dès l'origine de la philosophie. Que signifie donc, se demande Heidegger, l'interminable « temps d'incubation » qui sépare l'origine de la philosophie de l'énoncé du principe de raison ? Si le principe de raison attend si longtemps dans l'ombre la possibilité de voir le jour, quel est alors le secret de sa naissance, et d'où vient la raison ?

  • Dès les origines, la philosophie, en cherchant à déterminer sa voie propre, n'a pu s'affranchir complètement de la poésie. Platon, bannissant les poètes de sa cité idéale, était le premier à puiser chez Homère, à nourrir de poésie la puissance de son style. Les quatre textes réunis par Heidegger sous le titre original d'« Éclaircissements sur la poésie de Hölderlin » obéissent à une volonté d'exploration du lien et de la relation qui, bien en deçà de la rencontre entre une philosophie et une poésie - où l'interprétation philosophique convoque la poésie à titre d'instrument au service d'objectifs qui lui resteraient propres -, ont toujours été déjà établis dans le tissu même du langage. Prises à la source originelle du sens, conception théorique et conception poétique sont voisines et parfois indistinctes. L'interprétation philosophique de Heidegger cherche donc à retrouver dans la poésie de Hölderlin ce que le poète a su, plus originellement que le penseur, de l'histoire de l'être, dans une intimité moins envahie par le discours de la métaphysique. L'humilité de la pensée voit alors se déplyer, face à sa patience, la richesse d'un jaillissement originel.

  • On sait l'importance de la réflexion sur les penseurs présocratiques dans la philosophie de Heidegger. Le cours traduit ici, datant de 1932, s'il n'est pas le premier à en faire mention, est le premier, en revanche, à les aborder sous l'angle du Commencement qui s'y joue. Cest ce motif du commencement qui oriente la lecture que Heidegger entreprend de la très courte et dense «parole d'Anaximandre» et des fragments qui nous sont parvenus du poème de Parménide d'Élée.
    Cette explication avec le commencement de la philosophie occidentale ne cessera plus, dès lors, d'accompagner le cheminement de la pensée de Heidegger. Elle constituera un second foyer de l'oeuvre heideggerienne, après Être et temps : la recherche d'un autre commencement.

  • Kant et le problème de la métaphysique n'est pas une excursion de heidegger hors de ses propres recherches.
    Ce n'est pas un livre d'histoire au sens positiviste. heidegger s'attache consciemment à un kantisme possible devant lequel kant lui-même aurait reculé après la première édition de la critique de la raison pure. il s'agit donc d'une lecture de kant par heidegger, d'une reprise ou " répétition " qui dépasse autant qu'elle conserve.
    Démarche qui n'est présomptueuse qu'en apparence. on peut la justifier même sur le terrain de la pure histoire.
    Car c'est ainsi que chacun lit. l'historien " objectif ", qui veut s'en tenir aux textes et au sens manifeste, métamorphose et peut-être détruit les philosophies en les privant de leur mouvement intérieur vers le vrai. une philosophie peut bien devenir, en s'enfonçant dans le passé, grimoire, empreinte, textes : écrire l'histoire de cette philosophie sera toujours en recommencer l'entreprise. il n'y a d'histoire de la philosophie que pour un philosophe.

    La confrontation avec kant montre que heidegger cherchait à fixer non seulement la situation de l'homme souffrant, mais aussi bien celle de l'homme connaissant et ouvert à une vérité. il ne peut plus être question d'anthropologie au sens ordinaire du mot quand l'homme précisément est défini par une relation qui n'a d'analogue ni dans le monde, ni dans la vie, ni dans le " psychisme " : comme révélateur de l'être, ou même comme le lieu métaphysique oú l'être se manifeste à lui-même.
    On voit ici sans équivoque que l'incarnation et l'historicité ne remplacent pas la vérité, mais la réalisent.

  • Qu'est-ce que philosopher en temps de crise ? Suffit-il de recourir aux « valeurs » pour échapper à la détresse du présent ? Quels sont les liens entre la pensée, la science et la vie ?

    Ces questions sont au coeur des deux premiers cours de Martin Heidegger prononcés à l'université de Fribourg en 1919, au lendemain de la défaite allemande. Ces leçons marquent la toute première expression publique d'une pensée qui cherche les mots pour se dire et une méthode pour accéder à son domaine. Le jeune Heidegger débat avec ses contemporains, surtout les philosophes néokantiens, de la notion de « culture » qui a perdu de son évidence après quatre années de déferlement de violence. De là l'ébauche d'une réflexion sur l'essence de l'Université qui trouvera son achèvement catastrophique dans le Discours du rectorat de 1933. Derrière la critique du concept de la culture et des « valeurs » pointe pourtant déjà le souci de rapporter la philosophie au vécu dans sa dimension quotidienne, le plus souvent occultée par la théorie de la connaissance. Au-delà du contexte historique, ces cours annoncent sur un mode clair et pédagogique les gestes théoriques qui seront déployés dans Être et Temps (1927) : déconstruction de la tradition philosophique, interrogation sur le sens de l'historicité, analyse de la vie facticielle (qui ne se nomme pas encore « existence »), souci de retour aux « choses mêmes » par-delà les objectivations de la science, lien essentiel entre le sujet et le monde. À ce titre, ces cours constituent un document exceptionnel pour approcher une oeuvre aussi essentielle que controversée.

    Traduit de l'allemand par Sophie-Jan Arrien et Sylvain Camilleri.

  • Ce cours porte un double titre. Le second, Introduction au coeur de la recherche phénoménologique, en livre davantage la teneur que le premier, Interprétations phénoménologiques en vue d'Aristote, expression d'une intention initiale quelque peu perdue de vue en cours d'exécution. Il a été tenu par Heidegger, alors Privatdozent à l'université de Fribourg-en-Brisgau durant le semestre d'hiver 1921-1922. Il s'inscrit donc dans la série des premiers cours qui nous font découvrir dans ses linéaments, ses soubassements, ses errances et ses percées, la pensée de Heidegger avant qu'il ne devienne le maître consacré par la publication d'Être et temps.
    Le cours s'annonce et commence de façon très classique comme un cours sur Aristote, mais après quelques pages, il n'en sera plus question. Ce changement de direction est l'expression d'une urgence existentielle qui exige que soit d'abord définie la philosophie. Pour la première fois est formulée ici la question du sens de «être». Mais cette urgence demande également que soit élucidée la situation très concrète de celui qui fait de la philosophie. D'où les deux parties du cours : une première qui porte sur la définition de la philosophie et une seconde consacrée à montrer ce qu'est la vie effective, la vie selon le souci avec ses structures existentielles. Bref, les «interprétations phénoménologiques» en vue d'Aristote doivent commencer par une initiation portant au coeur même de la phénoménologie et de ses enjeux existentiaux.

    Traduction de l'allemand par Philippe Arjakovsky et Daniel Panis.

  • " Notre pensée d'aujourd'hui a pour tâche de penser de manière encore plus grecque ce qui fut pensé de manière grecque", confiait Heidegger dans son dialogue avec un interlocuteur japonais.
    Cet effort livre à l'ensemble de ce cours sur Parménide son itinéraire propre, au fil d'une méditation de la pensée grecque qui fait appel autant à Homère, Hésiode, Pindare, Sophocle et Platon qu'au Poème de Parménide. Réaccomplissant le voyage du penseur jusqu'à la demeure de la déesse qui l'accueille, au seuil du Poème, il introduit en même temps à ce qui forme le coeur de la pensée de Heidegger, c'est-à-dire le rapport de l'être à l'homme et de l'homme à l'être.
    "Le dialogue avec Parménide ne prend pas fin", notait Heidegger au terme du texte consacré au penseur grec dans les Essais et conférences, " non seulement parce que, dans les fragments conservés de son Poème, maintes choses demeurent obscures, mais aussi parce que ce qu'il dit mérite toujours d'être pensé. Mais que le dialogue soit sans fin n'est nullement un défaut. C'est le signe de l'illimité qui préserve, en lui-même et pour la pensée qui revient vers lui, la possibilité d'une mutation du destin.
    "

  • Sous le titre Phénoménologie de la vie religieuse, choisi par Heidegger lui-même pour remplacer le titre Phénoménologie de la conscience religieuse, l'ouvrage regroupe trois séries de textes : le cours « Introduction à la phénoménologie de la religion » professé durant le semestre d'hiver 1920-1921 à l'université de Fribourg-en-Brisgau et centré sur les Epîtres de saint Paul ; le cours « Augustin et le néoplatonisme », professé pendant le semestre d'été 1921 ; un cours sur la mystique médiévale annoncé pour le semestre d'hiver 1919-1920, mais qui ne fut pas donné.
    Une phrase résume l'esprit dans lequel est conduite cette exploration : « L'autonomie du vécu religieux et de son monde doit être envisagée comme une intentionnalité absolument originaire, comportant un caractère d'exigence absolument originaire ; tout aussi originaire est sa teneur mondaine et axiologique spécifique. » Ces textes très riches ne montrent pas seulement comment Heidegger a investi, en quelque sorte en « chargé de mission » de Husserl, le chantier de la philosophie de la religion qui, à l'époque, était une discipline en plein essor, en se servant des concepts centraux de la phénoménologie husserlienne.
    Il représente en même temps un jalon capital dans le développement d'une idée nouvelle de la phénoménologie que désigne le terme d'herméneutique de la vie facticicielle. Traduit de l'allemand.

empty