• La bâtarde

    Violette Leduc

    Préface de simone de beauvoir " mon cas n'est pas unique : j'ai peur de mourir et je suis navrée d'être au monde.
    Je n'ai pas travaillé, je n'ai pas étudié. j'ai pleuré, j'ai crié. les larmes et les cris m'ont pris beaucoup de temps (...). le passé ne nourrit pas. je m'en irai comme je suis arrivée. intacte, chargée de mes défauts qui m'ont torturée. j'aurais voulu naître statue, je suis une limace sous mon fumier. "

  • Therese et isabelle

    Violette Leduc

    «Isabelle allongée sur la nuit enrubannait mes pieds, déroulait la bandelette du trouble. Les mains à plat sur le matelas, je faisais le même travail de charme qu'elle. Elle embrassait ce qu'elle avait caressé puis, de sa main légère, elle ébouriffait et époussetait avec le plumeau de la perversité. La pieuvre dans mes entrailles frémissait, Isabelle buvait au sein droit, au sein gauche. Je buvais avec elle, je m'allaitais de ténèbres quand sa bouche s'éloignait. Les doigts revenaient, encerclaient, soupesaient la tiédeur du sein, les doigts finissaient dans mon ventre en épaves hypocrites.» Dans Thérèse et Isabelle, longtemps censuré, Violette Leduc tente de «rendre le plus minutieusement possible les sensations éprouvées dans l'amour physique». Voici des pages âpres et précieuses, d'une liberté de ton qu'aucune femme écrivain n'avait osé prendre en France avant elle.

  • L'affamée

    Violette Leduc

    «Elle est belle. Elle est en Italie. Elle ne pense pas à toi. Le jour de son arrivée, elle ne te verra pas. Tu le sais. Je lui donnerai ma vie. Elle s'en fout. Elle sera dans la ville mais tu ne le sauras pas. C'est abominable. Je la tuerai. J'embrasserai ses deux mains que je rapprocherai. Elles ne sont pas plus intelligentes que moi, ses mains. Je reviendrai devant son immeuble. Le garçon de café lui parle. Le coiffeur touche ses cheveux. Écrasez-moi, Madame...» L'affamée est la description de l'Amour.

  • Ravages

    Violette Leduc

    «- Thérèse... J'ai deviné, j'ai tout deviné. - Qu'est-ce que vous avez deviné ? - Vous... C'est le premier homme. - Vous avez bien deviné. C'est le premier homme. Il serra mes chevilles de toutes ses forces. L'idée qu'il me remerciait m'effleura. Marc se mit à songer par bribes à haute voix : - Le premier... Bien sûr le premier... Pourquoi... Il serra encore mes jambes : - Vous n'êtes pas de bois et vous n'aimez pas les hommes en particulier. - Je les aime, je les aime... Je le dis très vite parce que je me demandais si je mentais ou non.» Pour Thérèse qui aime Marc et Cécile d'une égale passion, tout sentiment est un couteau.

  • « Malgré "les larmes et les cris", les livres de Violette Leduc sont "ravigotants" - elle aime ce mot - à cause de ce que j'appellerai son innocence dans le mal, et parce qu'ils arrachent à l'ombre tant de richesses. Des chambres étouffantes, des coeurs désolés ; les petites phrases haletantes nous prennent à la gorge : soudain un grand vent nous emporte sous le ciel sans fin et la gaieté bat dans nos veines. Le cri de l'alouette étincelle au-dessus de la plaine nue. Au fond du désespoir nous touchons la passion de vivre et la haine n'est qu'un des noms de l'amour. » Simone de Beauvoir.

  • « J'allais chercher le sac à main de mademoiselle Godfroy dans la bibliothèque sanctuaire. J'ouvrais la porte d'une fable. J'entrais, j'avançais, je pénétrais, j'avançais encore. Un parfum de cigarette orientale encanaillait l'atmosphère. (...) J'avais la jouissance un instant d'un endroit qui avait été abandonné dans le bavardage, la légèreté, l'étourderie. Des professeurs avaient vécu ici une demi-heure d'insouciance mais cette insouciance était interdite aux élèves. J'observais l'endroit. Observer, c'est fournir du mystère. Je ne cherchais pas le sac à main, je ne bougeais pas. J'étais unie à l'endroit et à sa nouveauté. La fumée de leurs cigarettes subsistait en haut d'un volet. Les volutes languissaient dans la lumière. Une poussée de plaisir dans un vague dessin aérien qui ne peut ni s'épanouir ni se contracter, ni s'évader ni se fixer. Je saisis le sac à main sur une table puis je refermai la porte avec beaucoup de déférence. Je n'ouvris pas tout de suite la chose de mademoiselle Godfroy. La voix des professeurs résonnait dans le couloir. L'attention des élèves qui les écoutaient et que je ne voyais pas était énorme. Une liberté grandissait en moi ».

    Pour la première fois, La main dans le sac donne à lire le début du manuscrit de Ravages, resté jusqu'alors inédit.
    Il s'agit du souvenir du premier émoi érotique de Thérèse (le prénom d'état civil de Violette Leduc) adolescente : lorsque mademoiselle Godfroy la désigne pour aller chercher son sac à main dans la bibliothèque des professeurs, Thérèse, en glissant sa main dans le sac, en l'explorant sans pouvoir résister à cette attirance, vit une véritable scène initiatique.
    Dans une lettre à Simone de Beauvoir, Violette Leduc affirme que cet épisode est l'un des trois événements les plus importants de sa vie. Il disparaît pourtant de Ravages, son roman autobiographique paru en 1955. Quand elle en propose le manuscrit à Gallimard, l'éditeur lui impose en effet la suppression pure et simple de toute la première partie qu'il juge « d'une obscénité énorme et précise ». Violette Leduc ne s'en remettra jamais vraiment, qui écrit des années plus tard : « Ils ont refusé le début de Ravages. C'est un assassinat. [...] La censure tranche vos feuillets. C'est une guillotine cachée ».

  • « Les partis ne vous ont pas manquée. Vous avez toujours refusé. Pourquoi ? On ne le saura jamais » : ainsi parle à Mademoiselle Clarisse - cinquante-quatre ans - un client de son café-épicerie-mercerie de village. Nous non plus, nous ne saurons pas pourquoi Mademoiselle Clarisse - fort sociable pourtant, et qui entretient avec sa clientèle des relations harmonieuses - a vécu et vit solitaire. Mais nous comprenons qu'il y a en elle quelque chose de noué, et qui ne favorise pas les relations avec les hommes. Dans sa jeunesse elle fuyait les rencontres, maintenant elle rêve « d'un homme ne sachant pas se défendre ». Et voilà que survient un homme inattendu. Il s'est réfugié dans la salle du café, il y est mort. Aussitôt Mademoiselle Clarisse s'empare de ce mort. Une tempête de tendresse, d'amour et de dévouement la saisit devant ce corps qui lui est livré, et de qui elle prend soin comme si son activité terrestre n'était pas interrompue à jamais. Elle invente son histoire, s'invente une histoire avec lui, mais doit vite reconnaître que le mort ne pourra rien lui donner.

  • Violette Leduc s'est peinte et a raconté le début de sa vie dans La Batârde : son enfance à Valenciennes, entre sa mère et sa grand-mère. Le pensionnat, puis le lycée à Paris. Son travail comme secrétaire dans une maison d'édition, puis comme journaliste. Son amitié avec Maurice Sachs.
    Dans La folie en tête, on la retrouve intacte, tout aussi entière dans ses réactions et dans ses défis.
    Mais ce sont, autour d'elle, les choses et les gens qui ont changé. Dans le Paris de l'immédiat après-guerre, la Bâtarde fait son entrée - et sans trop, d'abord, s'en apercevoir. Rien n'est modifié dans sa façon d'approcher, puis d'appréhender les êtres. Ses activités clandestines, un temps poursuivies, cèdent le pas à des activités littéraires, auxquelles elle ne se sentait guère destinée, et qui, sans l'éblouir, l'absorbent, et conditionnent enfin sa vie même.
    Cela nous vaut une étonnante galerie de portraits, où Sartre, Simone de Beauvoir, Jean Genet, Nathalie Sarraute, Colette Audry - entre bien d'autres - apparaissent tels qu'ils pouvaient sembler être aux yeux d'une «provinciale», nullement émerveillée, mais passionnée de comprendre et d'aimer.

  • "Je hais mon dormeur qui peut se créer, avec de l'inconscience, une paix qui m'est étrangère. Je hais son front de miel. Il a un visage d'ange mais si je le secoue c'est une bête écartée d'un os." Lire l'oeuvre de Violette Leduc, participe toujours de l'expérience : expérimentation des mots, de leur sens, de leur contre-sens, de l'obsession de l'écriture, de la face charnelle du texte. Ce récit court et touffu, publié en 1948 et jamais réédité depuis, nous emporte dans la nuit insomniaque d'une femme que l'on imagine entre la réalité, l'homme assoupi à ses côtés et le fantasme, les méandres des souvenirs obsessionnels de l'écrivain.
    Béatrice Cussol s'est emparée de ce texte pour en imager les sinuosités. C'est avec une évidente connivence qu'elle nous livre sa vision sans concession du texte et le puzzle se reconstruit au fil des pages en une image entière où l'oeil s'égare sans jamais trouver le repos, comme dans les nuits de Violette Leduc.

  • La chasse a l'amour

    Violette Leduc

    Après avoir terminé la folie en tête violette leduc a poursuivi son autobiographie ; elle l'a arrêtée en 1964, à la veille de la publication de la bâtarde.
    Elle a soigneusement mis au net sur de grandes feuilles quadrillées ses brouillons couverts de ratures et elle s'apprêtait à revoir avec moi son manuscrit quand la mort l'a saisie.
    Elle avait l'intention de donner une suite à ce livre ; et ses lecteurs auraient aimé savoir comment elle avait accueilli le succès, la célébrité. elle en a parlé, très bien, dans quelques interviews, mais brièvement et nous restons sur notre faim.
    Ces pages sont les dernières qu'elle ait écrites.
    Simone de beauvoir.

  • Trésors à prendre est un authentique journal de voyage, l'imagination n'y a pas de part.
    Les personnages qui le traversent sont aussi réels que le causse noir et que la cathédrale d'albi. mais violette leduc, avec son avidité pour la vie, provoque à tout moment, en tout lieu, les rencontres les plus curieuses et les plus émouvantes.

  • « Violette Leduc aimait les correspondances. Tout ce qui relevait de l'intime l'enchantait. Les Lettres de la religieuse portugaise, celles de Van Gogh à Théo étaient ses livres de chevet. Ils furent ses compagnons et ses modèles. Elle se reconnaissait en eux. "Je le lis et je me mets à le porter tout vivant dans ma chair, écrit-elle de Van Gogh, je ne connais pas de plus forte résurrection que la sienne par l'écriture." Violette Leduc fut elle-même une épistolière infatigable, voire obsessionnelle. Comment ne pas céder au vertige de l'épanchement, du monologue ? Cette encre-là lui était vitale : "Je ne résiste pas au besoin de me confier." D'ailleurs, dans son oeuvre, elle évoque sa correspondance, l'analyse, y fait allusion à plusieurs reprises. Qu'elles soient d'amitié, d'admirartion, d'amour ou de haine, de quinze pages ou d'une ligne, adressées à une figure illustre ou anonyme, les lettres de Violette Leduc portent tout sa griffe. Bien qu'en s'en défende, le geste épistolier est , pour Violette Leduc, un moyen d'accéder à la fiction, à une forme particulière de résurrection. L'écriture privée et libre de la lettre ne s'embarrasse pas des mêmes contraintes que le texte publié. Il n'y a pas de censure, pas d'interdits, pas de bienséance. Comme un journal qu'on destine à soi, la lettre de Violette Leduc peut tout dire. Ou presque. Sans ménagement, sans limite, sans gêne. C'est au destinataire de suivre, à son corps défendant. » Carlo Jansiti.

  • Voici " thérèse et isabelle " tel que violette leduc l'avait écrit à l'origine, avec ses pages inédites âpres et précieuses, sa langue nue et violente qui témoignent d'une liberté de ton qu'aucune femme écrivain, en france, n'avait osé prendre avant elle.

    " thérèse et isabelle " constituait la première partie d'un roman, ravages, présenté aux editions gallimard en 1954. jugée " scandaleuse ", elle fut censurée par l'éditeur. c'est au printemps 1948 que violette leduc, encouragée par simone de beauvoir, entreprit la rédaction de ce texte auquel elle va consacrer trois années. le défi était de taille - " j'essaie de rendre le plus exactement possible, le plus minutieusement possible les sensations éprouvées dans l'amour physique.
    Il y a là sans doute quelque chose que toute femme peut comprendre. je ne cherche pas le scandale mais seulement à décrire avec précision ce qu'une femme éprouve alors. j'espère que cela ne semblera pas plus scandaleux que les réflexions de madame bloom à la fin de l'ulysse de joyce. toute analyse psychologique sincère mérite, je pense, d'être entendue. " au début des années soixante, violette leduc greffe une partie de " thérèse et isabelle " dans le troisième chapitre de la bâtarde - elle supprime des passages, resserre des pages, atténue des métaphores, modifie le déroulement de quelques dialogues ; thérèse est métamorphosée en violette.
    L'autre partie est publiée séparément en juillet 1966.
    Aujourd'hui, enfin, paraît thérèse et isabelle comme une oeuvre en soi, dans sa cohérence initiale et sa continuité.

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