• En 1929, Paul Morand rencontre à New York William Seabrook. Ce bourlingueur est auréolé du succès de son livre L'Ile magique dans lequel il raconte son apprentissage du vaudou en Haïti et qui fait un triomphe. Seabrook ne songe qu'à repartir : au Tibet ? en Indochine ? Morand le convainc de se rendre en Afrique occidentale. Il y vivra avec les Yacoubas de Côte d'Ivoire et les Habbés de la région de Bandiagara dans le pays Dogon qu'illustrera peu après la mission Dakar-Djibouti.
    Seabrook y rencontre une tribu d'anthropophages qui mangent leurs ennemis tombés au combat ! C'est seulement revenu en France qu'il tentera l'expérience. Ravi, il se plongea dans l'écriture de cette espèce d'épopée "dont on va pouvoir apprécier la surprenante sincérité et la merveilleuse sauvagerie" , nous dit Morand.

  • Sans répit

    William Seabrook

    William Seabrook a eu 1001 et une vie. Et encore, 1001 vies... L'estimation est sans doute en deçà de la réalité. Le curriculum vitae de cet homme né en 1884 laisse rêveur : engagé volontaire pendant la première guerre mondiale, gazé à Verdun, puis reporter, il a été le premier a enquêté sur le vaudou - il a d'ailleurs inventé le terme zombie -, il a habité avec des tribus anthropophages pour goûter de la chair humaine, a vécu dans le désert parmi les bédouins, a décidé de devenir vagabond en Europe pour voir s'il pouvait se passer de la réussite et du luxe... Ses articles ont été publiés dans le New York Times, Vanity Fair ou le Readers digest.

    L'île magique, son livre consacré au Vaudou en Haïti, a fasciné Paul Morand et Michel Leiris. Ses récits et ses voyages lui ont permis de nouer des amitiés avec Jean Cocteau et surtout le photographe Man Ray.

  • William Seabrook est un des très rares étrangers à avoir pu pénétrer les mystères du vaudou en gagnant l'amitié d'une communauté haïtienne qui lui permit de s'initier comme personne avant lui. Il assiste au culte où sorcellerie, sexualité et mort se confondent. Il visite les caches secrètes et va jusqu'à recevoir le baptême du sang des mains de son initiatrice, ce qui lui permet de rencontrer un véritable zombi rappelé à la vie.
    Un livre qui se lit comme un roman ethnographique, mélange de témoignages et de scènes vécues, passionnant. Ce livre, considéré comme un classique, plusieurs fois réédité en France, a été traduit d'horrible façon : chapitres réorganisés, style modifié, longs passages supprimés. Avec notre édition, il s'agira de la première intégrale.

  • Paul Morand, qui l'admirait, fait de William Seabrook (1886-1945) une sorte de Cendrars américain.
    Ce qui est sûr, c'est que globetrotter enragé avait du style, et même de la patte (pour parler comme le manchot qu'on vient de dire).

    Plusieurs de ses lires sont sans doute à relire, mais d'abord ce sidérant Yakouba (publié par Gallimard en 1936) où se retrouve un peu la même odeur d'Afrique sauvage qui enchanta naguère les lecteurs de La Mémoire du fleuve de Christian Dedet. Dans l'un et l'autre cas, au reste, le héros de l'histoire se trouve être un personnage parfaitement réel - mais aussi, mais surtout un aventurier de la grande espèce, et d'une étoffe comme il ne s'en fait plus.


    Car le " Moine Blanc ", l'invraisemblable Yakouba - de son vrai nom Auguste Dupuis - rentré dans les ordres missionnaires pour vocation sincère, a bel et bien existé. Défroqué par vocation non moins sincère, cet esprit érudit et tolérant, fantasque à ses heures, aima l'Afrique comme aucun autre peut être, et l'explora avec passion. Grand liseur de vieux livres, linguiste à sa façon, grand fornicateur et grand buveur sous le ciel, ce sage qui n'aimait rien tant que le risque " régna " sur Tombouctou au tournant du siècle : avant que la colonisation ne vînt faire dans les parages sa triste besogne.

    Sa vie, faut-il le dire, se lit comme un roman.

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