• Envoûtante comme un air de saxophone dans la nuit de Port-au-Prince, l'histoire d'amour au goût d'impossible que met en scène L'Oiseau Parker dans la nuit laisse le lecteur suspendu aux harmoniques de Yanick Lahens. Toutes les nouvelles rassemblées ici sont autant d'évocations des enchantements, des épiphanies, mais aussi des tragédies, des violences (urbaines ou rurales), des croyances séculaires, des pesanteurs, qui sont lot quotidien en Haïti.

  • Douces déroutes

    Yanick Lahens

    Sur un coup de tête, Francis, photographe, part pour Haïti. De l'île enfiévrée, il veut tout voir, goûter, entendre, jusqu'à l'ivresse. Les paysages, les épices, les voix d'Haïti. Celles de Merline, militante féministe, Ezéchiel, poète fuyant le bidonville, Cyprien, jeune loup avide. Et surtout Brune, divine chanteuse, déchirée par l'assassinat de son père. Indomptable Brune, prête à tout pour la vérité.

  • Bain de lune

    Yanick Lahens

    Stupéfait, un pêcheur découvre une jeune fille échouée sur les rivages d'Haïti après trois jours de tempête. Son corps martyrisé montre qu'elle a été victime d'une grande violence. Quand la voix de la naufragée s'élève, elle en appelle à tous les dieux vaudous et à ses ancêtres pour tenter de comprendre comment et pourquoi elle s'est retrouvée là.À l'origine de cet acte barbare, le ressentiment entre deux familles que tout oppose : les Lafleur qui ont toujours vécu à Anse Bleue, un village d'Haïti où la terre et les eaux se confondent, et les Mésidor devenus seigneurs des lieux en faisant main basse sur toutes les bonnes terres de la région.Dans ses romans, comme dans ses nouvelles et ses essais, Yanick Lahens brosse avec lucidité et sans complaisance la réalité de l'île où elle est née, Haïti.

  • Angélique se lève tous les matins la première, dans la petite maison des faubourgs de Port-au-Prince qu'elle partage avec sa mère, sa soeur Joyeuse, et son jeune frère Fignolé. Dans l'aube grise de février, l'inquiétude l'étreint : Fignolé n'est pas rentré et les tirs n'ont cessé de gronder au loin.
    Angélique la sage est une fille soumise, une soeur exemplaire, une femme de presque trente ans en apparence résignée. Joyeuse, la belle, la sensuelle, n'a pas abdiqué, elle, sa liberté, sa révolte, son désir de bonheur et d'une vie meilleure, malgré la misère, la violence, les rackets et les enlèvements qui sont lot quotidien. Épaulées par leur mère, figure protectrice et pivot du foyer, à l'image de ses chères divinités vaudou, les deux femmes tentent de retrouver la trace du jeune homme.
    Au fil de la journée et de leur enquête, Angélique et Joyeuse, en réalité les deux visages du même désespoir, dessinent de la ville une géographie apocalyptique. Fignolé, militant déçu du parti des Démunis, s'est perdu dans les méandres d'une impossible lutte.
    Yanick Lahens, dépeignant le destin d'une famille hélas ordinaire, construit l'allégorie d'un pays - Haïti sous Aristide, qu'elle ne nomme jamais - où la monstruosité est loi. Mais à chaque page de son impressionnant roman sourd la révolte et éclate la volonté de vivre.

  • Le 12 janvier 2010 à 16 heures 53 minutes, dans un crépuscule qui cherchait déjà ses couleurs de fin et de commencement, Port-au-Prince a été chevauchée moins de quarante secondes par un de ces dieux dont on dit qu'ils se repaissent de chair et de sang. Chevauchée sauvagement avant de s'écrouler cheveux hirsutes, yeux révulsés, jambes disloquées, sexe béant, exhibant ses entrailles de ferraille et de poussière, ses viscères et son sang. Livrée, déshabillée, nue, Port-au-Prince n'était pourtant point obscène. Ce qui le fut, c'est sa mise à nu forcée. Ce qui fut obscène et le demeure, c'est le scandale de sa pauvreté. Y. L.
    Sitôt sortis de l'hébétude, les survivants de la catastrophe ont pensé « refondation » : Yanick Lahens, avec eux, a repris le travail, l'inlassable travail des mots. Ce court récit, mû par la double nécessité de dire l'horreur et de la surmonter, en témoigne.
    Déambulant dans les rues de sa ville détruite, l'écrivain part de sa propre expérience : avant le séisme, elle projetait d'écrire un roman d'amour. Revisitant le décor ravagé de sa fiction, elle est saisie par l'histoire immédiate. Comment écrire, s'interroge-t-elle, sans exotiser le malheur, sans en faire une occasion de racolage ?
    Texte de témoignage, texte animé par l'urgence, texte de compassion et de réflexion aussi, Failles désigne l'innommable qu'a été le 12 janvier 2010 en Haïti. Mais il tente aussi de prévenir de l'irresponsabilité qui consisterait pour les Haïtiens à ne pas changer leurs perceptions et leurs comportements. Ses analyses restent en cela, des années après le séisme, d'une grande pertinence et d'une criante actualité.
    Pour Yanick Lahens en effet, la faille géologique qui a englouti Port-au- Prince interdit de faire comme si les autres failles - sociale, politique, économique - n'existaient pas. Il n'y a pas de fatalité dans le malheur du peuple haïtien, ni même dans les carences des élites et la mainmise des organisations internationales : telle est la conviction de l'écrivain qui, malgré le tableau sans complaisance qu'elle brosse de la réalité de son pays, insuffle à ses pages une formidable force de vie.

  • Couchée sur l'herbe dans sa robe bleue, Alice Bienaimé est sous le choc. Son père vient de la gifler. Sans penser à mal, dans l'euphorie d'une fin d'après-midi dansante, elle s'était mise à onduler, comme envahie par la force obscure d'autres rythmes. La culture populaire n'a pas droit de cité dans la stricte éducation donnée à la jeune fille de treize ans par sa famille petite-bourgeoise de Port-au-Prince, qui a fait tant d'efforts pour s'arracher à ses origines paysannes et à son ascendance africaine. Cette scène de 1942 sera fondatrice dans la vie d'Alice.
    Yanick Lahens, dans ce percutant premier roman de formation, annonciateur des leitmotivs de son ouvre à venir, raconte l'enfance apparemment sans histoire d'une gamine que rien ne destinait à sortir du rang pour mener une carrière de danseuse. Même si, toute petite, le territoire chatoyant de la servante, Man Bo, dans l'arrière-cour de la maison, l'attirait bien plus que l'école.

  • Tout comme L'Oiseau Parker dans la nuit - une saisissante histoire d'amour, d'impossible et de musique, adaptée pour RFI par la comédienne Mireille Perrier, qui l'a lue au festival d'Avignon en 2015 -, les nouvelles de ce recueil racontent la vie quotidienne en Haïti, les tragédies, les violences (urbaines ou rurales), les croyances séculaires, les femmes courageuses et les hommes endurants de cette île-monde que Yanick Lahens ne cesse de mettre en scène dans son oeuvre.
    Ce volume est composé des trois recueils parus à ce jour, essentiellement en Haïti, et indisponibles en France : Tante Résia et les Dieux (L'Harmattan, 1994) ; La Petite Corruption (Éditions Mémoire, 1999 ; Legs édition, 2014) ; La folie était venue avec la pluie (Presses nationales d'Haïti, 2006 ;
    Legs édition, 2015).
    Ces textes, présentés ici dans l'ordre de leur publication, apparaissent comme la genèse de l'oeuvre romanesque à venir - certaines nouvelles, à l'image de Bain de lune, ont du reste été la matrice de futurs romans. Leur écriture était déjà le témoignage de l'acuité, mais aussi de la tendresse, avec lesquelles l'auteure scrute la société où elle vit. Devenue une grande voix de la littérature de son pays, Yanick Lahens y annonçait, par la netteté de son style, par la force d'émotion et le souffle poétique qui s'y déploient, la puissance et l'importance de l'oeuvre en cours.

  • Guillaume et Nathalie

    Yanick Lahens

    • Points
    • 28 Août 2014

    Adolescente, elle a fui Haïti poussée par la violence de son île. Aujourd'hui, elle rentre au pays. Nathalie est architecte, un projet de réhabilitation l'attend. Guillaume y participe également. Désabusé, il ne croit plus en rien et pourtant, Nathalie l'éblouit. Aimantés l'un par l'autre, ils résistent un temps et puis. un séisme secoue les entrailles d'Haïti.

    Née en 1953 à Port-au-Prince, Yanick Lahens est une écrivaine haïtienne. Dans ses romans, comme dans ses nouvelles et ses essais, elle brosse avec lucidité et sans complaisance la réalité de son île.

  • Dire Haïti et sa littérature autrement, c'est se demander à travers sa littérature quel éclairage peut apporter aujourd'hui au monde francophone, sinon au monde tout court, l'expérience haïtienne, celle de femmes et d'hommes sommés d'habiter un monde où ils furent déportés.

    Chaire Mondes francophones 2018-2019.
    « Dire Haïti et sa littérature autrement, c'est se demander, à travers les mots de ses écrivains et de ses écrivaines, quel éclairage peut apporter aujourd'hui au monde francophone, sinon au monde tout court, l'expérience haïtienne. Comment, à partir d'un fait historique de l'ordre de l'impensable, à savoir une révolution victorieuse, menée dès la fin du xviiie siècle par des hommes et des femmes transplantés d'Afrique en Amérique et réduits en esclavage, se met en place une civilisation dont la littérature sera un élément majeur. Comment, dans l'impasse qui suit cette révolution, ces hommes et ces femmes dépossédés, déplacés, déstabilisés linguistiquement, n'ont pas cessé de dire ou d'écrire un rêve d'habiter, démontrant par là même que la littérature commence souvent là où la parole devient impossible. »

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